Houmous, kebbé et bois olympique : le secret des Filles Fattoush

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Cynthia Chackal, à droite, copropriétaire de la boutique les Filles Fattoush au marché Jean-Talon, et sa mère Lina, vendeuse © Loubna Chlaikhy
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Lorsqu’un commerce renouvelle son design d’intérieur, il est d’usage de tout envoyer à l’enfouissement et de repartir à zéro, avec du neuf. Un non-sens que l’entreprise de design commercial Rümker a choisi de combattre en misant sur l’économie circulaire, l’écoconception et le réemploi de matériaux.

Passer la porte de la toute première boutique des Filles Fattoush, au marché Jean-Talon, c’est ressentir un peu de la chaleur hospitalière des pays du Levant. L’odeur du thé aux épices embaume les lieux, tandis que les arches et la cascade murale de paniers tressés nous transportent dans les souks d’Alep.

Derrière le comptoir, Cynthia et Lina servent les gourmands : muhammara, houmous, baba ganoush, falafels, kebbés… Tous les mezzés iconiques de leur pays d’origine sont fièrement préparés par des femmes syriennes et arabes à qui l’entreprise à vocation sociale offre l’occasion d’un premier emploi.

Les Filles Fattoush naissent en 2017, alors que la guerre en Syrie atteint un sommet dans l’horreur. Adelle Tarzibachi, touchée par les événements qui déchirent son pays d’origine, et Geneviève Comeau ont l’idée de faciliter l’intégration québécoise de femmes contraintes de tout abandonner derrière elles. Entre 2015 et 2019, plus de 60 000 personnes réfugiées sont arrivées de Syrie au Canada, d’après Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Huit ans plus tard, l’entreprise poursuit sa mission et se diversifie avec cette première boutique physique. Et pour la façonner, les Filles Fattoush se sont tournées vers une entreprise de design montréalaise qui a fait de l’économie circulaire son mot d’ordre : Rümker.

De gauche à droite: Marie-Anne Miljours, responsable de la stratégie en économie circulaire,  Frédérique Majeau, associée et vice-présidente de Rümker, et Camille Gassian, designer © Loubna Chlaikhy

Du stade olympique aux étagères d’une épicerie fine

Sur les tablettes en bois reposent épices, loukoums, mélasse de grenade, légumes marinés et fameuses croustilles de pitas maison qui ont rendu la marque célèbre. À première vue, une boutique au design soigné, épuré et oriental : rien à signaler de particulier. Pourtant, 40 % du décor provient du réemploi.

Parmi les matériaux qui ont trouvé une seconde vie ici, le bois des étagères et du comptoir cache une surprise originale. « Il s’agit de pin de Colombie issu des poutres qui soutenaient la toiture du stade olympique de Montréal », révèle Cynthia Chackal, copropriétaire de l’épicerie fine.

En découvrant l’appel à projets lancé en novembre 2024 par le Parc olympique et le Bureau du design de la Ville de Montréal pour réutiliser les éléments démantelés de la toiture, Rümker a tout de suite pensé au projet des Filles Fattoush.

Pour Cynthia Chackal, née à Montréal de parents syriens, l’histoire de ce bois est une petite fierté. « C’est vraiment le fun, ce clin d’œil montréalais dans notre boutique. On donne une nouvelle vie à un bois rare et unique, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, un peu à l’image des Filles Fattoush », livre la toute jeune femme d’affaires en sirotant un thé.

Vue de la boutique des Filles Fattoush imaginée par Rümker © Ulysse Lemerise / OSA 

Si, pour le moment, rien ne laisse deviner le secret de ces étagères, un petit écriteau est envisagé.

Mais ce n’est pas tout : certains meubles ont été rénovés, le sol d’origine a été conservé et plusieurs éléments du magasin ont été préservés pour éviter l’enfouissement de nombreuses matières et diminuer l’impact environnemental du chantier. Le secteur de la construction et de la rénovation est en effet responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada. C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé Rümker à opérer un virage environnemental majeur en 2020.

