Duel de GES : Amazon contre le bon vieux centre d’achat

Le meilleur achat pour le climat reste celui qu’on ne fait pas. Mais pour ceux dont on ne peut se passer, vaut-il mieux remplir son panier en quelques clics sur le Web ou aller magasiner au centre commercial lorsqu’on veut minimiser ses émissions de gaz à effet de serre (GES)?

Économie / 24 mai 2019

Plus d’un Québécois sur deux a fait au moins un achat sur Internet l’an dernier, pour un montant total de plus de 6 milliards de dollars. Et sans surprise, c’est Amazon qui domine à ce chapitre. Le géant mondial du commerce en ligne est en effet la première destination des consommateurs d’ici : près de 40 % des adultes québécois y effectuent au moins un achat par mois. Sur le papier, Amazon semble avoir la recette gagnante du magasinage carboneutre, comme le démontre cette étude du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui le désigne comme la moins pire des options au regard du climat.

Amazon évite bien sûr à l’acheteur solitaire de prendre sa voiture pour se rendre au centre commercial et en revenir. À la place, des camions de livraison transportent plusieurs produits pour plusieurs clients à la fois. Autre avantage pour la multinationale : sa chaîne d’approvisionnement, qui réduit le nombre de déplacements du produit entre le manufacturier et le client final.

La fin des séances de magasinage du samedi après-midi au centre d’achat? Pas nécessairement. Si la majorité des émissions de GES liées aux achats en magasin proviennent des déplacements en voiture des consommateurs, le commerce en ligne a quelques squelettes dans le placard, notamment l’emballage pour l’expédition, qui ajoute cartons et plastiques à la facture climatique.

Oui, mais…

L’impatience des consommateurs est également le plus grand ennemi du commerce en ligne, selon Claudia Rebolledo, chercheuse au CEFRIO et professeure au Département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal. Elle donne l’exemple d’un banal t-shirt. Un acheteur pressé demande à le recevoir en moins d’un jour ou deux. Pour respecter les délais, Amazon l’acheminera directement chez lui. « Les frais supplémentaires qu’on paye pour ce type de livraison correspondent aux derniers kilomètres qui n’entrent pas dans le circuit optimal du camion de livraison. » Or, ces derniers kilomètres pèsent lourd dans la balance climatique pour un chandail d’à peine 150 grammes.

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Les retours de marchandises peuvent aussi avoir un impact non négligeable sur l’empreinte carbone du commerce en ligne. Si le t-shirt qu’on a commandé ne fait pas, on le retourne, tout simplement. « Ces allers-retours par la poste sont bien moins efficaces que les envois initiaux, puisqu’on perd l’avantage logistique en plus d’avoir des envois à l’unité », souligne Claudia Rebolledo.

Revenir dans la course, à vélo

En considérant ces écueils, un chercheur suisse en est venu à la conclusion que l’empreinte carbone d’une séance de magasinage, qu’elle soit au centre commercial ou sur Amazon est, grosso modo, la même. Toutefois, une autre variable peut changer la donne et faire perdre au commerce en ligne son maigre avantage.

Si vous allez faire vos achats à pied, à vélo, en transport en commun ou encore en voiture électrique, il devient plus rentable, sur le plan climatique, de consommer au centre commercial. Par contre, si vous ne pouvez vous y rendre qu’en voiture, il est préférable de consulter le Web pour trouver ce qu’il vous faut.

Les livraisons de marchandises génèrent 40 % des émissions de GES du secteur des transports au Québec.

« Avant de faire de savants calculs pour choisir comment et où on devrait acheter, il vaudrait mieux prioriser de meilleurs achats, en moins grande quantité, observe Claudia Rebolledo. Qu’on s’en rende compte ou non, tout ce qu’on achète a un prix climatique. »

La prochaine fois, tournez donc votre carte de crédit sept fois dans votre portefeuille avant de passer à la caisse!

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