Alex en Estrie — La communauté au service de la biodiversité

La Forêt qui marche est un organisme qui existe depuis 2021
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La Forêt qui marche est un organisme qui existe depuis 2021 ©Courtoisie La Forêt qui marche
Created with Lunacy 5 min

SUR LA ROUTE 3/3 — Aux quatre coins du Québec, des gens s’activent pour faire une véritable différence dans la crise écologique. Pour ce deuxième dossier régional, nous avons décidé de poser notre regard sur l’Estrie. Une région qui est aux prises avec son lot de défis environnementaux, mais qui est également dotée d’une impressionnante créativité pour y faire face. Dernier arrêt : l’organisme La forêt qui marche.

Nous l’avons vu avec l’exemple de Sutton, les villes du sud du Québec sont forcées de prendre des décisions sans précédent en raison des changements climatiques. Comme me disait une horticultrice rencontrée cet été, personnage tout aussi coloré qu’attachant, « la nature aura toujours le dernier mot ».

Sur ces sages paroles, je vous amène maintenant à Sherbrooke pour le dernier volet de mon dossier sur l’Estrie. J’ai décidé de me faire plaisir en vous présentant un organisme dont la mission est particulièrement intrigante : sauver les arbres et les végétaux des développements immobiliers.

Sauver la végétation de l’activité humaine

L’idée derrière l’organisme La forêt qui marche a germé dans la tête de Nicole Comtois lors d’une soirée cinéma des plus banales.

« Un soir, je regardais Le seigneur des anneaux avec mon mari. À un certain moment, la forêt se met à marcher. Je me suis dit que c’était une maudite bonne idée de déplacer les arbres pour les éloigner du danger », raconte Nicole Comtois en faisant référence à l’imaginaire de Tolkien.

Petite parenthèse : en entendant cette phrase, j’ai tout de suite compris que j’adorerais cette entrevue. Non seulement je suis un grand fan du Seigneur des anneaux, mais ce n’est pas tous les jours que je peux faire une référence à l’univers des hobbits dans un article; j’ai aussi toujours été attiré par les projets nés lors de ces moments en apparence anodins.

Après son épiphanie cinématographique, Nicole Comtois a rédigé un essai qui étudiait la pertinence et la faisabilité d’un projet de « sauvetage végétal » sur les terrains voués au déboisement. Ce texte, présenté pour l’obtention de sa maîtrise en environnement à l’Université Sherbrooke, posait les assises de La forêt qui marche.

Les plantes indigènes sont encore méconnues au Québec, selon Nicole Comtois
Les plantes indigènes sont encore méconnues au Québec, selon Nicole Comtois ©Courtoisie La forêt qui marche

Combler une grande lacune

Comme la vie fait bien les choses, elle a reçu un appel de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) en 2019.

« Ils cherchaient un moyen de récupérer les arbres et la végétation des terrains qui allaient être déboisés (étape avant le début de la construction); ils ont vu mon essai et sont tombés en amour avec l’idée, dit-elle. Avec leur soutien, nous avons créé un organisme sans but lucratif avec des bénévoles en 2021. Je pense que c’était une manière aussi pour eux [l’APCHQ] de combler un vide. »

Ce vide abyssal, c’est la manière de faire les choses depuis toujours. Selon Nicole Comtois, les promoteurs et promotrices n’ont pas toujours le souci de protéger la nature en place avant l’instauration de leur projet, pour le dire d’une manière polie.

« Quand les promoteurs vont déboiser pour un projet soit résidentiel ou commercial, ils vont récolter les arbres qui ont une valeur commerciale (bois de chauffage, planche, etc.); tout le reste passe normalement à la déchiqueteuse, me confirme celle qui a travaillé 30 ans dans la Division de l’environnement de la papetière québécoise Domtar. Rien n’est vraiment récolté, tout est détruit ou enfoui. »

Lorsqu’on voit le nombre de projets de développement qui pullulent un peu partout, ce genre d’information est un peu inquiétant, avouons-le. Heureusement, La forêt qui marche a décidé d’en faire son cheval de bataille. Si des initiatives citoyennes du genre existent au Québec, c’est la première fois qu’un organisme est strictement centré sur ce problème.

