© Laura Martinez

Cure climatique à l’Institut Pinel

Les études le démontrent : la nature apaise l’esprit. Et comme santé mentale et action climatique vont parfois de pair, l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, à Montréal, ne lésine pas pour devenir un leader en la matière au sein du réseau de la santé.

Mieux-être / 20 août 2019

Les corridors sont presque déserts. Quelques patients jouent au billard. D’autres arrosent les plantes dans un couloir aux grandes baies vitrées. Plus loin, un petit groupe discute dans l’une des cours intérieures fleuries. L’ambiance silencieuse est apaisante. Nous venons pourtant de pénétrer dans la zone de haute sécurité de l’Institut Pinel, le seul hôpital au Canada spécialisé dans la réhabilitation de patients atteints de maladies mentales associées à des comportements violents.

« Ici, tous les patients ont un potentiel de dangerosité élevé pour eux ou pour la société », explique le chef des activités techniques, David Clément, en déverrouillant l’une des nombreuses grilles en fer forgé. Cet enjeu ne semble toutefois pas freiner ce dernier, qui préside le comité en santé environnementale et développement durable de l’institution.

3000 arbres en 3 ans

Depuis sa création en 2016, le comité ne s’est pas tourné les pouces : environ 3500 arbres ont été plantés sur le terrain de l’Institut, qui a une superficie d’environ 250 000 m2, soit l’équivalent d’environ 160 patinoires. « On veut en avoir planté 5000 d’ici 2020 », affirme David Clément, qui travaille en collaboration avec la Société de verdissement du Montréal métropolitain, l’organisme responsable de la plantation des végétaux.

Santé mentale et action climatique à l'institut Pinel David Clément
David Clément est le chef des activités techniques de l'Institut Pinel dont il préside aussi le comité en santé environnementale et développement durable. © Laura Martinez

Ces arbres diminueront le problème des îlots de chaleur dans cette zone industrialisée de l’est de Montréal, affirme Jérôme Ribesse, directeur général de Synergie Santé Environnement, un organisme à but non lucratif dont la mission est d’aider les établissements québécois de santé et de services sociaux à réduire leurs impacts sur l’environnement.

En ombrageant les bâtiments durant l’été et en les protégeant du vent en hiver, ces végétaux contribuent aussi à limiter les coûts énergétiques, ajoute David Clément. Ils favorisent aussi « un retour de la biodiversité, et améliorent la qualité de vie des employés présents sur le terrain ainsi que celle des patients qui voient des arbres plutôt que juste de l’herbe ou un stationnement », précise Jérôme Ribesse.

Des études « béton »!

En 1984, le chercheur spécialisé en psychologie environnementale Roger Ulrich publiait une étude montrant que les patients ayant subi une intervention chirurgicale séjournaient moins longtemps à l’hôpital et nécessitaient moins de médicaments pour guérir s’ils bénéficiaient d’une vue sur la nature. Depuis, le psychologue scandinave a poursuivi ses recherches sur l’influence des établissements de santé sur le bien-être des patients. En 2018, il cosignait une étude démontrant qu’une conception optimale des services psychiatriques peut réduire les comportements agressifs des patients. Parmi les 10 éléments réduisant le stress identifiés par les chercheurs figurent l’accès à des jardins, des fenêtres donnant vue sur la nature et l’exposition à des œuvres d’art dépeignant des paysages naturels.

Détourner les déchets de l’enfouissement

« Le patient est au cœur de notre démarche et on veut l’impliquer de A à Z dans le processus de compostage », affirme David Clément, qui précise que des patients ont construit cet été des bacs à compost à l’atelier de menuiserie. Il insiste toutefois sur l’aspect sécurité. « Il ne faut pas qu’un patient puisse se blesser en les manipulant ou enlever une planche ou une vis et s’en servir comme une arme. Toutes les initiatives de ce type doivent au préalable être pensées et repensées et approuvées par le comité de santé-sécurité. »

Santé mentale et action climatique à l'institut Pinel jardin de la cour extérieure
De la verdure partout...
Santé mentale et action climatique à l'institut Pinel corridor intérieur
... dehors comme dedans. © Laura Martinez

Les bacs à compost, qui seront installés dans les cours intérieures de chacune des 15 unités de vie de l’Institut, permettront aux quelque 300 résidants de composter leurs déchets. La matière organique sera ensuite utilisée dans les jardins, qui sont aussi cultivés par les patients.

365 000 tasses jetables en moins par an

Depuis mai 2019, tous les gobelets jetables servis à la cafétéria des employés ont été remplacés par des tasses en bambou réutilisables. « Comme on n’est pas fusionné avec de grands centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), on bouge relativement vite et on met plein de choses en place », explique David Clément. « Pour 1000 employés, c’est quand même un gros geste! », s’exclame-t-il.

Un café fort en GES

Boire son café quotidien dans un gobelet jetable en carton émet environ 25 kg d’équivalent CO2 chaque année, selon une étude du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services. Si chacun des 1000 employés de l’Institut Pinel buvait le sien dans une tasse climato-hostile, l’empreinte carbone de tous ces cafés correspondrait à celle de 25 vols allers-retours Montréal-Bogota.

« Si c’est faisable ici, c’est faisable partout! »

Le comité intervient aussi dans la gestion des matières résiduelles, le transport des employés et l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments de l’Institut, dont la réduction des GES, de l’ordre de 54 %, engendrerait des économies annuelles de plus de 400 000 $, selon le dernier rapport du comité publié en avril 2019.

« On se dit que si c’est faisable ici, ce sera pas mal faisable partout », conclut David Clément, qui rêve que l’Institut devienne une référence au Québec en matière d’action en changements climatiques pour ses 50 ans en 2020.

Retombées positives

  • Amélioration de la productivité
  • Bien dans sa tête
  • Bien dans son corps
  • Préservation de la biodiversité
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Cure climatique à l’Institut Pinel 3min.