L’économie circulaire au cœur du design commercial

« On s’est demandé comment le design peut garder sa pertinence dans un monde où l’environnement est très challengé par les activités humaines », confie Frédérique Majeau, associée et vice-présidente de l’entreprise Rümker. L’économie circulaire s’est alors imposée comme une solution incontournable. Guidée par cet objectif, l’entreprise de design, en activité depuis 2009, a développé plusieurs stratégies :

  • a) un guide d’écoconception et un accompagnement des équipes de conception pour imaginer des projets durables;
  • b) la valorisation du réemploi et la mise en place d’un réseau de fournisseurs de matériaux de seconde main;
  • c) l’obtention de plusieurs labels ou certifications garantissant son alignement sur des standards écologiques élevés.

Rümker possède en effet quatre certifications reconnaissant ses bonnes pratiques : B Corp (Benefit Corporation); Écoresponsable Niveau 2 (performance); Carbon Disclosure Project, score B; Ecovadis, score bronze. Elle participe également au Global Carbon Project (CDP) en mesurant le bilan carbone de chaque chantier qu’elle mène. « Notre objectif est de diminuer nos émissions de GES de 8 % chaque année », révèle Marie-Anne Miljours, responsable de la stratégie en économie circulaire. La firme souhaite s’imposer un taux de circularité minimal dans ses projets : « 35 % minimum, 65 % dans l’idéal », poursuit-elle. L’approvisionnement local et responsable est quant à lui « non négociable », et ce, à chaque mandat.

« Le défi, lorsqu’on mise sur l’économie circulaire, est de convaincre fabricants et clientèle de nous suivre dans cette démarche », souligne Frédérique Majeau. Il faut dire que le secteur est avant tout guidé par une logique économique.

Le bois de la toiture du stade olympique de Montréal a été récupéré par Rümker à l'état brut. Photo de courtoisie de Rümker
Le bois du stade olympique a été travaillé par un ébéniste avant de trouver sa place dans l'épicerie fine. Photo courtoisie Rümker.

« Au début, on a fait ça en cachette de notre clientèle. »

Lorsqu’un commerce souhaite réaménager son espace, c’est essentiellement pour accroître ses bénéfices en modernisant son image de marque. Selon une étude de Design Montréal, l’aménagement commercial permet d’attirer en moyenne 57 % de clientèle supplémentaire et d’augmenter le chiffre d’affaires de 45 %.

Difficile, dans ce contexte, d’intégrer des pratiques responsables dont le bénéfice économique n’est pas la vertu première. « Ça remet en question beaucoup d’habitudes, indique Camille Gassian, designer chez Rümker. Dans le milieu de la construction, les pratiques sont les mêmes depuis des décennies, et certains sont quand même difficiles à convaincre. »

Même constat du côté des commerces qui font appel à leurs services. « Au début, on a fait ça en cachette de notre clientèle, car subsiste un préjugé négatif par rapport au réemploi, par exemple, qui est encore perçu comme ayant moins de valeur ou étant moins solide que du neuf… alors que ce n’est pas du tout le cas », confesse Marie-Anne Miljours.

Dans la boutique des Filles Fattoush, le bois du stade olympique a été transformé en étagères et habille le comptoir © Loubna Chlaikhy

Un pari sur l’avenir

D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’abaisser les coûts, mais d’offrir, à budget et qualité équivalents, une solution durable et responsable, poursuit-elle : « Le réemploi est moins coûteux en matière, mais coûte cher en main-d’œuvre. »

Avant de trouver sa place dans la boutique des Filles Fattoush, le bois du stade olympique a d’ailleurs été longuement travaillé par un ébéniste, qui a dû en retirer les nombreux clous, le traiter, le niveler… Des étapes qui n’auraient pas été nécessaires avec du bois neuf.

Aujourd’hui, Rümker revendique fièrement son engagement écologique et espère contribuer à une prise de conscience dans l’industrie du design. La firme accompagne activement ses partenaires dans ce processus, quitte à y consacrer un temps colossal et non rémunérateur. Elle exerce en tant que conseillère auprès d’autres entreprises du secteur, et prépare plusieurs projets de sensibilisation du public dont elle ne peut encore révéler les détails, mais qui s’annoncent… prometteurs.

« Un pari sur l’avenir », concède Frédérique Majeau, mais un risque payant, puisque l’entreprise a déjà décroché de nouveaux mandats grâce à son engagement en faveur de l’écologie.

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