La recette gagnante des cuisines collectives

Le groupe cuisine en musique et dans la bonne humeur.
array(26) { ["ID"]=> int(74122) ["post_author"]=> string(2) "44" ["post_date"]=> string(19) "2024-03-25 06:44:47" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2024-03-25 10:44:47" ["post_content"]=> string(0) "" ["post_title"]=> string(44) "La recette gagnante des cuisines collectives" ["post_excerpt"]=> string(373) "On en trouve partout au Québec. Les cuisines collectives rassemblent des ressources et des personnes pour cuisiner en groupe des repas sains à petit prix. Et par ricochet, à faible empreinte carbone. Pour célébrer la journée nationale de cette pratique, le 26 mars, nous vous emmenons à l’endroit où elle est née : la cuisine collective Hochelaga-Maisonneuve. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(44) "la-recette-gagnante-des-cuisines-collectives" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2024-03-22 09:13:29" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2024-03-22 13:13:29" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://unpointcinq.ca/?p=74122" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" ["header"]=> string(4) "blog" ["displayCategories"]=> bool(true) }
Le groupe cuisine en musique et dans la bonne humeur.

On en trouve partout au Québec. Les cuisines collectives rassemblent des ressources et des personnes pour cuisiner en groupe des repas sains à petit prix. Et par ricochet, à faible empreinte carbone. Pour célébrer la journée nationale de cette pratique, le 26 mars, nous vous emmenons à l’endroit où elle est née : la cuisine collective Hochelaga-Maisonneuve.

Photos : Perrine Larsimont

Il est 9 h 15. ​​​​Une douzaine de jeunes adultes arrivent au coin des rues Adam et Joliette. Dans une ambiance détendue, le groupe s’avance vers la façade colorée de la cuisine collective Hochelaga-Maisonneuve (CCHM). Dès que les jeunes en franchissent l’entrée, on les sent comme à la maison : ça rigole et ça jase avec le personnel, tandis qu’on enfile tabliers et filets à cheveux.

« Il y en a que je n’ai pas vu se laver les mains, alors faites-le puis on va pouvoir commencer », lance sur un ton énergique Anael Pearson-Tremblay. Intervenante communautaire au sein de l’organisme, elle gère toutes les activités liées aux ateliers de cuisine collective.

Anael Pearson-Tremblay gère les activités de la CCHM liées aux ateliers de cuisine collective.
Anael Pearson-Tremblay gère les activités de la CCHM liées aux ateliers de cuisine collective.

Un tissu solidaire

Au programme de la matinée, la confection de quatre plats : cuisses de poulet au four sur lit de légumes, macaroni chinois, riz aux saucisses et poivrons et gâteau au chocolat. Après avoir relu les étapes des recettes soigneusement imprimées, le groupe se répartit les tâches en musique et en moins de deux. « Je les aiguille surtout pendant les premiers ateliers. À partir du troisième, ils sont généralement rodés, ils savent où les choses se trouvent dans la cuisine », confie l’intervenante.

Les maîtres-queux du jour sont en formation aux Distributions l’Escalier, une entreprise d’insertion socioprofessionnelle qui participe aux ateliers de la CCHM depuis plusieurs années. Au total, une trentaine de groupes et organismes de tous horizons y sont inscrits, précise Anael Pearson-Tremblay. « Avant chaque atelier, j’envoie au groupe concerné une liste de ce que j’ai en inventaire et, à partir de là, ils choisissent leurs recettes. Ils ont ensuite la responsabilité de se répartir les achats des ingrédients que je n’ai pas. »

Les participantes et les participants relisent les étapes de leurs recettes avant de se répartir les tâches.
Les participantes et les participants relisent les étapes de leurs recettes avant de se répartir les tâches.

 
Pendant la saison hivernale, l’intervenante construit ses stocks grâce aux dons des organismes d’aide alimentaire Moisson Montréal et La Corbeille. L’été, les participantes et participants bénéficient en sus de produits à bas prix provenant de la ferme de la CCHM. Avec un coût d’atelier fixé à 10 $ par groupe, le coût des repas cuisinés revient à environ 0,70 $ par portion, selon le directeur général Benoist de Peyrelongue. « On rationalise les coûts, en faisant notamment des économies sur les ingrédients utilisables deux fois à l’intérieur de plusieurs recettes. Cela offre également un gain en matière de quantité, tout en réduisant les pertes », souligne le DG qui évalue à 50 000 le nombre de portions réalisées en 2023.

Benoist de Peyrelongue (à droite) est à la barre de la CCHM depuis 2014.
Benoist de Peyrelongue (à droite) est à la barre de la CCHM depuis 2014.

Des retombées en masse

Côté cuisine, Clairviane Dumarsais a terminé la découpe du poulet. Cette participante a de l’expérience en restauration et vient surtout pour l’aspect social de l’atelier : « Ça me permet de me vider l’esprit, de décompresser. Puis ça fait vraiment du bien d’être avec des gens sympas et compréhensifs. » Un peu plus loin, Gabriel Laurion surveille la cuisson du riz : « Être ici nous permet d’apprendre à cuisiner, de socialiser aussi. L’atelier resserre notre équipe, puis ça permet de jaser avec les gens qui travaillent ici. »

 
De tous les âges et de tous les milieux, les personnes inscrites aux ateliers ne viennent pas toutes y chercher la même chose. Et ça tombe bien, le principe de la cuisine collective est aussi simple que ses avantages sont multiples.

