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Au jardin de Marie-Thé, le secret de l’autosuffisance

Depuis près de 30 ans, la famille Gilbert-Thévard cultive l’autosuffisance alimentaire sur sa parcelle de terre de l’Écohameau de La Baie, au Saguenay. Un véritable laboratoire d’agriculture durable en climat boréal!

Par un doux après-midi d’août 2020, une dizaine de chèvres font tinter leur grelot en dévalant la colline qui les mène à la grange. Plus bas, sandales aux pieds, Marie-Thérèse Thévard s’affaire dans ses plantations d’échalotes devant une vue imprenable sur le Fjord du Saguenay. Sur son terrain vallonné de 1 500 m², cette maraîchère originaire de France a réalisé un rêve : pratiquer l’agroécologie en climat boréal en vue de permettre à sa famille d’être autosuffisante sur le plan alimentaire.

Ferme marie thé autosuffisance serres
© Hélène Bienvenu

Par ici, on aperçoit deux serres artisanales où se développent courgettes, basilic, concombres et une vingtaine de variétés de tomates. Par là, à la lisière d’un boisé où poussent champignons sauvages et pommiers, des poules caquettent en veillant sur leurs poussins. Au pied d’un vallon, une marre fait la joie des grenouilles, limaces et moustiques…

 « Ce sont tous des éléments d’un écosystème qui travaille avec et pour nous! », commente Marie Gilbert-Thévard, une trentenaire aux longs cheveux ondulés, qui prête volontiers main-forte à sa mère Marie-Thé. Au bout d’un sentier de terre sinueux, un four à pain artisanal en argile marque la frontière entre le jardin-potager et leur grande demeure qui rappelle un chalet alpin.

Ainsi, rien de plus simple pour la famille Gilbert-Thévard que de faire ses « emplettes » du jour. Quelques enjambées suffisent pour faire le plein d’ingrédients pour la salade-repas du midi ou le gratin de légumes du soir.

C’est avec son conjoint québécois Pierre Gilbert, originaire du Saguenay et aussi féru d’agriculture durable, que Marie-Thérèse a fait l’achat du terrain qui allait devenir son jardin, en 1990. Dans la tête de cette maraîchère qui avait alors 29 ans, l’idée de relever le défi de l’autosuffisance germait avant même qu’elle ne traverse l’Atlantique. 

Marie-Thérèse Thévard vit d'autosuffisance alimentaire depuis maintenant trente ans en climat boréal. © Hélène Bienvenu

« Nous nous disions que si c’était possible de subvenir à nos besoins alimentaires en climat boréal, il n’y aurait pas beaucoup d’endroits dans le monde où ça ne le serait pas! », se rappelle avec amusement cette fille d’agriculteurs, qui s’est convertie au végétarisme et à la philosophie gandhienne au tournant de la vingtaine. Peu après s’être installé au Saguenay, le couple a eu une fille, Marie, l’aînée de leurs quatre enfants qui, très tôt, ont tous pris goût à ce mode de vie. 

autosuffisance climat boreal quebec
© Hélène Bienvenu

Des légumes à profusion

Que ce soient les œufs du poulailler, les céréales du petit-déjeuner ou le tofu, tout est produit ou concocté « maison », au jardin de Marie-Thé. Ou presque. « Si on n’est pas capable de le faire nous-mêmes, on essaie d’acheter le plus localement possible », précise Marie-Thérèse, déambulant entre ses épis de maïs. Un exemple? « On vend notre lait de chèvre à une savonnerie du coin, où l’on achète ensuite notre savon », enchaîne sa fille.

Mais ce qui fait la particularité de leurs pratiques, c’est que les deux Marie arrosent à peine leurs plantations. Depuis 2012, elles ont adopté ce qu’elles appellent le principe du « non-travail » en recouvrant le sol de compost, de matières organiques de toute sorte et de paillis, ce qui fait que la terre conserve son humidité. Et les bénéfices sont multiples. En plus d’éviter à ceux qui la pratiquent « de se casser le dos en labourant », cette technique d’agroécologie à faibles émissions accroît la fertilité du sol. À preuve, en l’espace d’une vingtaine d’années, le niveau de phosphore de leur terre est passé de « pauvre » à « très riche », précise Marie.

Chez Marie-Thé, paillis et compost permettent un enrichissement accru de la terre tout en maintenant un bon niveau d'humidité. © Hélène Bienvenu

Pas surprenant que leurs plantations arrivent à nourrir en légumes au moins six personnes à l’année. « On achète parfois un peu de fromage quand le lait de nos chèvres est insuffisant pour en produire… Mais sinon, la majorité des protéines animales et végétales que la famille consomme sont produites sur place (poulet, chèvre, légumineuses, céréales), de même que les féculents (patates, pois chiches, fèves, etc.). Pour ce qui est des légumes, on n’en achète jamais! », explique Marie, se remémorant l’époque où elle étudiait en génie agroenvironnemental à l’Université Laval et s’approvisionnait dans un supermarché urbain. « On goûte clairement la différence dans les aliments produits ici, qui sont meilleurs. »

Repenser l’alimentation

Des haricots verts grimpant en tipi en passant par des compagnonnages de végétaux aussi divers qu’étonnants – pommes de terre avec lin, avoine et pois, céleris et poireaux, etc. –, les plantations sont conçues de manière à optimiser l’espace et à « vivre en cohésion avec la nature ». « Depuis des générations, les agriculteurs ont l’habitude de labourer la terre, de s’en servir comme support alors que, pour nous, c’est un milieu de vie », philosophe maman Thévard, ne niant pas que son jardin a dû subir un certain nombre d’essais et erreurs avant d’être ce qu’il est aujourd’hui.

En effet, c’est toute une philosophie de vie et de gestion de l’agriculture qui est derrière son foisonnement : valorisation des symbioses végétales, rotation des cultures aux quatre ans en moyenne, refus de recourir aux énergies fossiles, opposition à toute utilisation d’engrais chimique ou de pesticides… Tout a été conçu pour « s’inclure dans le cycle de la nature » : même le contenu des toilettes sèches retourne dans le sol!

 vivre en cohésion avec la nature 

© Hélène Bienvenu

Dans leur grande maison écologique isolée par des ballots de paille, chauffée au poêle de masse (un gros poêle qui stocke la chaleur puis la restitue plus ou moins lentement) et dotée de panneaux solaires, se trouve l’une des grandes fiertés de Marie-Thé : un vaste caveau souterrain où peuvent être conservées les récoltes, été comme hiver. « Il me reste encore des betteraves de l’an dernier », se félicite-t-elle. Sans compter la lactofermentation, une méthode ancestrale de conservation des aliments par l’entremise de la fermentation, qui a aussi la cote auprès de ses occupants. 

© Hélène Bienvenu

Mais les Gilbert-Thévard ne mènent pas une vie d’ermite pour autant. Partager leurs découvertes et les connaissances qu’ils ont acquises au fil des années fait partie des valeurs qui les animent, comme en attestent les formations en permaculture offertes chaque saison au jardin de Marie-Thé – une technique agricole axée sur le respect des écosystèmes. De plus, Marie planche sur la rédaction d’un livre à paraître à l’automne 2020 aux éditions Écosociété, qui portera sur les méthodes de jardinage d’autosuffisance de sa mère. « Ce sera une sorte de guide pratique qui montrera qu’on peut se nourrir et vivre avec peu », dit-elle. Et que dans un contexte de changement climatique, « ce mode de vie est possible ».

Marie et ses chèvres, avec vue sur la maison et les jardins. © Hélène Bienvenu
En lisière de la forêt, des poules déambulent librement. © Hélène Bienvenu