Ces inondations qui brisent le cœur

Des scientifiques québécois tentent d’établir un lien entre inondations et problèmes cardiaques chez les populations frappées par ces catastrophes. Un premier pas vers une meilleure prévention des risques inhérents à ces sinistres.

Mieux-être / 13 décembre 2017

En se basant sur des données recueillies auprès de la population de Saint-Jean-sur-Richelieu après les inondations de 2011, le docteur Alain Vanasse de l’Université de Sherbrooke a tenté de corréler l’exposition aux inondations de la population avec des incidences de maladies cardiaques, pendant ou après le drame. Le chercheur a présenté les conclusions de son étude lors d’un panel France-Québec sur l’adaptation aux changements climatiques dans le cadre des Journées annuelles de la santé publique (JASP) qui se sont tenues à Québec.

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Le Dr Alain Vanasse (© Francis Beaudry / Unpointcinq)

« On sait que les [débordements] de la rivière Richelieu en 2011 étaient d’une ampleur sans précédent, ce qui nous permettait d’aller chercher une population à étudier importante », explique Alain Vanasse. Mais bien plus que l’échantillon restreint, c’est toute la population des villes touchées par les inondations qui a été sondée.

« Notre population étudiée est composée de 10 103 personnes qui ont été inondées, de 22 724 citoyens riverains non inondés ainsi que de 40 267 personnes non riveraines à Saint-Jean-sur-Richelieu », détaille le chercheur en ajoutant qu’un troisième échantillon de contrôle était constitué des habitants de la ville de Granby, soit 38 598 personnes.

L’étude indique une augmentation de 25 % des incidents cardiaques dans la population générale et inondée et de 30 à 70 % dans la population atteinte d’une maladie cardiaque.

Pour obtenir des résultats précis sur les citoyens affectés, l’équipe de recherche a d’abord été confrontée à un problème de taille : comment répertorier les populations inondées?

« Il n’y a pas de cartes des zones inondées, alors on a dû faire des analyses géomatiques avec des cartes LiDAR et obtenir des données quant à la hauteur de la rivière pour obtenir, en les croisant avec des cartes municipales, les codes postaux des zones inondées », explique le Dr Vanasse.

De l’eau sur le cœur

Et les résultats? Selon les premières observations de l’équipe de recherche, il y a eu une augmentation des incidents de nature cardiovasculaire chez la population dans la zone inondée au printemps 2011, comparativement aux printemps 2010 et 2012.

Par contre, il faut être prudent avant de tirer des conclusions quant à la corrélation. Toujours selon l’étude, « il y avait clairement une augmentation d’incidents cardiovasculaires dans la population inondée en 2011, mais cette augmentation n’a pas été mise en évidence lorsqu’on comparait la population inondée avec les populations non inondées », explique Alain Vanasse.

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Les Journées annuelles de la santé publique ont rassemblé de nombreux acteurs du domaine scientifique. (© Francis Beaudry / Unpointcinq)

En poursuivant son étude, le Dr Vanasse a pu isoler un échantillon d’individus présentant déjà des problèmes cardiaques et ainsi constater une différence notable qui renforçait ses premières conclusions. Les inondations seraient donc un facteur de risque pour les gens dont la santé cardiaque est déjà fragile.

Si les résultats indiquent « une augmentation de 25 % des incidents cardiaques dans la population générale et inondée et de 30 à 70 % dans la population atteinte d’une maladie cardiaque », selon Alain Vanasse, la taille de la population inondée est trop restreinte pour que les résultats soient « statistiquement significatifs ». Le scientifique entend poursuivre les recherches pour voir si d’autres facteurs pourraient contribuer à augmenter les incidents cardiaques.

Alors, docteur, comment survivre à une inondation sans se briser le cœur?

Si les conclusions de l’étude ne permettent pas de déterminer précisément l’incidence des inondations sur les maladies cardiaques, Alain Vanasse croit qu’inciter les gens souffrant de problèmes semblables à se ménager lors d’une inondation constitue une piste de solution.

Les gens sont déjà assez stressés comme ça, peut-être que ce n’est pas le temps d’aller poser des sacs de sable ou de se promener en chaloupe.
Alain Vanasse

Le médecin ajoute qu’en période de stress, « l’activité physique comme le déplacement de meubles peut mener à un infarctus ». Alain Vanasse recommande d’ailleurs aux personnes souffrant de maladies cardiaques « de quitter les lieux, d’aller ailleurs quelque temps », pour éviter de graves problèmes ou conséquences.

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