© Guillaume Roy

Des écorces plutôt que du mazout

À la scierie de Produits forestiers Petit Paris, au Lac-Saint-Jean, fini le temps où l’on brûlait du mazout tout en exportant les écorces produites sur place! L’acquisition d’une centrale thermique alimentée à la biomasse a évité l’émission de 3363 tonnes de CO2 tout en valorisant les résidus forestiers.

Économie / 03 août 2018
Moins de GES !

Pourquoi exporter ses ressources énergétiques et importer des produits pétroliers pour sécher du bois dont on peut valoriser les résidus sur place? En 2016, c’est le virage qu’ont pris les administrateurs de la scierie Produits forestiers Petit Paris, à Saint-Ludger-de-Milot, au Lac-Saint-Jean.

Pour eux, investir dans une nouvelle centrale énergétique nourrie à la biomasse forestière allait permettre de moderniser les installations et de réaliser des économies importantes pour la survie de l’usine. En prime, cette décision permettait de freiner l’émission de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère et de conserver une centaine d’emplois.

« Sans ces investissements, on aurait dû vendre l’usine, car elle ne générait aucun profit depuis plusieurs années », soutient Alain Paradis, directeur de la Coopérative forestière de Petit Paris (CFPP), le principal actionnaire de la scierie, qui a également investi dans une nouvelle ligne de sciage pour améliorer sa productivité.

Si le projet de modernisation était dans les cartons depuis plusieurs années, la coopérative devait d’abord convaincre son partenaire depuis 1987, Produits forestiers Résolu (PFR), de sauter dans l’aventure. Jusqu’à 2016, cette papetière possédait 50 % des actions de la scierie. Or, le projet n’était pas une priorité pour ses dirigeants, qui ont malgré tout présenté une offre de rachat, laissant quatre mois à la coopérative pour l’égaler.

Alain Paradis, DG de la coopérative, Dominic Bouchard, directeur de l’approvisionnement et Martin Sirois, directeur de l’usine de sciage. © Guillaume Roy

Comme la survie de l’usine dépendait de sa modernisation, les 135 membres de la coopérative ont décidé de prendre la destinée de l’usine en main en rachetant les parts de PFR. Pour y parvenir, la CFPP s’est trouvé de nouveaux partenaires : le Fonds Valorisation Bois (géré par le Fonds de solidarité de la FTQ), Fondaction (CSN) et Poutrelles Internationales, un fabricant de bois d’ingénierie. Avec 48 % des parts de Produits forestiers Petit Paris, les actionnaires ont pu convaincre Investissement Québec d’embarquer dans l’aventure.

Conclue en février 2016, la transaction a permis de convertir la centrale thermique grâce à l’implantation d’une chaudière à la biomasse ainsi que de moderniser la ligne de sciage.

À l’action!

Les partenaires ont entamé la première phase de modernisation en transformant la centrale thermique, jadis alimentée au mazout, en une chaudière à la biomasse. Le plan : remplacer la consommation annuelle de plus d’un million de litres de mazout lourd par an (lorsque l’usine roulait à plein régime), en brûlant 50 % des écorces produites par l’usine.

Selon le calculateur du Fonds d’action québécois pour le développement durable, 1 million de litres de mazout lourd (no 4 à 6) émet environ 3170 tonnes d’équivalent CO2.

En plus de permettre à la coopérative de réaliser des économies annuelles de plus de 560 000 $ (au prix actuel du mazout lourd à 56,6 cents/litre), ces investissements ont permis d’éviter l’émission de 3363 tonnes de GES annuellement, estiment les administrateurs. « Et ce calcul ne tient pas compte du carburant consommé par les camions qui devaient livrer les écorces à nos clients », ajoute Dominic Bouchard, directeur de l’approvisionnement de la coopérative.

La scierie a pu réaliser ce projet grâce au soutien d’autres anges gardiens : le Fonds Biomasse Énergie, Fondaction, le Programme d’aide à l’utilisation de la biomasse forestière résiduelle et des crédits d’impôt. Sans cette aide, le rendement du capital investi aurait été plutôt faible, note Alain Paradis, en soulignant que le projet a nécessité des investissements totaux de 4,3 millions de dollars.

De quel bois on se chauffe?

Qu’en est-il des GES émis par la combustion de la biomasse forestière? Si ce procédé crée une « dette de carbone » à court terme, celle-ci se rembourse au fur et à mesure que la forêt repousse, explique Évelyne Thiffault, professeure-chercheuse à l’Université Laval spécialisée dans le domaine de la biomasse. C’est pourquoi la biomasse est considérée comme étant carboneutre par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et par les Nations Unies, souligne la spécialiste.

Plus d’un an après sa mise en opération, le 1er mai 2017, la bouilloire consomme en moyenne trois tonnes d’écorces à l’heure. « Après avoir vécu les quatre saisons, on a pu faire plusieurs ajustements pour améliorer l’efficacité des opérations », explique Guillaume Gobeil, l’opérateur de la chaudière et des séchoirs.

« Cet investissement nous a aussi permis d’améliorer notre capacité de séchage de 17 %, car notre ancienne bouilloire était plus petite et il manquait parfois de vapeur en hiver », commente Martin Sirois, directeur de l’usine de sciage.

Comme quoi réduire son empreinte carbone peut aussi générer de grosses économies et assurer l’avenir de la centaine de travailleurs de l’usine de Produits forestiers Petit Paris.

Les gains, au-delà du climat

  • Améliorer la capacité de séchage de 17 %;
  • Éviter le transport de biomasse par camion (moins de GES);
  • Réduire les coûts de production de 50 %;
  • Réaliser un projet de 4,6 M$ avec l’aide du Programme d’aide à l’utilisation de la biomasse forestière résiduelle et du Fonds Biomasse Énergie.

Source : Produits forestiers Petit Paris

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