À l’école du carbone

Depuis 2010, près de 8 000 jeunes de 9 à 12 ans provenant de 78 écoles ont permis d’éviter l’émission de 33 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES). Comment? En réalisant des défis qui permettent de réduire l’empreinte carbone de leur famille. Non seulement les jeunes deviennent des citoyens plus responsables, mais ils se font aussi les porte-étendards d’une initiative ayant permis de créer une bourse du carbone éducative!

Vivre ici Wow / 09 novembre 2017

L’an dernier, alors qu’elle était en 5e année, Alice a incité ses parents à acheter davantage de produits locaux. Elle a persuadé ses quatre frères et sœurs d’utiliser leurs jouets jusqu’à la fin de leur vie utile et elle a convaincu sa tante d’acheter moins de bouteilles d’eau en plastique. Sa collègue de classe, Kaia, a pour sa part encouragé les membres sa famille à se lancer dans le compostage. Malgré quelques odeurs désagréables au départ, ils ont gardé le cap, et le compost fait désormais partie de leur routine.

« On a juste fait de petits gestes, mais avec les petits gestes posés par tous les élèves des écoles qui participent, on a pu éviter beaucoup de CO2 et ça peut faire un grand changement au final », explique sagement Kaia, du haut de ses 11 ans. « C’est plus motivant quand on sait que d’autres personnes le font aussi », ajoute Alice qui, avec sa classe, est allée voir sur la carte interactive quelles écoles participaient au projet.

Professeur et élèves -Bourse Scol'Ère
Les élèves de la classe d'animation 5 de l'école Taniata participent activement au projet. (© Guillaume Roy / Unpointcinq)

Les actions présentées ici ne sont qu’une partie des initiatives réalisées par les jeunes de 5e année de l’école Vision Beauce, à Sainte-Marie. Les élèves avaient en effet la possibilité de réaliser 14 défis pour réduire l’empreinte carbone de leur famille, évitant au passage plus d’un million de kilogrammes de GES! Un résultat qui leur a permis de remporter une classe nature de deux jours et de créer un contact direct avec la nature.

Mais d’où vient cette idée? Le projet a été lancé en 2010 par la Coopérative Forêt d’Arden dont l’objectif était de créer un outil éducatif sur les changements climatiques et d’inciter les jeunes à adopter des habitudes de vie écoresponsables avec leur famille, explique Charles-Hugo Maziade, directeur général de la coopérative.

Mais ce n’est pas tout. Les émissions de GES évitées sont comptabilisées et vendues sous la forme de crédit carbone éducatif dans le cadre de la Bourse du carbone Scol’ERE. Les sommes ainsi amassées permettent de financer l’initiative et d’offrir davantage d’ateliers dans les écoles du Québec.

La Bourse du carbone Scol’ERE en chiffres (depuis 2010)

  • 340 classes animées
  • 78 écoles différentes
  • 7 826 jeunes de 6 régions du Québec mobilisés
  • 36 000 défis réalisés (nouvelles habitudes de vie écoresponsables)
  • 33 000 tonnes de GES évitées

Bon an, mal an, plus de 99 % des élèves essaient de réaliser au moins un défi. Selon les années, de 80 à 90 % de ces défis sont relevés.

D’abord lancée à Lévis en 2010, la Bourse du carbone Scol’ERE a séduit tour à tour les écoles de Chaudière-Appalaches et de la grande région de Québec avant d’atteindre le Bas-Saint-Laurent il y a trois ans.

En 2016, la coopérative a reçu un appui de taille pour sensibiliser davantage de jeunes Québécois lorsqu’elle a obtenu 500 000 $ sur trois ans du Fonds vert pour ses activités. « Cette somme nous permet d’accompagner des organismes locaux pour offrir les ateliers éducatifs dans plusieurs autres régions », note Charles-Hugo Maziade, qui pilote une équipe de 10 employés. C’est ainsi que des écoles de l’Outaouais, de Laval, de Montréal ainsi que la communauté autochtone de Mashteuiatsh se sont jointes à la Bourse du carbone l’an dernier. « On souhaite offrir des ateliers dans 125 classes cette année, dans 250 classes l’an prochain et dans 500 classes dans l’ensemble du Québec en 2020 », ajoute M. Maziade.

Arme de sensibilisation massive

À l’école Vision Beauce de Sainte-Marie, c’est Annie Guérard, professeure de 5e année, qui a intégré la Bourse du carbone Scol’ERE à ses classes. « Je suis dans le domaine de l’enseignement pour faire une différence. Comme l’environnement occupe une grande partie de ma vie, je trouve que c’est une bonne manière d’inculquer des valeurs environnementales », lance-t-elle, estimant que le projet, qui crée de bonnes occasions de parler d’environnement et de changements climatiques, rejaillit sur toute l’école.

