Un bon coup de bâton pour pousser à l’action ?

Blogue / 27 juin 2019

Jeudi matin. Je mets à peine le nez dehors que le déclic se fait : Oh non! C’était jour de nettoyage de rue hier. Mon auto est stationnée du mauvais côté. Coupable, je marche à contrecœur vers ma voiture, redoutant le moment où j’apercevrai la contravention. Eh bien oui, elle est là! Bien en vue sur le pare-brise. Une autre bonne raison de me débarrasser de cette auto… En attendant, j’ai eu ma leçon et je tâcherai de ne plus oublier. Pour un temps, du moins.

J’ai donc été punie pour un « mauvais comportement ». En environnement, il est souvent question de faire de même en contraignant certaines actions ou en forçant le changement collectif à l’aide de dissuasifs. Est-ce la bonne façon de faire? Comme dans le cas de la carotte (voir mon billet à ce sujet), tout n’est pas noir ou blanc.

Un bâton de quelle sorte?

Qu’est-ce qu’on entend par « punition » ? Selon l’approche par conditionnement opérant (Skinner, 1938), il est possible de modifier la probabilité d’apparition ultérieure d’un comportement en modifiant les conséquences y étant associées : si je reçois une contravention, la probabilité d’oublier à nouveau de déplacer l’auto devrait diminuer.

Il existe quatre grandes classes de conséquences, résumées ci-dessous.

Conséquences : but visé et moyen d’y arriver

  Augmentation du comportement Diminution du comportement
Ajout d’un stimulus Renforcement positif Punition positive
Retrait d’un stimulus Renforcement négatif Punition négative

Les renforcements servent à augmenter la probabilité de réapparition du comportement souhaité. C’est entre autres la carotte qu’on aime recevoir quand on agit bien et qui nous motive à recommencer. Les punitions, quant à elles, ont pour fonction de diminuer la probabilité de réapparition du « mauvais » comportement. Tout comme la carotte, le bâton peut prendre deux formes : la punition peut être positive ou négative. Hein? Eh bien oui, c’est tout simple : dans le premier cas, on ajoute un stimulus suite à un comportement spécifique et dans l’autre, on en retranche un. C’est donc mathématique, et non un jugement de valeur – à moins que vous aimiez particulièrement vous faire punir, mais ça, c’est une autre affaire.

Essayez d’enlever un os à un chien qui le mâchouille, rien que pour voir… Il risque de prendre une croquée de votre main (ajout d’un stimulus aversif) pour vous signaler de ne pas retenter le coup. Voilà une punition positive qui a du mordant. Petoum-tsch! De la même façon, des entreprises qui se font prendre à polluer nos rivières et nos terres devraient recevoir des amendes salées, entre autres.

Dans le cas de la punition négative, on retranche un stimulus désiré comme un privilège ou des droits. On enlève le permis de conduire à des récidivistes ; et gare à moi si j’ose retirer le temps d’écran à mon cinq ans! Arrêter d’octroyer des subventions gouvernementales à l’industrie des énergies fossiles, comme plusieurs le demandent, serait un autre bon exemple de punition négative.

Est-ce que ça marche?

D’un côté, les punitions sont souvent faciles à appliquer et elles rapportent de l’argent dans bien des cas. De plus, le comportement est alors perçu comme « obligatoire » alors qu’un comportement récompensé est plutôt perçu comme « volontaire ».

Toutefois, en punissant, on ne montre pas le comportement plus adapté à adopter, ce qui peut limiter l’apprentissage de nouvelles conduites. De plus, les pénalités restreignent la liberté d’action et de choix des gens, et ça, on n’aime pas ça : #Liberté! Ceci peut d’ailleurs causer de la réactance psychologique et comportementale. Les individus, fâchés, tenteront ainsi d’éviter la punition ou compenseront avec des comportements plus dommageables encore. Ils auront tendance à agir dans l’ombre et de façon contraire à ce qui est souhaité, comme des villageoises et des villageois qui jetteraient leurs déchets dans la rivière pour éviter des frais de ramassage trop élevés.

Il faut donc bien réfléchir avant de contraindre ou de punir. Plus une punition sera perçue comme équitable et juste, moins il y aura réactance. Des contraintes collectives paraîtront plus justes que des punitions individuelles à la pièce. Pensons à la taxe carbone. Plusieurs sont d’accord pour percevoir un montant significatif dans la poche des gros pollueurs, mais quand vient le temps de payer individuellement à la pompe, c’est moins apprécié. De la même façon, un parent monoparental à faible revenu vivant à St-Clinclin ne devrait se voir imposer le même pourcentage de « pénalité carbone » qu’une cheffe d’entreprise habitant au centre-ville. L’acceptation sociale de certaines contraintes (nécessaires) dépendra notamment de cette équité perçue.

Sur ces réflexions, je vais aller payer mon ticket.

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