Dessine-moi un hôpital

L’architecture et l’aménagement du nouveau pavillon du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine visent la mise en valeur et l’exploitation de ressources naturelles. Un choix qui a un effet positif prouvé sur la santé et le bien-être des patients tout en réduisant l’empreinte carbone et énergétique de l’hôpital.

Mieux-être Wow / 16 mai 2018
On s'adapte !

C’est avec une bedaine bien ronde que je suis allée rencontrer Claude Fortin, directeur des soins infirmiers au CHU Sainte-Justine, afin de découvrir le projet d’agrandissement, de verdissement et de modernisation de l’établissement baptisé Grandir en santé. En toute honnêteté, mon cœur tout neuf de maman appréhendait un peu cette visite : je craignais que mes épaules déjà alourdies par l’épuisement hormonal ne tolèrent pas la lourdeur de l’ambiance d’un hôpital – pour enfants, en plus! Cependant, c’est un endroit apaisant, chaleureux, créatif, très présentable sur Instagram et soucieux de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) que j’ai découvert.

Un arbre par jour éloigne le médecin pour toujours, ou presque! 

En 1984, le chercheur américain Roger Ulrich publiait une étude pionnière sur la relation entre les espaces verts et le rétablissement des patients. Elle concluait que s’ils avaient bénéficié d’une vue sur un paysage naturel plutôt que sur un mur de brique pendant leur convalescence à la suite d’une opération à la vésicule biliaire, les patients auraient demandé moins d’antidouleurs et auraient quitté l’hôpital en moyenne un jour plus tôt.

« Dans les espaces publics ou hospitaliers, les bénéfices sur la santé des aménagements naturels sont extrêmement nombreux, que ceux-ci soient passifs (une vue sur un espace vert, une grande fenêtre dans sa chambre) ou actifs (un accès direct aux toits verts) », explique Simon Coulombe, assistant professeur au Département de psychologie de la Faculté des sciences de l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo.

« Beaucoup d’études soutiennent l’importance des espaces verts dans des contextes de soins. Il y a un lien direct avec la convalescence, par exemple, des séjours postopératoires plus courts, une réduction des complications, une diminution de la prise d’antidouleurs, des patients moins stressés, etc. »

Bienfaits des aménagements naturels sur la santé qui contribuent au rétablissement des patients :

  • Réduction de l’anxiété et de la dépression
  • Sentiment de bien-être
  • Amélioration des mécanismes liés à l’attention
  • Réduction de la fatigue mentale et attentionnelle
  • Diminution des sensations de douleur et du stress

Commencer avec les enfants

En 2007, Claude Fortin et son équipe ont demandé à des enfants de dessiner ou de décrire leur chambre de rêve. Des psychologues ont ensuite analysé les éléments qui revenaient le plus souvent. Résultats? Des fenêtres, des fleurs, des parcs, et maman avec eux dans la chambre. Eh bien, c’est exactement là-dessus qu’ils ont basé les lignes directrices du projet.

Avant l’ouverture officielle, on a offert une visite à 130 patientes. Elles dansaient littéralement lorsqu’elles ont découvert la vue de leur chambre! C’était une expérience humaine incroyable!
Claude Fortin

 

 

Deux jardins intérieurs ont été mis en place en plus de toits verts accessibles par rampes pour les chaises roulantes, où les enfants peuvent jouer dans diverses installations. « Parce qu’au final, ce sont eux qui rendent les jardins vivants! », constate Claude Fortin.

 

Mais il faut bien plus qu’une plante verte dans le coin d’une chambre pour voir les bienfaits concrets du verdissement. Ainsi, des trottoirs piétonniers boisés et chauffés ‒ pour être utilisés même en hiver ‒ créent des liens entre les pavillons, le quartier et les différents espaces extérieurs.

