Mon couple maudit

/ 06 décembre 2018

Philippe Poitras, éditeur d’Unpointcinq 

Une relation entre deux êtres cache toujours des côtés sombres. Tiraillements, incompréhensions ou négligences créent souvent des zones d’ombre. Vous le savez comme moi, ces désagréments peuvent se transformer en véritable enfer sur Terre, même chez des couples pourtant débordants d’amour!

Où je veux en venir? Au couple dépareillé que je forme avec une superbe déesse. Cette beauté à la fois lumineuse et sombre, tantôt chaleureuse, tantôt glaciale, s’appelle Miss Gaïa. Plus communément, on la désigne comme la planète Terre (avouez que mon sobriquet est plus romantique).

Tout comme ses 7,7 milliards d’habitants qui respirent, boivent et mangent grâce à elle, j’entretiens un rapport d’amour singulier et plutôt complexe avec Miss Gaïa. Notre relation, je l’appelle mon « couple maudit ».

Je vous fais cet aveu : je l’aime vraiment d’amour, notre Terre. Mais je l’aime imparfaitement. Et comme elle est tellement douce, généreuse et conciliante avec moi, j’entretiens l’illusion qu’elle m’appartient totalement… alors que je la partage avec des milliards d’autres et toute la biodiversité autour.

Malgré mon attachement à son atmosphère englobante et protectrice, je comprends maintenant que mon existence lui nuit. Misère! Mais comment puis-je exister autrement avec les obligations que je dois entretenir pour survivre dans la société d’aujourd’hui?

Dans cette existence contemporaine et frénétique, pas simple d’avoir du temps à consacrer à Miss Gaïa. Pas facile de choisir de vivre autrement, d’être altruiste ou de faire passer les intérêts de la communauté avant les siens. Pas facile d’abandonner ses vieux plaisirs, ses habitudes confortables et certains idéaux.

C’est pas jojo, mais le ciel s’éclaircit! Depuis 15 mois, Unpointcinq observe le grand amour pour Miss Gaïa s’incarner de plein de manières partout au Québec. Voir autant de couples maudits aussi tiraillés que le mien lui donner plus d’attention me réconforte. Je me sens moins seul dans mon sentiment d’être un mauvais partenaire de vie pour Miss Gaïa. Même que j’ai soudain le goût d’embarquer moi aussi sur la piste de danse du « party » de l’action climatique.

Oui, je me permets d’appeler cela un party, car à voir les Québécois aller sur le terrain, ça a l’air le fun en mautadit! À petite ou à grande échelle, on observe plein de gens qui adoptent de nouvelles habitudes, marchent, se mobilisent, exigent davantage des élus. On voit naître des PME qui créent des emplois autour de l’action climatique, des villes qui s’adaptent, des chercheurs qui trouvent des solutions. On voit aussi des OBNL qui forment les décideurs, de grandes entreprises qui innovent, des politiciens qui s’engagent, et j’en passe.

Bien sûr, il y a aussi des gens figés – par angoisse ou par ignorance – dans leurs habitudes. Certains se sentent bousculés et se braquent de peur de perdre leur gagne-pain. D’autres veulent faire entendre leur point de vue ou ne peuvent supporter l’idée de se faire dire quoi faire.

Des débats de société complexes et polarisants font rage. Chaque perspective à la table trouve ses fondements dans des visions du monde aussi différentes que légitimes quant à la marche à suivre. Normal; l’humanité ne serait pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui sans la pluralité des idées et des idéaux qu’elle génère.

Inutile de multiplier les reproches ou de pointer vers des présumés coupables. S’il y a une certitude entre toutes, c’est que chaque humain aime Miss Gaïa d’amour. Le bât blesse plutôt dans l’alignement de toutes ces forces d’amour et manières d’aimer.

Alors, dédramatisons! Dans la grande aventure humaine, la preuve est faite que les idées et solutions d’autopréservation l’ont toujours emporté sur les options d’autodestruction. Depuis la nuit des temps, l’humanité a démontré sa grande capacité de résilience face aux périls extrêmes. Aujourd’hui, elle peut aussi compter sur une arme puissante : l’interconnexion entre les gens, tant sur le plan local qu’à l’échelle mondiale.

J’aime rêver à une convergence des forces d’amour des milliards de couples maudits pour cesser de surmener Miss Gaïa et son climat. D’ici là, Unpointcinq constate déjà depuis 15 mois que l’effervescence est palpable dans toutes les régions du Québec. Et à cela s’ajoutent les plus de 250 000 couples maudits qui ont signé le Pacte pour la transition. Tant de manières d’embarquer sur la piste de danse de l’action face aux changements climatiques. Y a de quoi faire tout un party!