Les GES ne font pas un pli

Il y a 10 ans, un nettoyeur montréalais optait pour le nettoyage à l’eau plutôt qu’à sec. Bilan? L’aquanettoyage, qui contribue à lutter contre les changements climatiques, a fait augmenter son chiffre d’affaires de 50 %! Reportage en images.

Vivre ici / 17 août 2018
Moins de GES !

« Tu connais le hammam? Get ready! » En cette chaude journée d’été, ainsi nous accueille Michael Kutchuk, propriétaire de Nettoyeur écologique Royal, un commerce du quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, pionnier de l’aquanettoyage au Québec. Selon lui, cette technique à base d’eau et de détergent au citron arriverait à bout de 90 % des taches. Mais la méthode fait suer : entre les fers à vapeur et les machines à laver, la température du local atteint 34 °C.

Première étape du processus de nettoyage, les machines à laver sont la fierté du commerçant. Importées d’Allemagne – tout comme la technique du nettoyage à l’eau –, ces laveuses de gros calibre peuvent gober tous les textiles : cravates en soie, velours, plumes… Elles proposent même un programme spécial toutous!

Si l’aquanettoyage demande plus de temps qu’un nettoyage à sec, il a l’avantage d’exclure le recours au perchloroéthylène (aussi appelé tétrachloroéthylène), un solvant considéré comme risqué pour la santé humaine, selon Santé Canada, et nocif pour l’environnement, selon Environnement Canada, qui l’a ajouté à la liste des substances toxiques en 2000. En 2008, c’est ce qui a incité Michael Kutchuk à être le premier nettoyeur québécois à passer à l’eau.

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, un organisme français, l’impact sur le climat d’un nettoyage au perchloroéthylène (ou PERC) est environ deux fois plus important que celui d’un nettoyage à l’eau. C’est essentiellement sur le plan de la production de ce solvant par l’industrie chimique que les émanations de GES seraient les plus marquées, soit environ 4 kg d’équivalent CO2 par kg de PERC produit, selon une étude réalisée pour l’European Solvent Recycler Group.

Dans le registre des actions favorables au climat, le Nettoyeur écologique Royal se distingue aussi par la réutilisation des cintres, que ramène la grande majorité des clients. Lorsqu’il n’est pas endommagé, l’emballage des vêtements – biodégradable – est lui aussi récupéré et réutilisé. « On n’a aucune perte! », dit le propriétaire.

« Je suis devenu le premier au Québec », aime rappeler le patron lorsqu’on lui demande si sa technique a fait des émules. Ils sont aujourd’hui une cinquantaine de nettoyeurs à utiliser l’aquanettoyage partout au Québec. C’est notamment le cas de la chaîne Daoust, qui convertit ses succursales à la vitesse de l’éclair. Malgré ce virage, environ 335 nettoyeurs québécois utilisent encore du perchloroéthylène.

Puisqu’elle contribue à lutter contre les changements climatiques sans compromettre la qualité du nettoyage, pourquoi cette méthode ne séduit-elle pas plus de nettoyeurs? « C’est à cause du coût », explique Michael Kutchuk, qui a investi près de 120 000 $ dans la transition vers l’aquanettoyage. Une somme aujourd’hui largement amortie par une clientèle qui grandit et se fidélise. En 10 ans, son chiffre d’affaires a augmenté de 50 %, assure-t-il.

Les appareillages pour le nettoyage à l’eau sont moins énergivores que ceux destinés au nettoyage à sec, mais nécessitent davantage de machines. Quant aux adoucissants et aux savons naturels, ils sont plus chers que les produits standards, mais cette différence est compensée par la suppression des coûts liés à la manipulation du perchloroéthylène, soumise à des règles environnementales strictes, explique le nettoyeur.

La différence « écoresponsable » que propose son service de nettoyage – dont les prix se situent dans la moyenne du marché – a plu d’emblée aux clients, croit le commerçant. « Le jour où le premier article est sorti sur nous, on a eu sept nouveaux clients. Ça fait dix ans et chaque semaine, on a de nouveaux clients », raconte-t-il. Aujourd’hui, sa réputation le précède, croit-il : une cliente s’est récemment déplacée de Trois-Rivières pour lui confier sa robe de mariée, la spécialité de la maison.

Un succès d’affaires qui ne donne cependant pas au Nettoyeur écologique Royal l’envie de s’étendre au-delà de la maison mère et de sa succursale du Mile End. À l’instar de ses produits, le roi de l’aquanettoyage joue la carte de la sécurité. Il restera « petit ».

Merci aux chercheurs du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits (CIRAIG) pour leur collaboration.

Le perchlo quoi?

Le perchloroéthylène, aussi appelé tétrachloroéthylène – PERC, de son p’tit nom – est un produit chimique de synthèse utilisé comme solvant pour le nettoyage à sec. Au Canada, on n’en produit plus depuis 1992, mais il continue d’être importé au pays, surtout en provenance des États-Unis, indique Santé Canada. Outre les gaz à effet de serre que génèrent sa production et son transport, ce produit a engendré 101 tonnes métriques de rejets dans l’air entre 2012 et 2014, estime Environnement Canada.

Près de 1000 installations de nettoyage à sec utilisant du PERC – dont 35 % situées au Québec – se sont déclarées auprès du gouvernement canadien en 2016, en vertu du règlement fédéral sur l’utilisation de ce produit. En plus d’être toxique pour les milieux aquatiques, le PERC peut engendrer des problèmes de santé liés au foie, aux reins et au système reproducteur, selon Santé Canada.

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