© Charles-Olivier Caron

Une école climato-active, ça s’peut

En multipliant les initiatives pour réduire les déchets, les élèves d’une école secondaire de la Côte-Nord ont notamment éliminé l’usage de milliers de bouteilles de plastique et produit plus de 1000 litres de compost. Leurs actions climatiques « contaminent » même des entreprises de la région! Voici leur histoire.

Vivre ici / 29 avril 2019

Depuis le début de l’année scolaire, l’école secondaire Serge-Bouchard de Baie-Comeau et ses 597 élèves se sont lancés dans l’élimination du plastique. Bye bye, vaisselle et ustensiles en plastique à la cafétéria; ils sont maintenant remplacés par de « vrais » couverts. Bonjour, distributeurs d’eau réfrigérée, qui ont été installés dans les aires publiques et au gymnase. Enfin, mise au régime sec en septembre dernier, la machine distributrice a été retirée de l’établissement le 12 avril, une bonne fois pour toutes.

Si l’école s’active autant en matière de réduction des déchets, c’est d’abord grâce aux élèves. Et ça ne date pas d’hier : depuis 2015, un comité piloté par une vingtaine d’élèves de tous niveaux s’active à mettre les poubelles au régime. Car moins de déchets, c’est moins d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pour les transporter à la décharge!

Comité déchets de l'école serge bouchard
Quelques représentantes du comité devant les vermicomposteurs de l'école. © Charles-Olivier Caron
des déchets dans l'école Serge Bouchard
Des élèves se chargent eux-mêmes des stations de tri des déchets. © Charles-Olivier Caron

« Le rôle du comité est d’essayer de sensibiliser les élèves à la gestion des déchets, par exemple à faire du compost et à recycler », explique une de ses membres, Audrey Morneau, qui est en secondaire 3. Dès l’an prochain, la direction de l’école fournira aussi une bouteille d’eau réutilisable à chaque élève, ajoute Julie Bourgoing, technicienne en travaux pratiques, qui supervise cette équipe de héros du zéro déchet.

Se mettre aux vers

Mais il n’y a pas que le plastique dans la mire des jeunes. Depuis trois ans, le projet Composter, c’est pas piqué des vers! a permis à l’école de se procurer six composteurs classiques et trois vermicomposteurs. À l’intérieur de ces trois bacs, les vers « mangent » les déchets organiques et produisent un jus, aussi appelé « thé de vers », réutilisé comme engrais pour les plantes. Sept stations de tri des déchets (ordures, cannettes et bouteilles, recyclage et compost) ont également été installées : trois dans la cafétéria, quatre autres dans les corridors.

Ces installations tournent à plein régime afin de transformer les résidus alimentaires en compost, ce qui réduit l’émission de GES produits par l’enfouissement des déchets organiques, source importante de méthane. Ce compost est par la suite épandu autour des arbres de l’école, le surplus étant distribué à d’autres établissements de la commission scolaire de l’Estuaire.

« Autrefois, il y avait des poubelles partout dans la cafétéria. C’était facile, c’était un réflexe de tout jeter. »
Julie Bourgouing

Membre du comité compost, Alice Michaud, une élève de secondaire 1, se réjouit de partager ses connaissances avec les autres élèves. « J’aime qu’ils me posent des questions pour savoir quels déchets vont dans quel bac. Plus on sera nombreux à bien trier nos déchets, meilleur ce sera pour l’environnement », dit-elle.

De fil en aiguille, les élèves de l’école Serge-Bouchard ont considérablement diminué le volume de déchets. Depuis septembre dernier, les distributeurs d’eau ont permis d’éviter l’utilisation d’environ 7500 bouteilles à usage unique. La vaisselle lavable a quant à elle remplacé quelque 16 000 ustensiles en plastique et 6500 assiettes de styromousse, en un an seulement! Quant au compost, plus de 1000 litres ont été produits grâce aux divers équipements.

Ô magie : les changements de comportement font boule de neige, constate Julie Bourgouing. « Autrefois, il y avait des poubelles partout dans la cafétéria. C’était facile, c’était un réflexe de tout jeter. Maintenant, les jeunes doivent rapporter leur vaisselle et trier leurs déchets. C’est une éducation à faire, mais les changements de comportement sont impressionnants. »

Ça fait des p’tits

Inspirés par les projets du comité, les professeurs utilisent les initiatives à des fins pédagogiques. Une fois par semaine, l’enseignante Nathalie Brown fait par exemple la tournée des stations de tri avec ses élèves de la classe d’adaptation scolaire. « Ils se chargent de récupérer les matières recyclées ainsi que le compost de la cafétéria. Ils apprennent ainsi à classer les déchets, à trier les cannettes consignées, etc. », explique-t-elle.

Éleve en train de trier des déchets à l'école Serge Bouchard
Les déchets de l'école sont aussi une source d'apprentissage pour les élèves de la classe d'adaptation. © Charles-Olivier Caron
atelier fabrication de papier à l'école Serge Bouchard
Atelier fabrication de papier à partir des matières recyclées. © Charles-Olivier Caron

Ses élèves fabriquent aussi du papier artisanal à partir des matières recyclées. Ils en font des cartes de Noël dont les profits de ventes sont versés à un comptoir alimentaire de Baie-Comeau.

Le plus beau dans l’histoire, c’est qu’en plus de rapporter leurs bonnes habitudes à la maison, les élèves de l’école Serge-Bouchard inspirent même des entreprises de la région. « Une entreprise de construction de Baie-Comeau qui a eu vent de nos distributeurs d’eau nous a imités et a offert des gourdes à ses employés, ce qui a éliminé les bouteilles jetables », raconte Julie Bourgouing. Un enseignant d’une école primaire de la Côte-Nord l’a aussi contactée pour savoir comment instaurer le compost à l’école, poursuit-elle. « C’est ça qu’on vise, que ça fasse des petits un peu partout! », conclut-elle, un grand sourire aux lèvres.

Concrètement, combien de déchets ont été éliminés?

Depuis le début de l’année scolaire :

  • 7500 bouteilles ont été économisées grâce aux distributeurs d’eau;
  • 1000 litres de compost et 25 litres de lombricompost ont été produits. Le tout sert à nourrir les arbres de l’école;
  • 16 000 ustensiles en plastique et 6500 assiettes de styromousse ont été évités grâce à la vaisselle lavable;
  • 597 élèves ont été conscientisés aux enjeux climatiques et environnementaux.

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Création de richesse
  • Préservation de la biodiversité
Voir toutes les retombées positives de l'action climatique
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