Photo d'équipe devant Brique par brique. © Katrin Daoud
Garder les communautés tissées serrées en permettant aux plus vulnérables de rester en ville, c’est l’ambition de Brique par brique. L’OBNL, qui a pignon sur rue dans le quartier montréalais Parc-Extension, innove pour apporter sa pierre à la lutte contre la crise du logement.
« On veut utiliser le logement comme levier pour changer le monde », rêve Faiz Abhuani, fondateur et directeur de Brique par brique. L’OBNL construit actuellement des appartements communautaires à la fois abordables et sécuritaires pour permettre aux plus vulnérables du quartier d’y rester.
Parc-Extension est historiquement un quartier d’accueil pour les nouveaux arrivants. Immigration juive, italienne, grecque, sud-asiatique, latino-américaine, nord-africaine… Environ 40 % de la population de l’arrondissement est née à l’extérieur du Canada. « Ces gens sont un peu les épices du Québec, illustre l’instigateur du projet. Ces communautés ont souvent eu à se déraciner. Le fait d’avoir un ancrage leur permet de proposer des solutions diversifiées venant de partout dans le monde. Ils ont déjà leurs amis, leur famille. Les garder ici, c’est important. »
Un quartier riche en diversité
L’arrondissement est aussi l’un des plus défavorisés de la métropole, avec 38 % des ménages sous le seuil de la pauvreté. Mais, à l’instar de nombreux quartiers montréalais, Parc-Extension s’embourgeoise et les logements y sont de moins en moins accessibles. « Il faut intervenir, parce que beaucoup de résidents et résidentes consacrent 80 % de leurs revenus au paiement de leur loyer, observe Faiz Abhuani. S’ils peinent à subvenir à leurs besoins et à améliorer leur situation sociale, ça leur laisse moins d’énergie pour participer à des projets de société, comme la transition écologique et la vie démocratique. »
Cette précarité contraint certains ménages à s’installer dans des appartements insalubres ou trop petits. « Et quand on est trop nombreux dans un même logement, on a plus de difficulté à réussir à l’école, à gérer les conflits, à se sentir à l’aise. Cela en pousse plusieurs à vouloir déménager plutôt qu’à chercher à s’ancrer et à s’entraider dans la communauté », ajoute l’entrepreneur.

Bien plus qu’un toit
Après avoir ouvert un centre communautaire favorisant les échanges et la créativité de ses bénéficiaires, Brique par brique construit actuellement des logements sociaux sur l’avenue De L’Épée.
Le futur édifice comptera 31 unités, dont 13 avec deux chambres et sept avec trois chambres, pour les familles. Ses locataires devront respecter certaines conditions d’admissibilité, et paieront 25 % de leur revenu en loyer. La période de sélection sera lancée l’an prochain, avec une date d’emménagement prévue à l’hiver 2027. « On priorise les personnes qui se font évincer ou qui ont des problèmes avec leur propriétaire, précise Faiz Abhuani. On cible aussi les leaders dans la communauté, car, quand ces gens quittent le quartier, ça a des répercussions sur des centaines de personnes. »
« Les futures unités seront homologuées Novoclimat », ajoute le directeur de Brique par brique. « On souhaite avoir des retombées positives sur le climat », dit-il. Ainsi, au lieu d’un stationnement, l’OBNL prévoit la création d’un jardin à l’arrière du bâtiment et des espaces pour les vélos afin d’encourager au transport actif.
Une justice climatique et sociale inclusive
Souvent, les questions de justice climatique et de justice spatiale sont traitées séparément, estime-t-il. « Dans Parc-Extension, l’Arrondissement nous dit que le quartier est déjà trop dense. Mais si on calcule l’empreinte des résidents et résidentes, elle reste moindre que celles des gens qui vivent sur le plateau Mont-Royal, affirme-t-il. Et la raison est simple : les ménages de Parc-Ex ne consomment qu’une fraction de ce que consomme leur voisinage ailleurs à Montréal, parce qu’ils sont plus pauvres. » Le directeur plaide donc pour davantage de construction dans les arrondissements aux populations plus précaires plutôt que dans les quartiers plus nantis.
Afin de donner des moyens à ses ambitions, Brique par brique propose aux épargnants et épargnantes d’acheter des obligations communautaires. « On a des termes de trois, cinq et sept ans et on remercie les gens avec des intérêts de 3, 4 et 5 %, détaille Faiz Abhuani. À terme, on leur offre de leur rendre leur investissement ou de le renouveler. »
Les obligations communautaires, vous connaissez ?
Les obligations communautaires au Québec sont des titres de créance que des organismes à but non lucratif (OBNL) émettent auprès de leur communauté de soutien. C’est un outil encore mal connu, mais qui se développe de plus en plus.
Comment ça marche ?
- Un OBNL a un projet à financer. Il souhaite demander à ses membres ou à ses partenaires de le soutenir en lui prêtant un montant d’argent pour une période donnée.
- L’OBNL doit préciser l’objectif, la valeur, le terme, le taux d’intérêt, le nombre maximal d’obligations par souscripteur, les modalités de renouvellement, de transfert ou de rachat avant terme, et les risques associés à ces titres.
- Les membres de la communauté prennent connaissance de l’ensemble de ces conditions et souscrivent à une ou à plusieurs obligations. Ces investisseurs solidaires peuvent être des personnes physiques ou morales : les obligations communautaires sont accessibles à tout type d’investisseurs.
- Quand les titres arrivent à terme, l’organisme rembourse le capital aux détenteurs et détentrices d’obligations. Il leur verse les intérêts annuellement, ou à échéance.
Source : amplifinance.ca
C’est grâce à cet outil financier que l’OBNL a pu construire son premier centre communautaire dans le quartier. L’organisation souhaite amasser 5 M$ pour financer ses prochains projets. « Quand j’ai commencé dans le milieu communautaire, j’ai constaté que le secteur dépendait trop des gouvernements et de la philanthropie pour ses activités, se souvient le visionnaire. J’ai toujours voulu mettre sur pied des infrastructures autonomes pour répondre aux besoins des collectivités. »
Brique par brique compte aussi ériger un deuxième centre communautaire, afin d’y constituer un pôle de création. « On a remarqué que, plus les gens sont soutenus et tissent des liens, plus ils ont confiance en leurs capacités. Ça les aide ensuite à mieux se loger, se nourrir, s’éduquer et faire valoir leurs droits », observe-t-il.
L’OBNL prévoit également augmenter son offre de logement social avec la réalisation d’un deuxième bâtiment à cet effet. « Le logement, c’est la pierre angulaire du changement », conclut-il.
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