Retuna, situé à Eskilstuna, en Suède, est le premier centre commercial qui vend exclusivement des produits d'occasion et recyclés. © Lina Östling
Ouvrir un centre commercial entièrement consacré à la vente d’objets recyclés ou d’occasion, c’est l’ambition de Tricentris. Cette coopérative de solidarité, qui gère trois centres de tri dans les Laurentides, prévoit ouvrir un tel recyclopolis à Saint-Jérôme dès l’été 2026. Une première en Amérique du Nord, pour le bien du portefeuille et de la planète.
« On souhaite que l’achat de seconde main devienne le premier choix », résume d’emblée Dany Dumont, directeur général de Tricentris, une coopérative de plus d’un quart de siècle spécialisée dans le recyclage. Ainsi, la clientèle pourra se procurer vêtements, meubles, appareils électroniques et autres articles en attente d’une deuxième vie sous un même toit.
C’est en constatant que les ressourceries peinaient à écouler leur stock que Tricentris a eu l’idée d’ouvrir un tel centre. « Pour réduire l’enfouissement, il faut revaloriser plus de matière. Et on en a déjà trop, constate Dany Dumont. Par exemple, la population québécoise achète beaucoup trop de vêtements compte tenu de qu’elle portera réellement. La création d’un lieu où la communauté peut être sûre de trouver ce dont elle a besoin devient une priorité. » Et pour cause : au Québec, en moyenne 20 kg d’habits neufs par personne sont consommés annuellement.
Pour remployer cette immense garde-robe collective, Tricentris finalise l’acquisition d’un immeuble situé à proximité de l’autoroute 15 et des Galeries du Nord. « Beaucoup de centres commerciaux construisent de nouveaux bâtiments. Mais pour le nôtre, les infrastructures sont déjà existantes », précise le directeur. « Est-ce que notre site sera parfaitement écoénergétique et conforme aux certifications LEED dès le départ? Non, parce que le coût au pied carré deviendrait trop cher pour les organismes d’économie sociale qui vont s’y installer, justifie-t-il. Mais c’est un objectif qu’on se fixe à long terme. »
Un concept suédois à la sauce québécoise
Si le projet de Tricentris est une première en Amérique du Nord, la coopérative ne compte pas réinventer la roue. Elle s’inspire plutôt de ReTuna, un centre commercial suédois où la totalité des articles offerts sont de seconde main.
Ouvert depuis 2015, ReTuna n’est rentable que depuis quelques années, rappelle Dany Dumont. « On va tenter d’apprendre de leurs essais et erreurs pour ne pas les répéter », explique-t-il.
Tricentris pourra d’ailleurs compter sur le soutien de ses homologues suédois afin de mettre sur pied la version nord-américaine du concept. « Ils nous ont énuméré énormément de bonnes pratiques notamment en ce qui concerne la sélection des commerces et le modèle de partage des matières entre les magasins», dit Dany Dumont.
Tricentris ignore pour l’instant quelles seront les boutiques qui s’installeront dans la quinzaine de locaux disponibles du futur établissement. Mais des bannières telles que Renaissance, Dépanne-Tout, Insertech, Mine urbaine et 3R Québec inc. ont manifesté leur intérêt à y ouvrir une succursale.

« Il ne faut pas sélectionner des organismes qui ont l’objectif de sauver le monde, mais des personnes qui veulent monter une entreprise rentable », souligne Dany Dumont. Son raisonnement est simple : passer des heures à réparer un objet pour le revendre à un tarif plus élevé qu’un équivalent neuf ne permettra pas de s’attaquer au problème de surconsommation. « La clientèle ne paiera pas le prix, ça ne fonctionnera pas », illustre-t-il. Tricentris collabore également avec le Bureau de développement économique de Saint-Jérôme pour peaufiner son plan d’affaires.
Plus qu’un simple centre commercial
En plus d’accueillir des boutiques de seconde main, le futur centre commercial proposera divers services. Dany Dumont espère que le site hébergera également un « fablab » dans le but de permettre au public de bénéficier de ressources mutualisées pour effectuer des réparations. « Quelqu’un qui vit en appartement et qui désire retaper un meuble va trouver ça difficile, de le faire dans son salon, avance le directeur général. On veut mettre à disposition des endroits où la clientèle sera encadrée et coachée par des spécialistes. » Des discussions sont déjà entamées avec le Centre de services scolaire de Rivière-du-Nord pour le recrutement de personnes qualifiées.
La coopérative aimerait, en complément, proposer des ateliers de couture. « On n’a plus de cours d’économie familiale au secondaire. On souhaite un modèle où les gens apprennent comment faire du réemploi et de la réparation en ayant les outils pour le faire », espère Dany Dumont.
Les plus jeunes ne seraient pas en reste, avec du matériel d’art de seconde main. « Les écoles primaires achètent déjà plein d’équipement », rappelle-t-il. Tricentris aspire donc à proposer aux établissements d’enseignement de venir quelques fois par année pour bénéficier de produits et d’accessoires gratuits afin de créer des œuvres, qui seraient exposées dans le centre commercial.

Le réemploi, ça devrait être la première option
Le directeur ne s’en cache pas : il voit grand pour le futur site et souhaite attirer non seulement la population des environs, mais aussi les touristes étrangers. « On aimerait en faire un pôle d’attraction pour prouver que, le réemploi, ça devrait être la première option. »
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