Isabelle Melançon, un pont entre la science et les Québécois

Propulsée à la tête du ministère québécois du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (CC), Isabelle Melançon croit aux vertus de la communication directe et pratique assidûment le recyclage à la maison. Rencontre avec une coureuse de fond qui veut bâtir des ponts entre les scientifiques et le commun des mortels.

Vivre ici / 16 novembre 2017
Rencontrée juste avant son départ pour la COP23 (Conférence 2017 des Nations Unies sur les changements climatiques) à Bonn, en Allemagne, la nouvelle ministre s'est dite heureuse d'y représenter la province en mettant de l'avant le leadership québécois en la matière. Unpointcinq s’est entretenu avec la femme de 43 ans que ses enfants ont nommée « ministre du recyclage ».  

Unpointcinq (UPC) : Comment vous sentez-vous dans vos nouveaux souliers de ministre?

Isabelle Melançon (IM) : Lors de ma première rencontre avec l’ensemble des sous-ministres, je suis entrée dans une salle avec toutes les photos des ministres précédents et j’ai réalisé que j’étais seulement la troisième femme à la tête de ce ministère-là, après Line Beauchamp et Lise Bacon. C’est un privilège. Comme je suis mère de deux enfants, l’environnement fait vibrer une corde sensible chez moi. Je prends toute la mesure de ce qu’est ce ministère. C’est normé, c’est législatif et c’est réglementaire, bien sûr, mais ça parle aussi aux gens dans leur quotidien. [...] Ça touche de façon très horizontale tous les ministères. Ce qui est extraordinaire, c’est que je travaille à la fois avec des scientifiques — des agronomes, des biologistes — et la population, à laquelle je dois expliquer les gestes posés par ces scientifiques. C’est un enjeu d’expliquer aux gens ce que l’on fait, notamment avec le Fonds vert dans lequel il y a beaucoup d’argent.
Unpointcinq a rencontré la ministre Isabelle Melançon à son bureau de Verdun. (© Fabien Jouanjean / Unpointcinq)

UPC : Justement, comment comptez-vous faire passer le message auprès de la population?

IM : Je vais beaucoup miser sur des rencontres avec des médias comme le vôtre, mais je ne peux pas faire cela, seule. Notre émissaire aux changements climatiques, Jean Lemire, est un extraordinaire communicateur. Il faut aller chercher tous ceux qui veulent — et qui peuvent — mettre la main à la pâte pour qu’on ait un discours qui pousse dans le même sens. […] J’ai un réseau extraordinaire partout au Québec, notamment avec les Conseils régionaux de l’environnement. Ils sont un moteur de changement, et vont pouvoir nous aider.

Je suggère aux parents qui veulent expliquer les changements climatiques à leurs jeunes d’aller voir Le coin de Rafale, un site qui donne des trucs.

Isabelle Melançon

Je ne peux pas dire quoi faire chaque jour aux Québécois, ce n’est pas de cela qu’ils ont besoin! Ils ont besoin de connaître notre plan et savoir dans quelle direction on s’en va. Pour ce faire, je vais mettre à profit mon talent de communicatrice pour parler aux gens de tous les milieux.

Un exemple concret : quelques jours après ma nomination, j’ai téléphoné à l’Union des producteurs agricoles (UPA) pour parler avec eux du projet de règlement au sujet des semences enrobées (NDLR insecticides). Mon interlocuteur m’a dit : « Madame Melançon, c’est la première fois qu’un ministre de l’Environnement nous appelle et que ce n’est pas nous qui courons après pour lui parler. » Pour moi, c’est comme ça qu’on peut changer les choses.

 

UPC : Votre plus grand défi à la tête de ce ministère?

IM : Le temps! Parce que je n’en ai pas beaucoup pour faire atterrir différentes choses (NDLR les prochaines élections provinciales auront lieu le 1er octobre 2018). Mon prédécesseur a passé beaucoup de temps en commission parlementaire pour des lois. Pour ma part, beaucoup de règlements s’en viennent, entre autres pour la norme véhicules zéro émission. Il y a aussi une stratégie sur l’eau qui sera mise en œuvre très bientôt… je dois donc prioriser ce que je peux livrer […].

