Que faire un samedi soir? Un souper romantique au restaurant. Jouer à un jeu de société en famille. Aller au cinoche. Pourquoi pas enfiler ses chaussures pour suer sa vie sur l’asphalte? Bye bye vino, enweille les électrolytes!
Les vagues de chaleur extrême sévissent de plus en plus au Québec. Face à cette nouvelle réalité, les événements sportifs doivent s’adapter et les athlètes, changer leurs habitudes. C’est ainsi que je me suis ramassé à courir, le 2 août dernier, 21,1 kilomètres un samedi soir à Sherbrooke, loin de ma blonde et de mes enfants, en compagnie de trois acolytes de mon club de course et des 300 personnes qui participaient à la 2e édition du Marathon Sherbrooke Nightlight.
Les épreuves de 7, 14, 21 et 42 km se déroulent sur une boucle éclairée de 3,5 km ceinturant le lac des Nations, en plein cœur de la ville. Le coup de départ est donné à 20 h, au moment où le soleil se couche à l’horizon. Et ce n’est pas un hasard.
À l’ère de l’adaptation
Félix Guèvremont, l’organisateur en chef des Courses nature rêvait depuis longtemps d’organiser un 42,2 km à Sherbrooke. Du jamais vu depuis des années, voire des décennies dans cette ville. « Je souhaitais un parcours rapide qui permettrait aux participantes et participants de se qualifier pour Boston », m’a-t-il confié.
Son calendrier de course était déjà surchargé, il ne lui restait du temps libre qu’en été. « En organisant la course en soirée, à l’abri du soleil, ça rendait l’expérience possible en août ».
Mais il en fallait plus pour rendre cette épreuve sécuritaire alors que les étés se font de plus en plus caniculaires (l’été 2025 devrait se classer au 7ième rang des étés les plus chauds de l’histoire selon Météomédia). La solution : installer quatre points de ravitaillement en eau et électrolytes sur la boucle, soit plus d’un par kilomètre contre un pour cinq habituellement. Résultat : le risque de déshydratation est grandement réduit.
Ce petit détail a sauvé ma course : je serais mort de soif en ne buvant qu’un petit verre de liquide tous les 5 kilomètres, comme j’en ai l’habitude dans une course sous un mercure plus clément. Car malgré l’horaire tardif, il faisait encore 19,5 °C au départ, avec un taux d’humidité de 58 %. Autant dire que c’était encore chaud pour courir à fond. La science avance que la température idéale pour galoper une telle distance se situe entre 7 et 15 °C. En passant sous l’arche de départ, je gardais néanmoins bon espoir de réaliser mon record personnel sur cette distance. On ne sacrifie pas un samedi soir en famille juste pour parader dans les Cantons-de-l’Est !

Un choix à contre-courant
Le Marathon Sherbrooke Nightlight propose un choix diamétralement opposé aux autres épreuves de course sur route, qui, pour échapper aux rayons ardents du soleil, se déroulent presque exclusivement en matinée. Cependant, au printemps, en été et en automne, il arrive de plus en plus souvent que les matins ne soient plus assez frais pour offrir une expérience sécuritaire.
C’est ce que constate la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de santé publique de l’Estrie. Celle-ci note une importante augmentation des hospitalisations en lien avec les températures lors des événements sportifs, depuis quelques années. Par exemple, une douzaine d’athlètes ont été transportés en ambulance en juin 2024 lors du Demi-Marathon de Sherbrooke dont « plusieurs ont frôlé la mort », explique-t-elle.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les coups de chaleur ne sont pas à prendre à légère. Non seulement ils peuvent être fatals, mais ils sont aussi nuisibles à la santé cardiaque.
« On s’est rendu compte qu’il fallait outiller les organisateurs face au risque climatique », déclare-t-elle. La Dre Mélissa Généreux et son équipe se sont donc mis au travail et ont rédigé, à l’intention des organisateurs, le Guide d’adaptation des événements sportifs extérieurs aux aléas climatiques estivaux — volet chaleur, publié en mars 2025. Une première au Québec, dit-on.
Leur but : éviter les interventions de dernière minute de la santé publique qui causent souvent du mécontentement chez les personnes participantes et du stress chez les organisateurs. « C’est dans l’intérêt collectif qu’un événement se termine sous une note positive, avec le moins d’individus incommodés possible », soutient la spécialiste en santé publique.
Responsabilisation des organisateurs et des coureurs
Félix Guèvremont est fier de n’avoir envoyé personne en civière lors des deux éditions du Marathon Sherbrooke Nightlight. Toutefois, si les courses peuvent adopter plusieurs des recommandations du guide de la Direction de santé publique de l’Estrie (devancer l’heure de départ en matinée, déplacer les parcours à l’ombre, réduire les distances, augmenter les points de ravitaillement, ajouter des points d’arrosage, distribuer des éponges aux coureurs pour rafraîchissement, etc.), les athlètes doivent aussi prendre leurs responsabilités.
Oui, il est possible de courir par temps chaud, mais cela exige un entraînement. « Pour cette raison, on songe aussi à développer des outils en vue de sensibiliser les athlètes au risque de chaleur extrême », dit la Dre Généreux. Dernièrement, le problème des coups de chaleur est accentué par la présence de plus en plus importante de personnes inexpérimentées aux épreuves sportives. « Beaucoup de gens se lancent un défi, comme un demi-marathon, sans avoir les connaissances de base ni l’entraînement nécessaire pour courir cette distance », explique-t-elle. Résultat : ils tombent comme des mouches sous la chaleur.
Pas le choix. Si les sportifs veulent encore profiter de leur été pour accomplir des défis sportifs, ils devront passer en mode adaptation, comme de se lever avant le soleil ou encore sacrifier un précieux samedi soir à courir… afin de battre un record personnel. Dans mon cas, je n’ai pas atteint mon objectif au demi-marathon, mais j’ai quand même passé une très belle soirée à découvrir Sherbrooke au pas de course, à la lumière des lampadaires. J’ai aussi terminé sur la 3e marche du podium dans ma catégorie d’âge.
Bref, je n’ai pas gaspillé un souper romantique et le vino pour rien !
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