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« L’idée ce n’est pas le bûcheron qui coupe les arbres, mais celui qui coupe l’asphalte pour planter des arbres. C’est un peu le contre-pied au bûcheron traditionnel. »

Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, se remémore les débuts des bûcherons de l’asphalte lors d’un lac-à-l’épaule particulièrement porteur. Dans la foulée de l’adaptation aux changements climatiques, on a décidé de véhiculer un message aussi décapant que son messager : « Le bûcheron de l’asphalte, ça crée une nouvelle dynamique : ça apporte un côté nature, la chemise à carreaux, la barbe… Ce sont des choses qui titillent l’imaginaire. » Et ça marche. L’armada des bûcherons de l’asphalte compte plus de 800 membres : du directeur d’école qui a enfilé sa chemise carrelée pour verdir une portion de sa cour asphaltée au journalier qui s’enrôle pour fleurir les abords d’un centre communautaire. « On a fait un grand rassemblement au printemps. Les gens ont témoigné de l’amélioration de leur milieu de vie. Les voisins socialisent davantage et prennent conscience de l’importance de s’unir pour participer à un projet commun et global. »
" S’adapter aux changements climatiques, c’est une occasion de faire des choix avec d’autres. Ce n’est pas l’apocalypse et ce n’est pas la « déprime ». Daniel Duranleau
Les bûcherons ont désormais les moyens de leurs ambitions. Le Fonds vert du gouvernement du Québec contribue financièrement aux travaux de cinq arrondissements de l’est de la ville. « Notre vision à long terme est vraiment de relier la rivière des Prairies au fleuve Saint-Laurent avec un corridor vert assorti d’un transport actif. » Ce printemps, le projet a reçu une mention d’honneur du concours annuel Smart Cities, organisé par le journal Le Monde. Unpointcinq a rencontré Daniel Duranleau, bûcheron de la première heure.

Unpointcinq : Un bûcheron de l’asphalte, qu’est-ce que ça mange en hiver?

Daniel Duranleau : Un bûcheron de l’asphalte, je pense que ça « mange » une forte conviction que la ville peut être belle, verte et agréable.

Quand et comment êtes-vous devenu membre à part entière du club très sélect des bûcherons de l’asphalte?

Il y a deux ans, on avait remarqué que le Domaine Anjou, un complexe immobilier privé, avait très peu de verdure, mais un très grand potentiel pour y planter une centaine d’arbres et y aménager de grandes plates-bandes. On a formé une équipe de bûcherons et on a fait le travail. Pour moi, c’était comme un clin d’œil. J’ai grandi sur une ferme en bûchant...

Est-ce qu’on peut affirmer, sans risquer de se tromper, que tout vous prédestinait à devenir un bûcheron de l’asphalte, outre le fait que vous semblez avoir le physique de l’emploi?

J’ai été élevé à la campagne, mais ça fait 35 ans que j’habite à Montréal et, pour moi, vivre en ville ce n’est pas faire le deuil d’un environnement de qualité, de beauté et de verdure. Comme il est scientifiquement prouvé que la transformation de l’espace en des lieux plus conviviaux fait du bien à tout le monde, tout était là pour que j’embarque et ça a cliqué fort, ça c’est sûr (rires).

Avant de devenir un bûcheron de l’asphalte, dans quelles circonstances aviez-vous déjà porté une chemise à carreaux?

C’est comme une déformation. J’en porte une, neuf jours sur dix. Je ne sais pas si c’est amincissant ou quoi, mais je porte presque toujours des chemises à carreaux. La seule chose qui varie, c’est la taille et la couleur des carreaux. Je me sens bien là-dedans (rires).

Est-ce que la barbe que vous arborez fièrement fait partie de l’attirail du parfait bûcheron de l’asphalte?

Ça rentre tout à fait dans la symbolique de la représentation qu’on se fait d’un bûcheron. Je suis assez costaud. Il ne suffit pas d’avoir une force incroyable, mais ça fait partie du personnage, si on veut.

Les bûcherons de l’asphalte font-ils partie de la solution en matière d’adaptation aux changements climatiques?

Absolument. Les décisions que nous prenons sont en lien direct avec la globalité des effets du réchauffement des températures, ce pourquoi nous allons verdir sur une plus grande échelle, les abords des autoroutes et les grands stationnements de nos centres commerciaux. Nos actions s’inscrivent dans l’optique d’un changement d’un certain mode de vie sans en affecter la qualité. Et dans l’est de la ville, c’est encore plus vrai, en raison des passifs environnementaux assez costauds, comme les grandes autoroutes et les raffineries. Il faut une vision et une action collectives pour faire basculer un certain nombre de choses.

De quoi êtes-vous le plus fier?