J’ai aussi beaucoup de travail à faire avec les agriculteurs, concernant les semences et les pesticides dont je parlais précédemment. Cet enjeu parle beaucoup à la population, puisqu’il y a eu des films sur le propos. La consigne est aussi un sujet qui touche la population dans son quotidien.

Il y a beaucoup à faire en peu de temps, mais je suis une coureuse de fond. Je vais être capable de faire un sprint de longue durée!

Isabelle Melançon, ministre de l'Environnement du Québec
© Fabien Jouanjean / Unpointcinq
Isabelle Melançon, ministre de l'Environnement
© Fabien Jouanjean / Unpointcinq

UPC : Y a-t-il eu un moment décisif où, sur le plan personnel, vous avez pris conscience des changements climatiques?

IM : J’ai habité la Côte-Nord de 1998 à 2002 et j’étais en lien avec la nature. Cette présence du fleuve et des lacs m’a fait prendre conscience de la chance qu’on a et de la valeur de l’eau. Line Beauchamp, une amie personnelle, m’en a aussi beaucoup parlé. J’ai été son attachée de presse au ministère de la Culture. Line m’a toujours dit : « L’environnement, c’est fascinant. »

Et puis un jour, quand je travaillais à la SODEC, j’ai rencontré Jean Lemire. Quand il s’est mis à parler de ses projets, j’ai littéralement bu ses paroles. J’étais en pâmoison devant tout ce qu’il me disait sur les CC, et je me disais : on a une responsabilité commune — ensemble, on doit agir dans la même direction —, mais aussi personnellement, à petite échelle.

 

 

Quand j’ai été nommée, ma fille de 7 ans a dit : “Ma mère, c’est la nouvelle ministre du recyclage”.

Isabelle Melançon

 

UPC : Vous êtes mère de deux enfants; qu’est-ce que vous voulez leur transmettre?

IM : Nous avons toujours été très portés sur le recyclage, à regarder de près les numéros des plastiques. Nos enfants connaissent beaucoup plus de choses sur l’environnement que nous au même âge qu’eux. […] Mon fils de 11 ans reprenait mon mari quand il jetait quelque chose à la poubelle. Quand j’ai été nommée, ma fille de 7 ans a dit : « Ma mère, c’est la nouvelle ministre du recyclage ». C’est maintenant elle, à la maison, qui en est responsable.

Par de petits gestes, on peut leur expliquer les impacts. Je suggère aux parents qui veulent expliquer les CC à leurs jeunes d’aller voir Le coin de Rafale, un site qui donne des trucs. L’agriculture, l’éducation… il faut saisir toutes les occasions qui passent pour expliquer les CC. Je veux aller là où les citoyens nous attendent le moins pour leur expliquer que c’est aussi cela, l’environnement, que c’est aussi cela, les CC.

 

UPC : Quelle est votre vision de l’avenir?

IM : La journée où j’ai décidé de devenir candidate, je me suis posé la question. Je veux qu’on soit audacieux et progressistes comme l’ont été nos prédécesseurs qui ont fait la Révolution tranquille et qui ont créé Hydro-Québec. L’énergie verte, encore aujourd’hui, c’est logique : sans cela, ce serait beaucoup moins évident de mettre en place des véhicules électriques. Je veux que l’on soit deux ou trois coups en avant, un peu comme aux échecs.

On a le droit d’être exigeants. Le Québec a le droit de rêver d’aller plus loin et d’aller plus haut. Rêver d’amener nos innovations québécoises partout sur la planète, notamment en matière d’environnement. À Shawinigan, on construit des bornes de recharge de batteries électriques, et à Boucherville, des piles électriques pour les voitures. […] J’espère qu’avec mon enthousiasme débordant, je vais donner la piqûre à d’autres gens et leur donner envie d’en apprendre un peu plus, d’en discuter avec leurs enfants. Je veux être le lien entre les scientifiques et la population.

Isabelle Melançon, ministre de l'Environnement du Québec
Nouvelle ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (CC), Isabelle Melançon croit aux vertus de la communication directe. (© Fabien Jouanjean / Unpointcinq)
Isabelle Melançon, un pont entre la science et les Québécois 4min.