Construire en bois, le parti-pris de Chibougamau

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La mairesse de Chibougamau, Manon Cyr, est fière de travailler avec Chantiers Chibougamau, un fleuron qui fait rayonner sa municipalité bien au-delà du Nord-du-Québec. © Émilie Parent-Bouchard
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15 octobre 2025 - Émilie Parent-Bouchard, Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Chibougamau offre pléthore d’activités sportives à distance de marche ou presque. Elle propose aussi des logements dont l’empreinte carbone est l’une des plus faibles au Québec.

La crise du logement, Chibougamau l’anticipe depuis la fin des années 2000. Avec le vieillissement de la population, l’administration espère retrouver, d’ici 10 ans, les seuils des beaux jours de l’industrie minière — plus de 10 000 habitants. Alors elle multiplie les démarches pour faire de la place aux nouveaux arrivants, des forces vives pour pallier la pénurie de main-d’œuvre — le taux de postes vacants, parmi les plus élevés au Québec, dépasse les 4 % — et convaincre de jeunes familles de s’établir sur son territoire.

Au cours des trois dernières années, « plus de 145 nouvelles portes » ont ainsi été construites, évalue Manon Cyr, la mairesse de l’agglomération nordique de 7 500 âmes. Mais il a fallu négocier avec les autres paliers de gouvernement, parce que la municipalité est entourée de terres publiques et de milieux humides protégés par la réglementation environnementale. Le Plan Nord l’autorisait cependant à municipaliser des superficies du domaine de l’État afin de permettre les constructions tout en préservant ces écosystèmes fragiles qui rendent de précieux services écologiques.

« Il a fallu aller chercher des terrains pour de l’unifamilial, du multilogement et pour le secteur industriel, poursuit Manon Cyr. On est chanceux parce qu’on a pris ça à bras-le-corps : aujourd’hui, tout le monde parle d’enjeux en matière de logement », indique l’élue.

Différents modèles de maisons modulaires sont possibles. Ici, une rue du nouveau quartier qu’on appelle affectueusement la «petite Manille». On doit encore poser l’asphalte et faire l’aménagement paysager. © Émilie Parent-Bouchard

 

Elle précise que deux quartiers tout neufs sont sortis de terre au cours des dernières années. L’un d’eux, un développement de 37 maisons appelé affectueusement la « petite Manille », héberge les travailleurs philippins de l’usine de Chantiers Chibougamau, le plus important employeur en ville. Il reste une centaine de terrains raccordés aux services municipaux, prêts à accueillir de nouvelles constructions.

Et la densification urbaine, dans tout ça?

Benoît Filion a occupé à peu près tous les postes au sein de l’entreprise familiale. Il travaille aujourd’hui en ressources humaines, mais effectue encore des quarts de travail à l’usine. © Émilie Parent-Bouchard

Les pavillons du 49e, un laboratoire dans le réel

Pour répondre à ce besoin, deux immeubles de 20 logements ont été érigés par Les pavillons du 49e, un organisme à but non lucratif qui a misé sur la construction modulaire en bois massif, une expertise développée par Chantiers Chibougamau. L’idée, « c’est de standardiser la construction et de permettre une économie d’échelle », explique Alain Poirier, conseiller municipal et vice-président du conseil d’administration de l’OBNL.

Alain Poirier, conseiller municipal et vice-président des pavillons du 49e. © Émilie Parent-Bouchard

« On soulève le module, on recule un camion, on le dépose dessus et ça s’en va. Quand c’est livré, il reste juste à brancher l’électricité et la tuyauterie », illustre Benoît Filion, petit-fils du fondateur de l’entreprise familiale fondée en 1961. Il a occupé à peu près tous les postes à l’usine avant de décrocher son diplôme en ressources humaines et de rentrer au bercail.

Les logements du premier immeuble ont été loués dans le temps de le dire. Lors de notre passage à l’usine, on s’affairait à la finition de 16 logements réservés aux Autochtones. Et pour le troisième immeuble de 29 unités qui doit être construit, il y a déjà une liste d’attente.

Comme toute l’équipe de Chantiers Chibougamau, Benoît Filion est fier de contribuer à décarboner le secteur de la construction, responsable de 37 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle de la planète, selon le centre d’expertise Cecobois. Le bois présente le double avantage de séquestrer du carbone lors de la croissance des arbres et de le stocker par la suite, tant et aussi longtemps qu’il est utilisé. Des études citées par Cecobois ont démontré qu’en remplaçant les matériaux de construction traditionnels, soient l’acier et le béton, on peut réduire les émissions de GES de 25 à 40 %*.

Un projet comme celui des Pavillons du 49e, réalisé à un jet de pierre de l’usine, représente « l’équivalent de quelques centaines d’autos à essence que l’on retire des routes pendant toute une année », selon Frédéric Verreault, vice-président aux affaires corporatives, qui a l’intention de déployer cette innovation « à plus grande échelle ».

Une solution verte applicable ailleurs au Québec?

« Beaucoup de promoteurs ont fait ce choix-là dans les dernières années, et ça fonctionne », poursuit-il, pointant la simplicité technique de ce mode de construction et son coût compétitif. Il évalue qu’en Amérique du Nord, quelques milliers de logements ont déjà été érigés grâce à leurs systèmes de poutres, de solives en « i » et autres panneaux de bois lamellé-collé croisé. La capacité de production annuelle, qui tourne autour de 80 unités fabriquées en usine, devrait passer « à quelques centaines dans les prochains mois », annonce-t-il.

De son côté, la Régie du bâtiment du Québec vient d’entériner des changements réglementaires qui autorisent désormais la construction de bâtiments de 18 étages en bois d’œuvre massif encapsulé — contre 12 auparavant.

« Je pense qu’on peut peser sur pause, à présent. Passons plutôt à une étape de réplicabilité, de volume. Parce que plus on construit en bois, plus on a un impact dans la lutte contre les changements climatiques », poursuit Frédéric Verreault. Malgré le contexte actuellement difficile dans l’industrie forestière, il se sent encouragé par l’engouement de quelque 1 100 délégués de 33 pays qui ont assisté, en septembre, au Congrès international Woodrise sur la construction en bois, à Vancouver.

Et ceux qui choisissent ce type d’habitation sont rapidement convaincus, a-t-on pu constater à Chibougamau. « C’est beau, c’est neuf, c’est fait en bois. Même s’il y avait du bruit, on ne l’entendrait pas. C’est super, j’adore ça! », laisse tomber l’heureuse locataire Suzanne Albert, qui vient d’emménager aux Pavillons du 49e.

Suzanne Albert dit être très confortable dans son nouveau logement des Pavillons du 49e, elle qui trouvait difficile de vivre dans une maison pleine de souvenirs depuis le décès de son mari. © Émilie Parent-Bouchard

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Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse d’excellence de l’Association des journalistes indépendants du Québec.

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