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De la mer à la terre

Sur la Côte-Nord, David Hamel revalorise des restes de produits de la mer pour en faire de l’engrais et du compost performants et 100 % biologiques. Le climat lui dit merci!

En 2003, David Hamel, aujourd’hui copropriétaire de l’entreprise Bio Nord, s’installe à Forestville sur la Haute-Côte-Nord après avoir terminé des études en production horticole. Son but est de se rapprocher du golfe du Saint-Laurent pour mener à bien une idée qui mijotait dans sa tête : mettre au point des recettes d’engrais et de compost constitués principalement de restes de fruits de mer récupérés dans les usines de transformation de la région.

Pour donner du muscle à son engrais, David a choisi d’y incorporer de la farine de carapaces de crabes des neiges et de palourdes préalablement nettoyées, broyées et séchées. « L’avantage des produits de la mer comme le crabe, c’est qu’ils sont remplis de produits azotés comme la chitine, qui favorise le développement des bactéries et des champignons. Le sol devient ainsi autofertile », explique l’entrepreneur dont les principaux clients sont des producteurs agricoles, des paysagistes, des municipalités, etc. Aujourd’hui, Bio Nord et l’entreprise Gloco distribuent conjointement l’engrais sous la marque Bionik aux quatre coins du Québec. 

 

Moins de GES

L’autre grande force des produits Bionik est qu’ils participent à l’économie circulaire de la région en détournant une grande quantité de ces matières organiques des dépotoirs – près de 4000 tonnes en 2019 seulement. « Le problème avec le produit azoté contenu dans ces carapaces est qu’une fois enfoui, il se transforme en méthane », explique David Hamel. Or, ce gaz à effet de serre est 25 fois plus polluant que le CO2.

Sur le sol ou sous le sol?

Qu’ils finissent au compost ou à l’enfouissement, nos déchets organiques sont détruits par des décomposeurs – insectes, champignons, bactéries et autres microorganismes – qui ne travaillent pas tous de la même façon.

Dans les sites d’enfouissement, ils manœuvrent en l’absence d’oxygène et transforment alors le carbone des résidus alimentaires en méthane (CH4), un gaz à effet de serre (GES) dont le potentiel de réchauffement climatique est 25 fois plus élevé que celui du CO2.

À l’inverse, dans un bac à compostage, qui doit être troué ou brassé régulièrement pour assurer la présence d’oxygène, les décomposeurs transforment le carbone contenu dans les peaux de bananes ou de courgettes pourries en CO2.. Ça contribue quand même à réchauffer l’atmosphère, mais dans une moindre mesure. Quant au compost produit, il nourrit ensuite le jardin. La boucle est bouclée!

Une fois transformées en engrais appliqué dans le sol aéré, les carapaces de crabes émettent moins de GES que si elles étaient enfouies, comme c’était le cas auparavant. La transformation de ces résidus de la mer en fertilisants évite en plus la production d’engrais chimiques, qui dégagent énormément de GES

Écrit par Laura Chouinard Thuly

L’entreprise s’attaque aussi à la réduction des émissions de CO2 en optimisant le transport des marchandises nécessaires à la production de la poudre magique. Deux de ses trois fournisseurs de résidus de crustacés réduisent la distance parcourue par leurs camions en allant porter les carapaces directement à l’usine de Bio Nord plutôt qu’au dépotoir. « Je leur facture un montant moins élevé que le site d’enfouissement afin qu’ils viennent me porter leurs carapaces », explique David Hamel. C’est donc gagnant-gagnant : les usines se débarrassent de leurs déchets et Bio Nord met la main sur ses matières premières.

L’entrepreneur optimise aussi le transport de ses produits vers les points de vente en remplissant les camions qui viennent livrer toutes sortes de choses sur la Côte-Nord, ce qui leur évite de faire le voyage de retour à vide.

 Il y a 15 ans, le marché n’était pas prêt pour des engrais 100 % bio issus de la mer. On a été vus comme des extraterrestres à nos débuts!

David Hamel

La fabrication de ces types d’engrais et de compost exige non seulement de la vision et de la persévérance, mais aussi beaucoup de matières premières : il faut de 15 à 20 tonnes de carapaces de crabes pour produire entre une demi-tonne et une tonne de farine.

Cependant, David voit l’avenir d’un bon œil. « Il y a 15 ans, le marché n’était pas prêt pour des engrais 100 % bio issus de la mer. On a été vus comme des extraterrestres à nos débuts! Mais aujourd’hui, nos produits sont bien acceptés et on travaille maintenant à embarquer dans l’aventure les usines de transformation des produits de la mer de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent. »

En vidéo : Visite de l’usine de transformation et du site de compostage où sont produits les différents types d’engrais.

© Gloco

Le bois aussi à l’honneur

Chercheur au Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale, Serge-Thierry Lekounougou travaille à donner une seconde vie à certains types de résidus organiques comme les palettes servant au transport des marchandises et des déchets papetiers qui traînent dans les cours des entreprises de la Côte-Nord. Cet autre projet d’économie circulaire vise aussi à réduire les déchets générés par les entreprises de la région.

« D’ici 2021-2022, le gouvernement du Québec interdira l’enfouissement des résidus de matière organique issus de la construction et de la démolition d’immeubles. Il faut donc proposer une solution aux entreprises qui génèrent ces déchets », explique-t-il. Son objectif est de concocter une recette de compost fait à base de ces déchets.

Cette initiative créera une synergie entre les entreprises locales et encouragera l’économie circulaire. « Les déchets des uns deviendront la matière première des autres, explique le chercheur. Destiné surtout aux particuliers qui jardinent et aux producteurs de petits fruits de la Côte-Nord, ce compost local permettra d’éviter de faire venir ce type de produit de l’extérieur de la région. » Les derniers tests sur le produit seront réalisés en septembre 2020. 

Écrit par Charles-Olivier Caron