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© Le Grenier boréal
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Algues, saules et légumes frais en Minganie

Sur la Côte-Nord, où le sol est sableux et les vents sans pitié, la coop Le Grenier boréal cultive des légumes frais et renforce la sécurité alimentaire de la région, GES en moins!

À l’été 2019, alors que j’étais en roadtrip au pays de Gilles Vigneault, un de ses habitants m’a parlé d’une microferme dans le coin de Mingan. Quoi? Quelqu’un ose essayer de faire pousser des légumes dans la taïga hostile? Voilà qui méritait une petite visite.

« Au début, personne ne croyait que ça fonctionnerait », m’avait alors expliqué Josée Bélanger, qui, en 2013, a fondé la coopérative Le Grenier boréal, à Longue-Pointe-de-Mingan, avec son partenaire Claude Lussier. « Ici, l’agriculture n’est pas une activité traditionnelle. Le sol n’est pas naturellement propice à la culture, et le vent froid, qui menace d’emporter les jeunes pousses, est un gros défi. »

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Josée Bélanger, fondatrice de la coopérative Le Grenier boréal.
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Le champ d'oignons, de feuillages et le poulailler au fond.

Pourquoi alors se lancer dans un tel projet? « Parce que, sur la Côte-Nord, avoir de la nourriture implique toujours que celle-ci vienne de loin. C’est cher, polluant, et les fruits et légumes importés ont moins de goût. » En effet, s’il faut compter 12 heures de voiture pour atteindre la Minganie à partir de Montréal, imaginez la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise lorsque les aliments arrivent par camion des États-Unis. Toutes les raisons étaient donc bonnes pour tenter le coup. Ça, et contribuer à l’emploi local.

Entre les mois de juin et novembre, la coop fournit 33 paniers hebdomadaires à des familles de la Côte-Nord et vend ses légumes à son kiosque de même qu’à l’épicerie de Havre-Saint-Pierre. Elle offre également, à longueur d’année, des petits fruits de la forêt boréale congelés comme de la chicoutai, des fraises et des bleuets, ainsi que des épices locales et du thé des bois.

Enrichir un sol capricieux

Mars 2020. En buvant un thé acheté à cette coop l’an dernier, le souvenir de cette visite me revient à l’esprit. Je me demande alors ce qui s’y passe en cette période de semences.

Je téléphone donc au Grenier boréal, et c’est Alex Beaudin, coordonnateur des productions fruitières et des produits forestiers, qui répond à mes questions. « Nos semis de tomates, poivrons, laitues, poireaux et oignons ont été plantés dans notre serre au début du mois de mars. Par contre, la production en champs sera moindre cette année parce qu’on a réalisé que deux de nos champs maraîchers étaient vraiment trop pauvres en éléments minéraux et qu’il fallait remédier à la situation. »

Grenier boreal tomates serre
Les tomates en serre.

Rendre un champ propice à l’agriculture à Mingan peut prendre de cinq à dix ans, car le sol est très sableux

Alex Beaudin

Selon lui, rendre un champ propice à l’agriculture à Mingan peut prendre de cinq à dix ans, car le sol est très sableux, a un pH très acide et ne contient pratiquement aucune matière organique. Voilà pourquoi l’équipe a plutôt misé sur une solution rapide et efficace : faire une saison complète d’engraissage. « On a incorporé dans nos champs pauvres en minéraux de l’engrais vert, comme de l’avoine et du mélilot (une vanille sauvage). Cet engrais vert pousse vite et apporte de la vie au sol en y fixant l’azote atmosphérique non assimilable par les plantes. En ajoutant aussi du compost normal, on construit le sol rapidement et de façon moins coûteuse, puisque l’engrais vert est peu cher. De plus, on peut revendre certaines récoltes, comme le mélilot. » Pourquoi ne pas utiliser du fumier comme tout le monde? « Vous savez, ici, on n’a pas d’élevage d’animaux, le fumier est inexistant. Et en faire venir par camion coûterait beaucoup trop cher. »

Au printemps 2021, les trois champs du Grenier boréal pourront être exploités, augmentant ainsi la production de 30 %.

Pourquoi ne pas utiliser du fumier comme engrais, comme tout le monde? « Vous savez, ici, on n’a pas d’élevage d’animaux, le fumier est inexistant. Et en faire venir par camion coûterait beaucoup trop cher. »

Moins de transport, moins de GES

En consommant des carottes cultivées ici plutôt qu’au Guatemala, on évite de les transporter sur une distance d’environ 6000 km, ce qui équivaut à 680 kg d’éq. CO2 en moins dans l’atmosphère (juste pour le transport en avion).

Mais la Minganie n’est pas en reste. En plus de l’engrais vert, voilà belle lurette que la coopérative a découvert des sources locales de fertilisant. « Notre ressource principale, ce sont les algues du fleuve qu’on récolte à la main le long des berges, se réjouit Alex Beaudin. On a aussi commencé un projet de valorisation d’autres déchets de la mer, comme des restes de crabes ou de pétoncles qui proviennent d’usines locales. »

La coop utilise également du bois raméal fragmenté, un mélange composé de résidus de branches broyées localement. À la grande surprise de l’équipe d’agriculteurs, ce fertilisant a fait naître des morilles dans les champs, une culture jamais vue jusqu’ici en Minganie, estime Alex Beaudin.

Kiosque libre service à l'entrée du terrain
Le kiosque libre service à l'entrée.
Le champ de laitues situé près des poules.

Des coupe-vent naturels 

Quant au fort vent qui menace les cultures, il est maintenant dérouté par des saules. « On a eu des brise-vent artificiels pendant quelques années, le temps que les saules poussent. Cette année, ils sont assez grands pour protéger nos champs. »

En Minganie, les saules sont une bénédiction. « Ils poussent rapidement et sont bien adaptés à notre type de sol sableux. La communauté les adore, on fait beaucoup de boutures pour les gens du coin qui souhaitent en planter! »

Cette communauté, d’ailleurs, se réjouit des services agricoles offerts par Le Grenier boréal. « Les gens ont un rapport à la terre plus vivant depuis l’ouverture de la coop, dit Alex Beaudin. On fait beaucoup d’installation de jardins communautaires privés et de serres communautaires et scolaires. Et je suis certain que l’engouement pour l’agriculture locale va s’accélérer à cause de la crise de la COVID-19. Même ici, sur la Côte-Nord, les tablettes des épiceries sont vides. On a besoin d’une sécurité alimentaire plus solide que ça. »