Consommation, énergie, transport, matières résiduelles et plus encore. À raison de cinq ateliers de deux heures, les animateurs de la Bourse du carbone abordent les changements climatiques sous un angle différent, de manière entrainante et positive, mais réaliste, souligne Annie Guérard. Ils proposent ensuite aux élèves des défis à réaliser avec leurs familles et leurs proches, en leur montrant une gamme d’outils en ligne pour calculer la quantité de GES évitée, les écoles participantes et une foule d’outils ludiques.

Élève appliqué - Bourse Scol'Ère
L’école Desjardins joue elle aussi à la Bourse du carbone Scol’ERE. (© Guillaume Roy / Unpointcinq)

Les enfants sont une arme de sensibilisation massive. C’est difficile de leur dire non, surtout quand ils trouvent que c’est important de le faire. – Annie Guérard

Résultat : les parents s’impliquent à cœur joie dans les défis visant à réduire leur empreinte carbone, et ce, même s’ils n’ont pas le profil écolo!

Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas en profiter pour sensibiliser les élus, s’est dit Annie Guérard. En 2015, elle a donc organisé une rencontre entre les élèves, le maire et le directeur général de Sainte-Marie pour les sensibiliser aux changements climatiques. « Ils leur ont parlé de leurs idées pour mieux aménager le quartier et instaurer une vision plus durable », note fièrement l’enseignante.

 

Carbone à vendre!

Pour calculer la quantité d’émissions de carbone évitées, des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières procèdent à des analyses de changement de comportement. Un an ou trois ans après avoir suivi les ateliers, les élèves sont invités à cibler les comportements qu’ils ont changés de manière durable, ce qui permet de calculer la quantité de carbone évitée. Qui plus est, la Bourse du carbone Scol’ERE est certifiée par le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), ce qui garantit la rigueur scientifique du processus.

Étant donné que chaque tonne de CO2 évitée est convertie en crédits carbone éducatifs, les entreprises ou les individus qui veulent agir pour le climat peuvent acheter ces crédits pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.

« Pour Desjardins, qui soutient l’initiative depuis ses débuts, la Bourse du carbone Scol’ERE permet non seulement de compenser pour les GES émis, mais elle permet aussi de contribuer à l’éducation sur le développement durable et sur la citoyenneté responsable », souligne Pauline D’Amboise, vice-présidente – Gouvernance, Développement durable et secrétaire générale du Mouvement Desjardins. « Ce projet est une belle forme d’innovation sociale qui permet d’embarquer les jeunes très tôt et de les amener à poser des gestes collectifs et familiaux pour réduire leur empreinte carbone. Nous voulons compenser la tenue de tous nos grands évènements avec des crédits éducatifs, ajoute la femme qui agit aussi comme ambassadrice du projet. Ça donne de l’eau au moulin pour déployer plus largement les ateliers. »

Pas besoin d’être un géant pour compenser ses émissions de GES. La jeune pousse Kotmo, une entreprise qui fabrique des objets promotionnels durables, faits sur mesure au Québec, a aussi décidé de compenser ses émissions en achetant 15 tonnes de crédits carbone éducatifs lors de sa première année d’activité. « Ça fait partie de la vision de l’entreprise, souligne Céline Juppeau, la fondatrice. On voulait redonner un pourcentage de nos profits à la société et, comme on croit beaucoup à l’éducation, on a choisi d’aider un organisme qui offre des ateliers dans les écoles pour sensibiliser les enfants aux pratiques du développement durable. »

Élèves en classe - Bourse Scol'Ère
© Guillaume Roy / Unpointcinq

Jusqu’à maintenant, 12 000 tonnes de crédits carbone éducatifs ont été vendues sur le marché. Mais comme la Bourse du carbone Scol’ERE détient toujours 23 500 tonnes en banque, Charles-Hugo Maziade veut désormais mettre davantage d’énergie sur le volet marketing. « On veut faire connaitre les valeurs sociales et l’engagement écoresponsable derrière notre projet. C’est un gros défi de commercialiser des crédits carbone, car les gens connaissent peu la compensation carbone », dit-il.

En plus de sensibiliser les jeunes Québécois à l’importance des actions individuelles pour lutter contre les changements climatiques, la Bourse du carbone Scol’ERE est devenue un modèle éducatif pour la planète. L’initiative a servi d’exemple lors de la Conférence de Paris sur les changements climatiques et a incité les gouvernements du monde entier à reconnaitre l’importance du système éducatif dans la transition vers des sociétés plus durables.

Et vous, quels défis carbone allez-vous relever cette semaine?

Les défis lancés

Envie de réduire votre empreinte carbone? Essayez l’un des défis de la Bourse du carbone Scol’ERE!

Défis lancés par Bourse Scol'Ère
À l’école du carbone 5min.