Ce qu’on a fait au Domaine Anjou est très visible. Ce sont 400 logements, une plantation de cent arbres et des plates-bandes. Ça ne passe pas inaperçu. Les propriétaires ont bougé et les concierges assurent le relais en prenant soin des arbres. Il y a des projets qui sont éphémères et je suis très heureux de dire que le Domaine Anjou est un projet gagnant. Les arbres vont bien vieillir, ils vont faire de l’ombre et remplir leur mission.

Ne devient pas bûcheron de l’asphalte qui veut, c’est néanmoins une vocation que vous recommandez à tous les Montréalais?

C’est certain que c’est un mandat très sympathique! Ça interpelle un individu à qui on dit « toi, tu peux faire quelque chose de plus grand ». C’est l’action collective, un geste individuel qui s’intègre dans un projet plus global. Il y a plein de gens qui répondent présents. On n’a qu’à penser aux ruelles vertes… il y a un engagement et une volonté très forte chez beaucoup de monde. Le flambeau peut être porté par tous les Montréalais de bonne volonté.

Pour terminer : qu’est-ce que vous voyez pour l’ile de Montréal dans vos rêves les plus fous? Des bûcherons partout?

Il y a de plus en plus de familles qui font le choix de vivre à Montréal et qui disent être assez ambitieuses pour avoir « le beurre et l’argent du beurre » : des aménagements de qualités, des ruelles vertes, des traverses sécuritaires. Le mouvement est enclenché. Il faut forcer l’originalité, argumenter, défendre et gagner de nouveaux acquis. Tout le monde n’est pas convaincu qu’un arbre c’est formidable… du fait que ça génère des déchets et des feuilles! Il faut donc convaincre les gens un par un. Montréal gagnerait tellement à ce qu’il y ait des dizaines de milliers de bûcherons de l’asphalte. On est en 2017, on n’est plus perçu comme « granola » ou rétrograde. C’est tellement moderne d’être ambitieux! " ["post_title"]=> string(45) "Sors la bacaisse du fond de la boîte à bois" ["post_excerpt"]=> string(264) "L’est de l’île avec ses autoroutes, ses chemins de fer et ses raffineries a toujours été codé rouge sur l’échelle des chaleurs. C’était avant l’arrivée, en 2015, des refroidisseurs d’îlots de chaleur : des bûcherons qui abattent l’asphalte." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(43) "sors-la-bacaisse-du-fond-de-la-boite-a-bois" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-02-03 21:37:52" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-02-04 02:37:52" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(82) "https://unpointcinq.ca/non-classifiee/sors-la-bacaisse-du-fond-de-la-boite-a-bois/" ["menu_order"]=> int(44) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" ["header"]=> string(4) "blog" ["displayCategories"]=> bool(true) }
Created with Lunacy 6 min

Sors la bacaisse du fond de la boîte à bois

L’est de l’île avec ses autoroutes, ses chemins de fer et ses raffineries a toujours été codé rouge sur l’échelle des chaleurs. C’était avant l’arrivée, en 2015, des refroidisseurs d’îlots de chaleur : des bûcherons qui abattent l’asphalte.

« L’idée ce n’est pas le bûcheron qui coupe les arbres, mais celui qui coupe l’asphalte pour planter des arbres. C’est un peu le contre-pied au bûcheron traditionnel. »

Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, se remémore les débuts des bûcherons de l’asphalte lors d’un lac-à-l’épaule particulièrement porteur. Dans la foulée de l’adaptation aux changements climatiques, on a décidé de véhiculer un message aussi décapant que son messager : « Le bûcheron de l’asphalte, ça crée une nouvelle dynamique : ça apporte un côté nature, la chemise à carreaux, la barbe… Ce sont des choses qui titillent l’imaginaire. »

Et ça marche. L’armada des bûcherons de l’asphalte compte plus de 800 membres : du directeur d’école qui a enfilé sa chemise carrelée pour verdir une portion de sa cour asphaltée au journalier qui s’enrôle pour fleurir les abords d’un centre communautaire. « On a fait un grand rassemblement au printemps. Les gens ont témoigné de l’amélioration de leur milieu de vie. Les voisins socialisent davantage et prennent conscience de l’importance de s’unir pour participer à un projet commun et global. »

 » S’adapter aux changements climatiques, c’est une occasion de faire des choix avec d’autres. Ce n’est pas l’apocalypse et ce n’est pas la « déprime ».

Daniel Duranleau

Les bûcherons ont désormais les moyens de leurs ambitions. Le Fonds vert du gouvernement du Québec contribue financièrement aux travaux de cinq arrondissements de l’est de la ville. « Notre vision à long terme est vraiment de relier la rivière des Prairies au fleuve Saint-Laurent avec un corridor vert assorti d’un transport actif. » Ce printemps, le projet a reçu une mention d’honneur du concours annuel Smart Cities, organisé par le journal Le Monde. Unpointcinq a rencontré Daniel Duranleau, bûcheron de la première heure.