Les bénévoles à l'œuvre lors d'une journée de cueillette
Les bénévoles à l'œuvre lors d'une journée de cueillette ©Courtoisie La forêt qui marche

 On veut transmettre au public un message qui souligne l’importance de préserver le patrimoine floristique indigène ainsi que la nécessité d’adopter aujourd’hui des pratiques de développement durable.Nicole Comtois, La Forêt qui marche

Impliquer la population

Mais concrètement, comment ça marche? La première étape vient des promoteurs et des promotrices partenaires; certains sont plus sensibles à l’environnement (un rappel important qu’il ne faut pas généraliser) et offrent à l’organisme la possibilité de venir « récolter » des végétaux sur les terrains avant qu’ils ne soient déboisés.

« Lorsqu’on s’est assurés d’inspecter et de sécuriser l’endroit, on organise des cueillettes publiques et gratuites pour la population locale, décrit avec fierté Nicole Comtois. Les gens peuvent venir ramasser des végétaux, des plantes et des arbustes pour les ramener chez eux. On leur offre même les pots. Ce sont souvent de belles activités familiales. »

Autre particularité du projet : des biologistes sont présents sur place pour guider, informer et répondre aux questions du public. On retrouve souvent sur les terrains des plantes indigènes (plante sauvage qui a poussé naturellement, NDLR), des végétaux un peu moins communs dans les pépinières, mais non moins intéressants et importants pour la biodiversité.

« On veut transmettre au public un message qui souligne l’importance de préserver le patrimoine floristique indigène ainsi que la nécessité d’adopter aujourd’hui des pratiques de développement durable », ajoute-t-elle.

Les activités de cueillette sont ouvertes à toute la famille
Les activités de cueillette sont ouvertes à toute la famille ©La forêt qui marche

Inspirer un mouvement collectif

De fil en aiguille, l’OSBL a gagné en popularité et un nombre impressionnant de bénévoles se sont joints à la cause. Les journées de cueillette se sont multipliées dans la région (huit par année), au grand bonheur de l’organisme, mais aussi des gens du coin.

« La réponse des citoyens est vraiment bonne, lance la présidente. Depuis nos débuts, en 2021, on a eu 750 cueilleurs et cueilleuses, et juste l’an passé, on a sauvé près de 4000 végétaux. »

Quand je lui demande si elle perçoit, parallèlement, un changement dans l’attitude de l’industrie de la construction relativement à ce problème, je sens Nicole Comtois beaucoup plus prudente dans sa réponse.

« Il y en a des plus conscientisés que d’autres, mais il ne faut jamais oublier que c’est une business, admet-elle. On sait qu’on n’arrêtera pas le déboisement demain matin, mais on veut montrer qu’on peut mieux le faire. Il y a encore du travail, c’est certain. » Le projet La forêt qui marche m’a toutefois rappelé deux choses : il faut laisser la chance au coureur (ici le milieu de la construction) et, surtout, des gens inspirants s’activent sur le terrain pour changer l’ordre établi.

L’adaptation aux changements climatiques est un défi sans précédent, non sans rappeler la quête de Frodon pour détruire l’anneau, mais j’ai personnellement confiance en la résilience et l’ingéniosité humaine pour y faire face. En Estrie comme ailleurs au Québec, les régions sont déjà au travail, c’est une certitude.

Que ce soit dans un élan de solidarité communautaire, comme avec Les Cocagnes, devant un problème commun, comme à Sutton, ou en étant inspiré par un film fantastique, comme Nicole Comtois : le déclic pour passer à l’action peut venir de n’importe où. Une pensée qui me conforte beaucoup, je dois l’avouer.

POUR LIRE LA PARTIE 1

L’union fait la force à Frelighsburg

Mon premier arrêt en Estrie est dans le sublime village de Frelighsburg. C’est là que j’ai rencontré Stéphanie Hinton, fondatrice de Les Cocagnes, une ferme collective qui offre des parcelles de terre en location aux agriculteurs et agricultrices. 

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