Choc électrique dans l’industrie du taxi

Près de 40 % des voitures de taxi montréalaises sont désormais hybrides ou électriques, selon le Bureau du taxi de Montréal. Un virage qui a permis d’éviter les émissions de gaz à effet de serre qu’aurait engendré une voiture à essence parcourant 1 123 fois le tour de la Terre !

Économie / 09 mai 2018
Moins de GES !

En 2012, Kamal Sabbah a été l’un des premiers propriétaires de taxis à troquer sa voiture à essence contre une hybride. Depuis, quelque 1 100 chauffeurs l’ont imité, tant et si bien que ce virage « vert » évitera l’émission d’au moins 9 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère en 2018, soit l’équivalent de 45 millions de kilomètres parcourus en voiture à essence.

Et il n’y a pas que l’atmosphère qui a bénéficié de ce changement : les factures d’essence de Kamal Sabbah ont fondu de moitié, dit-il, un détail non négligeable dans une industrie aussi compétitive que le taxi. Pareil pour les réparations mécaniques, explique-t-il en vantant la fiabilité et la solidité de son bolide. On ne peut d’ailleurs que le croire sur parole lorsqu’on remarque les 507 000 kilomètres (oui, 507 000!) qu’affiche le compteur de sa voiture.

À tel point qu’il ne pourra plus jamais considérer acheter une voiture qui fonctionne uniquement à l’essence. « Jamais de la vie! Si je change, ce sera pour une voiture 100 % électrique. » Outre ses considérations écologiques et sa volonté de réduire les émissions de GES, le chauffeur estime que son choix est rentable, car il « est plus facile d’avoir accès aux clients de l’aéroport lorsqu’on a un véhicule vert. »

L’aéroport dans le coup

En 2015, afin de soutenir la lutte aux changements climatiques, la direction d’Aéroports de Montréal (ADM) a en effet exigé qu’au moins 35 % des véhicules de taxis desservant l’aéroport Montréal-Trudeau soient hybrides ou électriques, une directive qui a poussé plusieurs chauffeurs à prendre le virage.

Cette même année, Téo Taxi, dont la flotte est essentiellement électrique, lançait ses activités. Et quelques mois plus tard, sa société sœur, Taxi Diamond – qui appartient aussi à Taxelco, une entreprise fondée par l’homme d’affaires Alexandre Taillefer –, a annoncé le remplacement progressif de sa flotte de véhicules par des voitures hybrides ou électriques. Ces trois événements ont complètement changé le portrait de l’industrie, tant et si bien que la flotte de taxis montréalaise compte aujourd’hui 37 % de voitures hybrides ou électriques.

Un avenir encore plus électrique

Dans les prochains mois, un nouveau protagoniste pourrait contribuer à « verdir » davantage l’industrie du taxi, et pas seulement qu’à Montréal : il s’agit de l’homme d’affaires montréalais Yung Cuong, qui a cofondé l’entreprise E-Taxi en septembre dernier avec son fils Fabien dans le but de participer à l’électrification des transports au Québec.

« Si je me lance dans le taxi électrique, c’est pour me faire pardonner d’avoir longtemps travaillé dans l’industrie du pétrole », lance à la blague cet ancien propriétaire de stations-service.

Son projet ambitieux repose sur la E6, une voiture électrique chinoise fabriquée par BYD, le plus gros fabricant de voitures électriques au monde. E-Taxi veut servir d’entremetteur en important les taxis et en les vendant clé en main aux chauffeurs québécois.

Les patrons d’E-Taxi souhaitent voir entre 25 et 50 voitures de taxis E6, qui roulent déjà dans des dizaines de grandes villes de la planète, envahir les rues de Montréal d’ici l’automne. Le prix élevé du véhicule – 60 000 $ – pourrait toutefois représenter un frein pour certains chauffeurs. Yung Cuong espère d’ailleurs que le gouvernement du Québec offrira une subvention aux propriétaires de voitures de taxi qui choisissent un véhicule électrique, en plus de l’aide financière de 8 000 $ qui est disponible pour tous les citoyens qui empruntent le virage électrique.

« Si le gouvernement veut atteindre son objectif de voir 100 000 véhicules branchables sur les routes d’ici 2020, il faut commencer par l’industrie du taxi », fait valoir M. Cuong.

Le bonbon… et le bâton

Porte-parole de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ), Martin Archambault croit qu’il est possible que la flotte de taxis montréalaise puisse être composée uniquement de véhicules hybrides ou électriques d’ici quelques années. Mais pour y arriver, Québec doit instaurer un système de bonus-malus, à l’image de celui en vigueur en France, soutient M. Archambault, qui croit que taxer les véhicules énergivores aiderait à rendre l’industrie du taxi plus verte.

« Il faut que ceux qui font le choix d’utiliser des véhicules plus polluants contribuent financièrement à faire le virage pour ceux qui sont prêts à être plus verts », soutient-il.

Le calcul des 9 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) qui ne seront pas émises cette année a été réalisé par Unpointcinq.ca à partir de l’outil de recherche pour les cotes de consommation de carburant  (véhicules traditionnels) développé par Ressources naturelles Canada ainsi que de l’étude de la Commission des transports du Québec sur la demande dans l’industrie du transport par taxi.

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