© Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles

La vie grouille dans les sols contaminés

Des végétaux redonnent vie aux terrains contaminés de l’est de la ville de Montréal et transforment du même coup le paysage. Quand la flore, dans toute sa diversité, propose des solutions aux enjeux environnementaux…

Vivre ici / 15 octobre 2017

En 2016, la Ville de Montréal a entrepris un projet pilote de concert avec l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l’Université de Montréal afin d’évaluer le rôle des végétaux dans la décontamination des sols de quatre sites industriels situés dans l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles. On nomme ce procédé phytoremédiation. Bénéficiant d’un financement de 780 000 $, le banc d’essai se prolongera jusqu’en 2020. Les tests seront effectués sur une superficie totale de quatre hectares, soit un hectare par année.

Sur le plan environnemental, l’électrification des transports et la chimie verte font partie des stratégies de développement économique de la Ville. Grâce aux technologies propres, elle souhaite développer une filière économique qui créerait de nouveaux emplois. Le créneau de la chimie verte fait appel à de nouveaux procédés qui utilisent des matières premières renouvelables dans la fabrication des produits chimiques. L’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l’Université de Montréal possède une expertise mondialement reconnue dans le domaine de la phytoremédiation. La Ville de Montréal bénéficie de l’apport des chercheurs afin d’expérimenter des procédés issus du fonctionnement naturel des plantes.

Le site contaminé avait triste mine en avril 2016 avant sa transformation. (© Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles)

Soigner par les plantes

La phytoremédiation est une technologie au stade expérimental qui sera testée sur plusieurs années et qui ne peut être déployée dans tous les types de situation. Lorsque le terrain doit être vendu pour un investissement immobilier, l’enjeu du temps compte pour beaucoup. Dans ce projet pilote, les terrains visés sont contaminés par des métaux lourds comme le cuivre, le zinc et le plomb. De plus, il faut considérer la profondeur du sol contaminé.

À moyen terme, les racines de saules ou de peupliers vont demeurer à une surface d’environ 30 cm. Ces mêmes racines pourraient aller plus en profondeur dans le sol contaminé après une période de cinq ans, tout dépendant de sa texture et structure. Pour l’instant, il n’existe aucune donnée disponible pour une plus longue période.

Michel Labrecque, professeur associé à l’Université de Montréal et chef de division R&D scientifique à l’IRBV, nous explique que les plantes et leurs microorganismes aident à réduire, à diminuer ou à stabiliser les contaminants du sol. « L’approche par les plantes est intéressante car elle génère de la biomasse végétale, qui peut être utilisée dans le compost, le paillis, ou bien dans la production de bioproduits. »

Comme l’intervention se fait sur le site, le premier avantage est l’élimination du transport lourd et intensif, ce qui a un impact positif sur la réduction des gaz à effet de serre (GES). À cela viennent s’ajouter les tonnes de CO2 qui seront éventuellement absorbées par les plantes et les végétaux qui, à terme, recouvriront l’espace.

Avant la réalisation de ce projet, ces terrains municipaux n’étaient pas entretenus et étaient le lieu d’activités plus ou moins illicites. La simple vue d’espaces verts entretenus procure un réel plaisir aux résidents et une meilleure qualité de l’air.

Administration de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Quel type de végétaux peut recevoir des contaminants? Les meilleurs soldats sont des arbres (saules ou peupliers), des arbustes, des plantes herbacées, des graminées ou des légumineuses, pourvu que ces végétaux aient une croissance suffisamment rapide pour regarnir des friches.

Montréal compte environ 1 000 terrains contaminés. Selon l’IRBV, les données de 2013 font état au Québec de 8 334 sites provinciaux et 2 366 sites fédéraux, tous victimes de l’activité industrielle des dernières décennies.

Une fois défriché, le site était prêt à accueillir différentes sortes de végétaux. (© Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles)

La méthode Dig & Dump

Habituellement, pour excaver un site contaminé, pelles mécaniques et camions lourds travaillent sans relâche afin de creuser un gros trou dans le sol qui doit ensuite être recouvert. Mais cette solution ne fait que déplacer le problème, nous dit Michel Labrecque de l’IRBV. Où se retrouve la terre contaminée? Elle est déplacée dans un centre de traitement à bonne distance de la région montréalaise pour finir en remblai, utile pour élever un terrain ou combler un creux. Parfois, le sol contaminé peut seulement être déplacé afin d’être stocké.

Ce processus d’excavation est complexe et très coûteux pour la Ville. La facture peut dépasser les 100 millions de dollars, dépendamment des superficies à traiter, en plus de comporter des risques environnementaux.

Patrick Benoist, gestionnaire de projets et chargé d’affaires à l’IRBV, illustre pour nous un exemple type d’activité de décontamination. Pour transporter 10 000 m3 (soit un hectare sur un mètre de profondeur), il faut mobiliser 850 camions poids lourds de 10 roues. Si 10 camions sont utilisés et font10 allers-retours quotidiens vers un site de stockage situé à 50 km de distance, cela nécessitera 9 jours de transport sur une distance totale de 90 000 km. Soit d’énormes émissions de GES.

En deuxième phase, le traitement par phytoremédiation sur le site est justement estimé à un volume de 10 000 m3 maximum. Grâce à ce processus, une partie importante du transport en camions est tout simplement évitée, tout comme les nouvelles émissions de GES qui y sont associées.

 

L’expérience de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

L’arrondissement, qui veut mettre de l’avant des initiatives plus vertes, voit en la phytoremédiation une méthode innovante offrant beaucoup de bénéfices, notamment sur le plan économique en raison de son coût 10 fois moins élevé. Par hectare, il faut compter un minimum de 100 000 $ pour l’installation et 15 000 $ par année pour les frais d’entretien. Un tel projet a également le mérite de transformer un passif, le site contaminé, en actif municipal important.

« Avant la réalisation de ce projet, ces terrains municipaux n’étaient pas entretenus et étaient le lieu d’activités plus ou moins illicites (présence de mauvaises herbes, dépôts illégaux de matériaux, passage de véhicules non autorisés, etc.), confie l’administration municipale. La simple vue d’espaces verts entretenus procure un réel plaisir aux résidents et une meilleure qualité de l’air. »

© Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles

Si les analyses scientifiques s’avèrent concluantes, l’administration pourrait faire appel à la phytoremédiation pour décontaminer d’autres terrains. Les villes de Québec et de Longueuil ont elles aussi lancé des projets pilotes de phytoremédiation. Ces initiatives s’ajoutent aux autres efforts des municipalités québécoises pour contribuer à l’action en changements climatiques.

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