© Walter Parenteau

Le plastique, c’est pas chinois

Grâce à une entreprise de Montérégie, contenants de yogourt et autres bouteilles de shampooing que vous mettez au recyclage sont notamment transformés en pots à fleurs plutôt que d’être expédiés en Chine. Bienvenue chez Ced-Lo.

Économie / 21 septembre 2018
Moins de GES !

Le recyclage du plastique, Marc Legault en mange. Ancien consultant de l’industrie du plastique, cet entrepreneur de 56 ans a fondé il y a quatre ans l’entreprise de recyclage Ced-Lo afin de trouver des débouchés à des produits de plastique qui auparavant prenaient le bateau pour la Chine. Dans cette usine de Farnham, en Montérégie, les matières plastiques issues de la collecte sélective ou de la production industrielle sont triées et lavées avant d’être revendues sous forme de granules à des entreprises québécoises, ontariennes et américaines qui, à leur tour, transformeront ces matières en pots à fleurs, en tuyaux d’arrosage, en paniers d’épicerie ou même en poubelles, tiens!

« Tout ce qu’on recycle ici ne sera ni enfoui ni brûlé », souligne Marc Legault, fier de l’effet positif de son travail sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Aujourd’hui, Ced-Lo compte une trentaine d’employés et valorise 13 % du plastique recyclé annuellement au Québec (6000 tonnes sur 46 000).

Un bateau, deux bateaux, trois bateaux…

On peut comprendre l’enthousiasme de l’entrepreneur, d’autant plus qu’en début d’année, la Chine – qui importait alors 45 % des résidus de plastique produits dans le monde depuis 15 ans, selon ces chercheurs américains – a fermé ses frontières aux importations de plastique recyclable. L’annonce a provoqué une crise du recyclage au Québec, à tel point que le gouvernement accordait en juillet une aide financière de plus de 10 millions de dollars aux centres de tri.

Mais Marc Legault voit plutôt la chose d’un bon œil. « Les précurseurs dans le domaine du recyclage de plastique subissaient une compétition féroce des entreprises chinoises. Ils étaient, à quelque part, des irréductibles. » Autrement dit, grâce à la fermeture du marché chinois, nos entrepreneurs locaux n’ont plus à tenter d’offrir un meilleur prix que le géant asiatique, selon lui.

Les plastiques, c’est 10 % des matières mises dans les bacs de recyclage au Québec.


Ce n’est pas seulement parce que ses affaires vont mieux que le propriétaire se réjouit de la fermeture des frontières chinoises : les bateaux qui partaient jusqu’à tout récemment d’ici pour traverser la moitié de la planète avaient un impact sur le climat, note-t-il. « Aujourd’hui, on traite entre 25 et 35 voyages de camions de plastique chaque mois. Ils viennent depuis partout au Québec jusqu’à Farnham, alors qu’avant, leurs cargaisons s’en allaient vers les États-Unis ou jusqu’en Chine. »

Chez Recyc-Québec, on se réjouit de voir nos déchets traités localement, puisque cela permet de diminuer le transport. De plus, l’hydroélectricité utilisée au Québec lors du processus de recyclage aide à la réduction des GES, alors qu’en Chine, 75 % de l’électricité est produite à partir d’énergies fossiles, essentiellement du charbon.

Des plastiques propres propres

Bon an, mal an, environ 10 % des plastiques qui passent par la chaîne de production de Ced-Lo devront néanmoins être envoyés à l’enfouissement. « Au Québec, on n’a pas l’équipement pour traiter certains plastiques », résume Marc Legault. Le processus utilisé pour le moment permet de récupérer les « flotteurs », les plastiques qui flottent lorsqu’on les met dans l’eau. Les autres doivent prendre le chemin de la décharge.

Où va le contenu de votre bac de recyclage?

Le Québec récupère annuellement plus d’un million de tonnes de matières, dont 707 000 tonnes de fibres et 46 000 tonnes de plastique.

80 % de ces matières sont vendues à des fins de recyclage, 10 % sont valorisées autrement et 10 % sont rejetées, car elles sont non recyclables ou parce que les centres de tri n’arrivent pas à les extraire.

Même s’il rêve de pouvoir tout recycler, l’entrepreneur se console en se disant que les résidus qui ont transigé par ses usines émettent moins de GES que ceux qui viendraient directement de notre cuisine. La raison? « Les plastiques qu’on envoie normalement à l’enfouissement ne sont pas tout à fait propres », explique-t-il. Les résidus qu’ils contiennent vont se comporter comme n’importe quel autre déchet organique et émettre du gaz méthane en se décomposant.

À l’inverse, les plastiques qui ont transité par Ced-Lo ont été granulés et nettoyés, de sorte que toute trace de yogourt ou de shampoing a pu être éliminée. « C’est un avantage, mais il reste marginal », nuance Simon Octeau, directeur adjoint du Regroupement des éco-quartiers, à Montréal. Il note cependant que les plastiques coupés en petits morceaux avant d’être enfouis prennent moins d’espace dans le sol.

Ced-Lo a trié, nettoyé et broyé quelque 6000 tonnes de plastique l'an dernier.
Le plastique est revendu sous forme de granules pour être transformé en tous genres de nouveaux objets.

Marc Legault aimerait développer de nouvelles activités. Il nourrit le projet de donner une seconde vie aux sacs d’épicerie à usage unique et rêve de trouver dans son bas de Noël une ligne de tri permettant de séparer automatiquement les plastiques.

« Je sais que je ne pourrai pas éliminer les vidanges. Ma conjointe me le rappelle : “Calme-toi, tu ne pourras pas sauver le monde” », rigole l’entrepreneur. Mais avec des gens comme lui, y’a de l’espoir.

Comment la Terre digère le plastique

Enfouissement : Aucun gaz à effet de serre (GES) n’est émis lorsque du plastique propre est enfoui. Le plastique se désintègre en petits morceaux, un processus qui s’échelonne sur de nombreuses années et n’émet pas de GES dans des conditions d’enfouissement. Les matières organiques, comme les résidus alimentaires, se décomposent en émettant du méthane, un puissant GES, lorsqu’elles sont enfouies.

Recyclage : Le recyclage du plastique a un coût GES, principalement celui de l’électricité nécessaire au fonctionnement des centres de traitement. Au Québec, elle est à 95 % d’origine hydraulique, et son impact carbone est faible.

Incinération : Les émissions de GES engendrées par l’incinération des plastiques sont directement liées à la quantité de carbone contenu dans le plastique et à son taux de combustion.

Évidemment, lorsque le plastique voyage, il faut ajouter le coût de transport à l’empreinte carbone.

Le plastique, c’est pas chinois 4min.