Ste-Justine_Cour interieur_Stephane Brugger CHU Ste-Justine
La lumière abonde dans les jardins intérieurs du centre hospitalier. (© Stéphane Brugger CHU Sainte-Justine)
Ste-Justine_Chambre enfant_Stephane Brugger CHU Ste-Justine
Le décor des chambres de Sainte-Justine tranche avec ce qu'on retrouve habituellement dans un hôpital. (© Stéphane Brugger CHU Sainte-Justine)

Quant à l’architecture, le mot d’ordre a été « lumière ». Tous les étages bénéficient de points de lumière et d’un maximum de murs vitrés pour la laisser pénétrer. Selon l’heure de la journée, cela crée des ambiances feutrées et chaleureuses dans les corridors.

 

Finalement, chaque chambre est munie d’une fenêtre qui offre une vue sur l’un ou l’autre des espaces verts. « Sans fenêtre, les patients perdent la notion du jour et des heures et ce n’est pas bon pour le moral », m’explique Claude Fortin avant de me présenter l’œuvre d’art lumineuse, inspirée de la forêt québécoise, qui offre un agréable spectacle aux patients, aux familles et aux employés lorsque le soleil se couche. En effet, chaque étage entourant les jardins est éclairé d’une couleur et de motifs différents.

Nous poursuivons notre visite lorsque je mets enfin le doigt sur ce qu’il y a de si particulier dans cet hôpital : « Il n’y a aucun bruit! » Claude Fortin m’explique qu’une attention particulière a été portée à l’ambiance sonore, dans une volonté de recréer le plus possible un environnement comparable à celui de la maison.

« C’est effectivement rare que des corridors d’hôpitaux soient paisibles comme ça! » Évidemment, au même moment, un jeune garçon vient rompre le silence en nous dépassant … à vélo! Il y a des choses qu’on ne voit qu’à Sainte-Justine!

Et le carbone, dans tout ça?

Au-delà de ses bienfaits sur le rétablissement et la santé des patients, ce projet a aussi de nombreux effets positifs sur l’environnement. Le toit du stationnement et les différentes cours intérieures sont munis de végétation et les autres toits sont blancs, ce qui réduit les effets des îlots de chaleur tout en permettant aux occupants de se ressourcer durant leur convalescence. La portion asphaltée, qui couvrait 50 % du site, ne représente plus que 14 % aujourd’hui.

Grâce à cette récupération de chaleur, entre autres, le CHU Sainte-Justine réalise une économie annuelle du coût de l’énergie de 28 %. La mise en place d’appareils de plomberie à faible débit ainsi que le choix de plantes nécessitant peu d’arrosage permettent une gestion efficace de l’eau. Finalement, des stationnements sécuritaires pour bicyclettes favorisent le transport actif. Un triage rigoureux des déchets a aussi permis de détourner 90 % des matériaux des sites d’enfouissement pendant la construction.

Les employés bénéficient également des répercussions positives d’un tel environnement thérapeutique. « Les plaintes liées à l’environnement physique ont chuté [de manière considérable]. Le premier constat est vraiment l’amélioration de la qualité de vie au quotidien », me confirme fièrement M. Fortin.

Des études sont en cours afin de chiffrer les bienfaits des travaux sur la santé des patients et la quantité de gaz à effet de serre émise par l’établissement, notamment en ce qui a trait au nombre d’hospitalisations et à la prise de médicaments pour soulager la douleur. « Nous savons déjà que la durée des séjours a diminué, si l’on compare à ce qu’on retrouve dans la littérature scientifique. »

Toujours dans le but de favoriser la santé et le bien être des patients, Sainte-Justine a également misé sur :

  • La multifonction des espaces qui aident à réduire le stress chez les enfants (des jeux à travers les œuvres d’arts murales dans les salles d’examen, par exemple.)
  • Une collaboration avec le Cirque du Soleil et Moment Factory pour la décoration ludique de la salle d’attente de l’urgence, pour que les enfants oublient momentanément qu’ils sont à l’hôpital.
  • Des bancs construits pour prévenir les infections.
  • Des ascenseurs et espaces dédiés au système rigoureux de recyclage et décartonnage pour accélérer et faciliter le processus.
Dessine-moi un hôpital 4min.