Tout le monde en mou!

Saviez-vous qu’en travaillant de la maison dans votre plus élégant pantalon de jogging au lieu d’aller au bureau en char, vous contribuez à la lutte aux changements climatiques? Oui monsieur : en laissant la voiture au garage, vous brûlez zéro essence tout en réduisant la congestion routière… et donc, les émissions de gaz à effet de serre. Vive le travail en mou!

Économie / 17 décembre 2018

Chaque jeudi, Josiane (elle préfère taire son nom de famille) fait la grève du maquillage et porte des vêtements décontractés. Cette journée-là, ouste le code vestimentaire : elle bosse de la maison. Rien de mieux pour la conciliation travail-famille, dit-elle. « En épargnant 45 minutes de transport, j’ai le temps d’aller chercher ma plus jeune à l’école et, pendant les heures de bureau, j’en profite pour faire des brassées de lavage », raconte la jeune quarantenaire.

En plus de faire son bonheur, ces heures loin des collègues constituent aussi un avantage pour son employeur. « Dans la quiétude de mon appartement, sans les distractions constantes du bureau (téléphone, courriel, messages), j’arrive à exécuter des tâches qui demandent plus de concentration, tout en améliorant ma productivité », raconte cette responsable de marketing qui travaille quatre jours par semaine.

Moins de GES, sans y penser

Mais ces jeudis sans stress ont aussi d’autres retombées. Une fois par semaine, la « Jojomobile » ne quitte pas son stationnement pour aller au boulot et en revenir. Assainir l’atmosphère n’a jamais été l’objectif de sa conversion au télétravail, avoue la Rosemontoise, mais l’action face aux changements climatiques n’en demeure pas moins évidente.

Elle n’est pas la seule à ne pas y avoir pensé. « Bien que le télétravail gagne en popularité, la réduction des gaz à effet de serre (GES) figure rarement comme motif principal pour le mettre en place. C’est plutôt la congestion routière qui force les entreprises à envisager cette solution », explique Georges A. Tanguay, professeur titulaire au Département d’études urbaines et touristiques à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Pourtant, il est grand temps qu’employeurs et travailleurs s’y intéressent. Selon une étude exhaustive que Georges A. Tanguay a publiée en mars dernier avec son collègue Ugo Lachapelle, le travail à distance diminue notamment la demande de transport aux heures de pointe et réduit les déplacements pendulaires (les allers-retours matin et soir), explique-t-il.

À tel point que le professeur croit que les gouvernements devraient encourager le télétravail comme politique de lutte contre les changements climatiques. Crédits d’impôt, subventions, formations : plusieurs options sont envisageables, selon lui. « D’autant qu’avec les nouvelles technologies, une proportion de plus en plus grande de tâches professionnelles sont [exécutées à l’extérieur] du bureau », avance-t-il. En 2011, cette proportion était de 44 %, un chiffre probablement à la hausse depuis, à comparer aux 17 % de Canadiens qui télétravaillent régulièrement ou occasionnellement, révèle l’étude des professeurs.

Si tous les Canadiens occupant un emploi compatible au télétravail et se déplaçant en voiture pour se rendre au boulot restaient deux jours par semaine à la maison, la consommation annuelle d’essence au pays serait réduite de 390 millions de litres, selon une étude du Telework Research Network. Ce qui reviendrait à retirer près de 286 000 voitures de la route chaque année au Canada.

Si la révolution du travail en mou tarde à prendre de l’ampleur, c’est parce qu’un « grand nombre d’employeurs y demeurent réfractaires, craignant la perte de contrôle de leurs employés et une réduction du sentiment d’appartenance », explique Véronique Samson, coordonnatrice chez Mobili-T, une firme de services-conseils en mobilité durable.

Mais le vent tourne. Rareté de la main-d’œuvre oblige, les entreprises s’adaptent. « En favorisant le télétravail, les employeurs démontrent qu’ils sont ouverts aux innovations. Ça leur permet aussi d’élargir leur bassin d’employés », dit la consultante. Autre avantage : le travail à distance réduit la demande en espaces de stationnement, une dépense souvent coûteuse pour les entreprises.

Le sommeil est d’or

Nurun, une agence conseil en design et technologie numérique, a pris ce virage il y a deux ans en adoptant une politique qui permet aux employés de sécher le bureau deux jours par semaine. « Cette politique, réclamée par nos collaborateurs, vise à améliorer la rétention de notre personnel », indique Isabelle Champagne, directrice des ressources humaines. L’initiative a aussi réduit les besoins en locaux pour bureaux, et donc, les dépenses qui y sont rattachées, précise-t-elle.

Jusqu’à maintenant, près de 30 % des employés de Nurun font du télétravail. C’est le cas de Louis-Philippe Cyr, un résident de la Rive-Sud de Montréal, qui évite ainsi 12 heures de transport par semaine. « Le bonheur, c’est que, deux matins sur cinq, je peux me lever plus tard », dit le programmeur de 27 ans. Et pour ce nouveau père d’un bébé de sept mois, chaque heure de sommeil supplémentaire vaut son pesant d’or!

En plus de dormir davantage, les télétravailleurs épargnent en frais de transport, en vêtements et en restaurants. Bye bye le p’tit café sur la route! Pour une personne qui travaille à distance deux jours par semaine, les économies varient de 600 à 3500 dollars par année, selon une étude citée dans le rapport des professeurs Tanguay et Lachapelle, sans compter la réduction de GES.

Alors, prêt pour un p’tit coup de mou?

Retombées positives

  • Amélioration de la productivité
  • Bien dans son corps
  • Création de richesse
  • Plus dans ses poches
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