En mutualisant temps, ressources alimentaires et financières, l’activité permet tout d’abord de baisser drastiquement le coût des aliments. « C’est le premier bénéfice : que ces personnes réalisent qu’elles sont capables de faire des repas économiques, nutritifs et qui vont durer si elles les mettent au congélateur », souligne Anael Pearson-Tremblay.

C’est aussi un moyen de briser l’isolement social, reprend l’intervenante, qui encadre notamment des groupes de personnes âgées ou à mobilité réduite, et d’autres qui vivent avec un trouble de santé mentale.

Des personnes de tous les âges et de tous les milieux s’inscrivent aux ateliers de cuisine collective, rapporte la direction générale de la CCHM.
Des personnes de tous les âges et de tous les milieux s’inscrivent aux ateliers de cuisine collective, rapporte la direction générale de la CCHM.

 
Quant à la réduction du gaspillage alimentaire, « le simple fait qu’on utilise des dons y contribue » dit-elle. « Notre ferme, qui est zéro déchet – on composte tout à l’intérieur –, y participe également », ajoute Benoist de Peyrelongue.

Ajoutons que l’apprentissage de la cuisine et de ses bonnes pratiques contribue à renforcer l’autonomie alimentaire des groupes. Cela les encourage notamment à trouver des solutions créatives quand des ingrédients manquent. « Remplacer tel légume par tel autre ou réduire des Corn Flakes en poudre à défaut de chapelure », cite en exemple l’intervenante. Un gain pour le portefeuille comme pour la réduction des déchets.

En 2023, les ateliers de cuisine collective de la CCHM ont permis de réaliser environ 50 000 repas (portions individuelles).
En 2023, les ateliers de cuisine collective de la CCHM ont permis de réaliser environ 50 000 repas (portions individuelles).

Des besoins criants

L’équipe se garde toutefois de faire du prosélytisme environnemental auprès des personnes inscrites. Et pour cause : bien qu’à un rythme plus lent que l’année dernière, les prix des aliments achetés en magasin continuent d’augmenter (​+3,4 % entre janvier 2023 et 2024). « Pour les gens sans moyens, la réduction des déchets n’est pas une priorité. On va les y amener, mais à leur rythme », explique Benoist de Peyrelongue qui souligne la particularité du quartier.

« Hochelaga-Maisonneuve se gentrifie. Cette progression amène aussi un changement du coût de la vie et des loyers. On voit désormais dans nos groupes des personnes qu’on ne voyait pas avant : des jeunes travailleurs, des étudiants ou encore des personnes souffrant de troubles de santé mentale. »

Les jeunes emporteront à la maison une partie de leurs préparations. Le reste ira à un fond solidaire.
Les jeunes emporteront à la maison une partie de leurs préparations. Le reste ira à un fond solidaire.

 
Cette précarité, l’équipe craint de la voir augmenter avec l’intensification des changements climatiques, qui influent sur le prix des aliments. La situation met en lumière le rôle crucial des cuisines collectives, selon Anael Pearson-Tremblay. « Elles sont ma vision du futur. Si les gens cherchent des solutions pour manger santé et à moindre coût, il faut vraiment qu’ils se tournent vers la communauté. »

Dans la cuisine où l’atelier se termine, ça sent délicieusement bon. Les jeunes divisent leurs préparations en portions individuelles dont ils emporteront une partie à la maison. Les repas restants rejoindront un fond solidaire pour d’autres membres du personnel de leur entreprise.

Les activités de la CCHM comprennent des ateliers de cuisine collective, une entreprise d’insertion, une ferme agricole et des services de traiteur.
Les activités de la CCHM comprennent des ateliers de cuisine collective, une entreprise d’insertion, une ferme agricole et des services de traiteur.

Histoire d’un mouvement

Fondé en 1986, l’organisme La CCHM est né dans la foulée de la création de la première cuisine collective dans Hochelaga-Maisonneuve. L’initiative a fait boule de neige, et le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ) compte aujourd’hui près de 125 organismes pour plus de 1 200 groupes de cuisine répartis dans toute la province.

La pratique est célébrée le 26 mars de chaque année, Journée nationale des cuisines collectives.

Depuis sa création, la CCHM a élargi ses activités avec le lancement d’une entreprise d’insertion, d’une ferme agricole et de services de traiteur.

Coût carbone du gaspillage alimentaire

Sur les 20,2 millions de tonnes (Mt) de CO2 émises chaque année par le système bioalimentaire québécois, 39 % (7,9 Mt) sont associés aux résidus alimentaires, selon RECYC-QUÉBEC.

L’organisation estime que la redistribution des surplus alimentaires aux populations vulnérables, le réemploi en alimentation humaine, animale ou le compostage ne compensent actuellement que marginalement ces émissions par rapport à la quantité de résidus alimentaires envoyés à l’enfouissement.

Source : Étude de quantification des pertes et gaspillage alimentaires au Québec, RECYC-QUÉBEC, juin 2022.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter, LinkedIn et Instagram. Abonnez-vous à notre infolettre