Le zéro déchet pour les pauvres

La fin du mois arrive et le budget est serré. Vous avez l’action climatique à cœur, mais allez-vous vraiment opter pour l’éponge végétale pour laver la vaisselle alors qu’elle est trois fois plus chère que son équivalent en plastique? En vrac, voici quelques trucs pour les cassés!

Vivre ici / 15 février 2019

Sacs à pain en lin à 25 $, shampoing en barre à 16 $, essuie-tout réutilisable à 5 $… Difficile de concilier zéro déchet et situation financière précaire. Comment réduire son empreinte carbone en dépit d’un salaire famélique?

Pauline Duret, étudiante en neurosciences à Montréal et adepte du zéro déchet, s’est lancé le défi il y a quelques années. Elle a découvert que la clé de la réussite en la matière, ce n’est pas de dépenser plus, mais d’acheter différemment : se réinventer et faire preuve de créativité afin d’éviter les emballages en plastique, par exemple.

Tout le monde ensemble

Avant de dépenser le moindre sou pour un objet qui réduira votre empreinte carbone, informez-vous quant aux options, conseille Pauline Duret, notamment en écumant les groupes de partage sur Facebook. « Ça permet de voir ce que font les autres, de connaître leurs trucs et astuces au quotidien et de réfléchir à ce qui est accessible dans la mesure de ses moyens », explique-t-elle. 

La méthode de l’étudiante est désormais bien rodée et n’est aucunement source d’inconfort, confie-t-elle. « À tâtons, j’ai trouvé ce qui fonctionne pour moi : je cuisine des légumes moches et de saison, je traîne ma tasse à café partout… J’ai même trouvé la recette parfaite de pâte à dents maison! »

Pauline admet qu’elle s’est essayée au zéro déchet par deux fois. « J’ai commencé en voyant trop grand et c’est devenu un fardeau ! Le secret, c’est d’y aller à son rythme sans se ruiner ou s’épuiser », confie-t-elle.

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Chargée de projet en écoresponsabilité à l’éco-quartier Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Charlotte Jacques abonde dans le même sens. L’organisme montréalais, qui vient de clôturer une campagne d’essai du zéro déchet, a senti le besoin de former une communauté d’entraide et de soutien autour de la réduction des ordures. Pour Charlotte Jacques, il est « tout à fait normal d’être loin [de l’objectif] de ne remplir qu’un seul pot Masson de déchets la première année! » Fixez-vous un objectif par semaine et visez une succession de petites victoires plutôt qu’un virage à 180 degrés, suggère-t-elle.

Passer de la salle de bain à la cuisine

Pour éviter d’être dépassé, l’éco-quartier suggère d’entamer une campagne zéro déchet en ciblant une pièce à la fois. En analysant le contenu des poubelles dans cette pièce, on choisit par quoi commencer. « Souvent, le plus grand frein au zéro déchet est l’impression qu’il nous faut investir dans du nouveau matériel et jeter tout ce qu’on a à la maison. En fait, c’est tout le contraire, il vaut mieux utiliser ce qu’on a déjà », remarque Charlotte Jacques.

« Prenons la salle de bain : vous pouvez réutiliser les contenants de plastique de vos produits nettoyants et aller les faire remplir lorsqu’ils sont vides au lieu d’en racheter des nouveaux. Ça se fait particulièrement bien avec la lessive », poursuit-elle.

Avec 4,9 Mt eq. CO2, les déchets représentent 6,2% des GES émis en 2015 au Québec.
Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016

Le même principe s’applique à la cuisine. D’ailleurs, la popularité du zéro déchet gagne aussi les organismes qui luttent contre le gaspillage alimentaire. « Diminuer ses déchets composés de plastique, c’est dans la même mouvance que d’éviter de produire des déchets alimentaires », affirme Marianne Garnier, chargée de projets chez Sauve ta bouffe.

L’organisme de Québec vient en aide aux gens à faible revenu qui n’ont pas les moyens de se nourrir. Car quand on dispose de peu, maximiser ce qui se trouve dans le frigo devient crucial. « Ayant déjà été en situation de pauvreté, je sais bien que lorsque tu n’as pas assez d’argent pour manger, vaut mieux éviter les repas tout faits qui coûtent une fortune. Il faut utiliser tout ce que qu’on a sous la main », poursuit Marianne Garnier.

Les ateliers vide-frigo cherchent à lutter contre l’insécurité alimentaire en montrant aux participants comment cuisiner des aliments frais et comment composter, par exemple. « Nous prenons le temps non seulement de faire des recettes, mais aussi de montrer tout ce qu’on peut faire avec les parties des aliments qu’on ne pense pas toujours à utiliser. »

Au bout du compte, peu importe le point de départ et le budget, le zéro déchet reste un défi de taille qu’on aborde une bouchée à la fois. Comme le souligne Charlotte Jacques, « si une journée, tu es complètement dans le rush et que tu t’arrêtes à l’épicerie pour acheter un produit emballé, le ciel ne te tombera pas sur la tête ». Zéro déchet, zéro culpabilité!

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Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa communauté
  • Plus dans ses poches
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