Faut se parler des vraies affaires

Philippe Poitras, éditeur d’Unpointcinq

 

Ça y est! Après trois éditions du Baromètre (incluant celle de 2021) sur la disposition des Québécoises et des Québécois envers les défis de l’action climatique, je me sens maintenant à l’aise de mettre sur la table des discussions une nouvelle lumineuse ainsi qu’un sujet plus délicat.

La bonne nouvelle? Les Québécoises sont fortement engagées dans le chantier de l’action climatique. Oui, je précise les Québécoises, car ce sont en effet les femmes qui sont à l’avant-scène de la lutte contre les changements climatiques. Elles sont plus sensibles à la menace ainsi qu’à l’urgence climatiques. Plus mobilisées et engagées dans l’action, elles veulent en faire encore plus. Elles ressentent davantage de fierté et d’utilité à agir et sont significativement plus exigeantes que les hommes envers les acteurs climatiques. Cela est de très bon augure quand on connaît le rôle fondamental joué par les Québécoises dans les grandes transformations sociales du Québec dans son histoire.

Le sujet plus délicat et épineux? L’existence d’écarts préoccupants entre la disposition des femmes et celle des hommes quant à plusieurs facteurs clés pouvant favoriser ou, au contraire, bloquer l’action climatique chez ces derniers.

Ce sujet sensible me préoccupe depuis de nombreuses années. D’ailleurs, Unpointcinq l’a abordé dans le dossier Les femmes sauveront-elles le climat? publié au printemps dernier.

Si d’aucuns trouveront le sujet « mal commode » ou sensible, je pense au contraire qu’il est plus que jamais nécessaire d’aborder cette question de front puisqu’elle offre l’occasion de renouveler la discussion sur les différences hommes-femmes quant à la question climatique.

En effet, les neuf constats présentés plus en détail à la fin du texte révèlent que les hommes voient significativement moins l’urgence et la menace climatique que les femmes. De plus, ils ressentent moins les effets positifs d’agir pour le climat (fierté et sentiment d’utilité). La crise climatique leur fait beaucoup moins peur et ils se sentent passablement moins coupables que les femmes de faire partie du problème. Enfin, les hommes sont nettement plus enclins à entretenir des croyances freinant l’action climatique.

La reconnaissance objective et explicite de ces écarts permet de se poser des questions sur leurs sources, mais aussi sur leurs conséquences possibles.

Peut-on imaginer la conséquence d’une société québécoise à deux vitesses, avec une moitié fortement préoccupée et engagée et l’autre plus mollo ?
Philippe Poitras

Par exemple, en matière de communication climatique, les hommes sont-ils moins réceptifs à un certain type de discours? Est-ce possible qu’ils se n’y retrouvent pas? Ou, pire, qu’ils s’en sentent exclus d’une certaine façon?

Le temps serait-il venu de réfléchir à des approches ciblées de communication pour mieux atteindre ces messieurs et pour renouveler le dialogue avec eux sur la question climatique?

Autre question : devrait-on investir davantage en recherche pour mieux comprendre la perspective masculine? Par exemple, d’où viennent leur moindre implication et résistances? Qu’est-ce qui les touche ou les fait vibrer relativement aux questions climatiques et environnementales?

Peut-on imaginer la conséquence d’une société québécoise à deux vitesses, avec une moitié fortement préoccupée et engagée et l’autre plus mollo ?

Je ne suis pas psychologue, ni sociologue, ni anthropologue, ni historien, mais il me semble que l’éclairage de ces spécialistes serait bienvenu afin d’appuyer notre réussite collective relativement au défi climatique.

Lire aussi

Ci-dessous, en rafale, neuf constats stables ou qui se sont amplifiés depuis le premier Baromètre en 2019 :

  • 1. IL Y A URGENCE D’AGIR CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES : Baromètre 2021 : 90 % des femmes sont d’accord, contre 77 % des hommes — écart : 13 points de pourcentage.
  • 2. LES SOLUTIONS TECHNOS RÉGLERONT LE PROBLÈME : Baromètre 2021 : 53 % des hommes sont d’accord, contre 32 % des femmes — écart : 21 points.
  • 3. AGIR AU QUÉBEC EST INUTILE, CAR QUE CE SONT D’AUTRES GRANDS PAYS QUI ÉMETTENT LES GES : Baromètre 2021 : 22 % des hommes sont d’accord, contre seulement 7 % des femmes — écart : 15 points
  • 4. SENTIMENT DE PEUR : Baromètre 2021, 60 % des femmes reconnaissent ressentir de la peur à l’égard des changements climatiques, contre seulement 41 % des hommes — écart : 19 points
  • 5. SENTIMENT DE CULPABILITÉ : Baromètre 2021 : 55 % des femmes expriment se sentir coupables de faire partie du problème contre seulement 42 % des hommes — écart : 13 points
  • 6. SENTIMENT D’UTILITÉ ET DE FIERTÉ D’AGIR : Baromètre 2021 : les femmes le ressentent davantage que les hommes. Écart stable : 9 -10 points de pourcentage d’écart dans les trois dernières années.
  • 7. RECONNAISSANCE DE LA MENACE CLIMATIQUE : Baromètre 2021 : les femmes perçoivent significativement davantage la menace climatique que les hommes.
  • 8. ADOPTION DE GESTES FAVORABLES AU CLIMAT : Baromètre 2021 : de façon générale, les femmes sont significativement plus nombreuses à adopter des gestes dans leur vie personnelle pour réduire leur impact sur le climat et sont plus nombreuses que les hommes à affirmer en faire beaucoup et à vouloir en faire plus.
  • 9. EXIGENCES ENVERS LES ACTEURS DE L’ACTION CLIMATIQUE : Baromètre 2021 : Les femmes exigent davantage des acteurs concernés (gouvernements, municipalités, entreprises, individus, etc.) que les hommes.

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