Unpointcinq : Un bûcheron de l’asphalte, qu’est-ce que ça mange en hiver?

Daniel Duranleau : Un bûcheron de l’asphalte, je pense que ça « mange » une forte conviction que la ville peut être belle, verte et agréable.

Quand et comment êtes-vous devenu membre à part entière du club très sélect des bûcherons de l’asphalte?

Il y a deux ans, on avait remarqué que le Domaine Anjou, un complexe immobilier privé, avait très peu de verdure, mais un très grand potentiel pour y planter une centaine d’arbres et y aménager de grandes plates-bandes. On a formé une équipe de bûcherons et on a fait le travail. Pour moi, c’était comme un clin d’œil. J’ai grandi sur une ferme en bûchant…

Est-ce qu’on peut affirmer, sans risquer de se tromper, que tout vous prédestinait à devenir un bûcheron de l’asphalte, outre le fait que vous semblez avoir le physique de l’emploi?

J’ai été élevé à la campagne, mais ça fait 35 ans que j’habite à Montréal et, pour moi, vivre en ville ce n’est pas faire le deuil d’un environnement de qualité, de beauté et de verdure. Comme il est scientifiquement prouvé que la transformation de l’espace en des lieux plus conviviaux fait du bien à tout le monde, tout était là pour que j’embarque et ça a cliqué fort, ça c’est sûr (rires).

Avant de devenir un bûcheron de l’asphalte, dans quelles circonstances aviez-vous déjà porté une chemise à carreaux?

C’est comme une déformation. J’en porte une, neuf jours sur dix. Je ne sais pas si c’est amincissant ou quoi, mais je porte presque toujours des chemises à carreaux. La seule chose qui varie, c’est la taille et la couleur des carreaux. Je me sens bien là-dedans (rires).

Est-ce que la barbe que vous arborez fièrement fait partie de l’attirail du parfait bûcheron de l’asphalte?

Ça rentre tout à fait dans la symbolique de la représentation qu’on se fait d’un bûcheron. Je suis assez costaud. Il ne suffit pas d’avoir une force incroyable, mais ça fait partie du personnage, si on veut.

Les bûcherons de l’asphalte font-ils partie de la solution en matière d’adaptation aux changements climatiques?

Absolument. Les décisions que nous prenons sont en lien direct avec la globalité des effets du réchauffement des températures, ce pourquoi nous allons verdir sur une plus grande échelle, les abords des autoroutes et les grands stationnements de nos centres commerciaux. Nos actions s’inscrivent dans l’optique d’un changement d’un certain mode de vie sans en affecter la qualité. Et dans l’est de la ville, c’est encore plus vrai, en raison des passifs environnementaux assez costauds, comme les grandes autoroutes et les raffineries. Il faut une vision et une action collectives pour faire basculer un certain nombre de choses.

De quoi êtes-vous le plus fier?

Ce qu’on a fait au Domaine Anjou est très visible. Ce sont 400 logements, une plantation de cent arbres et des plates-bandes. Ça ne passe pas inaperçu. Les propriétaires ont bougé et les concierges assurent le relais en prenant soin des arbres. Il y a des projets qui sont éphémères et je suis très heureux de dire que le Domaine Anjou est un projet gagnant. Les arbres vont bien vieillir, ils vont faire de l’ombre et remplir leur mission.

Ne devient pas bûcheron de l’asphalte qui veut, c’est néanmoins une vocation que vous recommandez à tous les Montréalais?

C’est certain que c’est un mandat très sympathique! Ça interpelle un individu à qui on dit « toi, tu peux faire quelque chose de plus grand ». C’est l’action collective, un geste individuel qui s’intègre dans un projet plus global. Il y a plein de gens qui répondent présents. On n’a qu’à penser aux ruelles vertes… il y a un engagement et une volonté très forte chez beaucoup de monde. Le flambeau peut être porté par tous les Montréalais de bonne volonté.

Pour terminer : qu’est-ce que vous voyez pour l’ile de Montréal dans vos rêves les plus fous? Des bûcherons partout?

Il y a de plus en plus de familles qui font le choix de vivre à Montréal et qui disent être assez ambitieuses pour avoir « le beurre et l’argent du beurre » : des aménagements de qualités, des ruelles vertes, des traverses sécuritaires. Le mouvement est enclenché. Il faut forcer l’originalité, argumenter, défendre et gagner de nouveaux acquis. Tout le monde n’est pas convaincu qu’un arbre c’est formidable… du fait que ça génère des déchets et des feuilles! Il faut donc convaincre les gens un par un. Montréal gagnerait tellement à ce qu’il y ait des dizaines de milliers de bûcherons de l’asphalte. On est en 2017, on n’est plus perçu comme « granola » ou rétrograde. C’est tellement moderne d’être ambitieux!