La face cachée du courriel

Message désespéré d’un prince nigérien en quête d’argent, recette de pâté chinois, photo de famille, infolettre de l’épicier : notre boîte de réception ne désemplit jamais. S’ils n’existent que virtuellement, les courriels que nous échangeons émettent quand même des giga-octets de gaz à effet de serre (GES).

Techno / 11 avril 2019

Un seul courriel a un poids plume : environ 4 g d’équivalent CO2. Mais lorsqu’on additionne les trois milliards de messages électroniques envoyés chaque jour, ils finissent par peser dans la balance climatique.

Selon un rapport de la firme Radicati, un employé de bureau envoie chaque jour 34 courriels et en reçoit 88. Sur ce nombre, 12 sont des pourriels. Dans son livre How Bad Are Bananas, Mike Berners-Lee a calculé l’empreinte carbone des différents messages électroniques que nous échangeons :

  • Pourriel : 0,3 g éq. CO2
  • Courriel simple : 4 g éq. CO2
  • Courriel avec pièce jointe de 1 Mo envoyé à une personne : 19 g éq. CO2
  • Courriel avec pièce jointe de 1 Mo envoyé à 10 personnes : 73 g éq. CO2

Partant de là, notre employé de bureau aura envoyé et reçu plus de 30 000 courriels durant l’année. Il aura alors émis quelque 450 kg d’équivalent CO2, ce qui correspond à deux trajets aller-retour Montréal-Québec en voiture.

Pas qu’un clic

Un courriel produit du CO2 en transitant par des centres de données avant d’être acheminé à son ou ses destinataires. Et vu le nombre de courriels qu’on envoie, il en faut des centres de données! Selon le site DataCenterMap.com, on en dénombre 4416 dans 122 pays, dont 171 au Canada et une quarantaine au Québec. En 2018, l’activité de ces centres représentait 1,3 % des émissions de GES mondiales, mais il est prévu que le bilan carbone du stockage de données s’alourdisse en raison de la demande croissante. Tant et si bien que les centres de données pourraient engloutir 20 % de la production d’énergie mondiale d’ici 2030!

De Sydney à Milan, via le Québec

Au Québec, les centres de données se sont multipliés ces dernières années. Ils viennent profiter d’une source d’énergie – l’hydroélectricité – à faible coût et à faible empreinte carbone. Une étude du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) montre qu’un centre de données au Québec émet environ 95 % moins de GES que son équivalent utilisant de l’électricité produite au charbon aux États-Unis ou en Angleterre. On évite ainsi la production de 41 000 tonnes d’équivalent CO2, soit plus de 32 000 vols aller-retour entre Montréal et Paris!

Sauf qu’un centre de données, ça engloutit une énorme quantité d’électricité : Hydro-Québec compare sa consommation à celle d’une petite aluminerie! L’ingénieur Nathan Vandromme, qui a consacré son mémoire de maîtrise à cette question, souligne que la multiplication de ces centres au Québec pourrait se traduire par une hausse de GES aux États-Unis. « La demande électrique des nouveaux centres de données induirait une diminution des exportations du Canada vers les États-Unis [qui serait compensée] à l’aide de combustibles fossiles comme le charbon », explique-t-il.

Se garder au frais

Les équipements informatiques des centres de données produisent aussi de la chaleur en masse. Au Québec, le climat permet à ces centres d’éviter la surchauffe sans recourir à la clim. En profitant du frette à l’extérieur, ils arrivent à faire des économies d’énergie. Comme quoi ouvrir les fenêtres en hiver peut être payant pour certains!

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