Porter du cuir sans faire la peau à la planète

Fannie Laroche, cofondatrice et PDG de Flaura
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Fannie Laroche, cofondatrice et PDG de Flaura, cuir végétal, utilise les résidus de pelures de pommes de l’industrie agroalimentaire québécoise sans intrant d'origine pétrochimique.
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Retombées positives générales

John Travolta dans Grease, Tom Cruise dans Top Gun, Keanu Reeves dans John Wick… Les durs à cuire du cinéma ont un élément en commun : leur coat de cuir. Mais entre une peau animale, un substitut végétal ou à base de pétrole, que choisir pour un look à la fois badass et écoresponsable qui ne coûte pas la peau des fesses?

Il suffit de lire « cuir 100 % végétalien » pour que plusieurs se sentent délestés du poids de la culpabilité. Mais « végane » est-il toujours synonyme d’« écoresponsable »? Pas nécessairement, spécialement si l’on souhaite faire la peau aux énergies fossiles.

« On pourrait dire que tous les cuirs synthétiques sont véganes. Mais, s’ils sont faits à base de pétrole, ce n’est pas écologique pantoute! » lance Myriam Labrecque, responsable du développement de produits chez Portofino, une entreprise de chaussures fondée en 1959. En effet, la « cuirette » est souvent faite à partir de PVC (chlorure de polyvinyle) ou de PU (polyuréthane), tous deux issus de l’or noir.

En 2021, Portofino a lancé la collection EcoFino, qui offre des chaussures à base de… cactus, conçues selon un procédé à base de liant organique, considéré comme écologique et moins gourmand en énergie lors de la fabrication du matériau. « Ces plantes poussent sans avoir besoin de beaucoup d’eau. Et seule la feuille mature est récoltée, pour être séchée au soleil », fait valoir Myriam Labrecque. Son fournisseur, Desserto, assure sur son site Web que son matériau est conçu sans produits chimiques toxiques, phtalates ou PVC, sans toutefois définir clairement la composition du liant employé. Globalement, cette information est toujours complexe à trouver et le milieu ne brille pas par sa transparence.

En 2021, Portofino a lancé la collection EcoFino, qui offre des chaussures à base de… cactus.
En 2021, Portofino a lancé la collection EcoFino, qui offre des chaussures à base de… cactus. ©Valérie Laroche

Vous avez dit des liants organiques?

En chimie, le terme « organique » réfère à la présence de molécules de carbone (qu’on trouve, par exemple dans le polyuréthane); il peut donc être accolé à des composants toxiques. De plus, les différents fabricants d’alternatives végétales ne fournissent pas nécessairement les ingrédients ajoutés à leurs matières naturelles et peuvent entre autres inclure des colles, des résines et des pigments. Écologique ou pas? Difficile de trancher.

Salade de fruits, jolie, jolie, jolie

 
D’autres fruits et légumes, tels que le raisin, la mangue, les pommes ou les champignons, sont utilisés pour remplacer le cuir animal. Sanana, qui confectionne des sacs au Québec, a notamment choisi le piñatex, élaboré à partir d’ananas. « Les feuilles laissées dans les champs sont récupérées pour ensuite servir à faire une fibre », détaille Mélodie Fontaine, propriétaire de l’entreprise. Même si le piñatex contient du polyuréthane, la présence d’une matière végétale contribue à réduire le recours aux plastiques dans sa conception, estime la femme d’affaires.

Sanana, qui confectionne des sacs au Québec, a notamment choisi le piñatex, élaboré à partir d’ananas… et de polyuréthane.
Sanana, qui confectionne des sacs au Québec, a notamment choisi le piñatex, élaboré à partir d’ananas… et de polyuréthane. ©Sanana

Des fruits en plastique, façon dînette?

Vous avez lu comme moi. Le cuir d’ananas contient… du polyuréthane. Mais alors, est-ce de l’écoblanchiment? Pas toujours, selon Elliot Muller, associé de recherche au Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable (CIRAIG). Questionné dans le cadre de cet article, il rappelle que l’appellation « végane » ne signifie pas forcément « entièrement végétal ». Si les variantes de cuir contiennent des produits issus des énergies fossiles, il faut par contre que les entreprises le mentionnent clairement, souligne-t-il.

« En général, l’empreinte environnementale d’une chaussure en plastique est relativement faible en comparaison avec une autre en cuir ou en matière végétale, dit-il. Si on la traite bien en fin de vie en s’en débarrassant dans les collectes appropriées de déchets, il n’y a pas de raison que ces microplastiques se retrouvent dans la nature. »

Mais une solution végane à la fois sans énergies fossiles, issue de l’économie circulaire locale et résistante, existe-t-elle? C’est le pari que s’est lancé Fannie Laroche, cofondatrice et PDG de Flaura, cuir végétal, en misant sur la pelure de pomme résiduelle de l’industrie agroalimentaire québécoise. « Il y a eu trois ans de recherche et développement pour trouver des alternatives à tous les intrants qui étaient d’origine pétrochimique, dit-elle. Et on y est arrivés. »

La commercialisation de ce nouveau matériau devrait avoir lieu ce printemps dans le marché du meuble et, éventuellement, dans le secteur de la mode, souhaite la femme d’affaires.

Sous toutes les coutures

L’impact environnemental des cuirs d’origine animale et des substituts végétaux dépend de plusieurs paramètres, explique de son côté Elliot Muller. Les différentes étapes du processus de fabrication en font évidemment partie, mais la durée de vie des objets aussi. « Malheureusement, il y a peu d’études qui donnent une durée de vie réaliste, dit-il. Au bout de combien de temps va-t-on arrêter de porter des chaussures ou un manteau et les laisser dans le placard? »

En général, les matériaux véganes ont une plus faible durée de vie (entre trois ans et demi et sept ans) que les peaux d’animaux et de poissons, résume Elliot Muller, citant quelques chiffres issus d’une étude parue en 2023 dans la revue Environmental Science and Pollution Research. Le choix, selon lui, dépend donc de l’usage qu’on prévoit en faire. « Des chaussures véganes feront parfaitement l’affaire si on les utilise beaucoup et qu’on risque de s’en lasser. Mais si c’est une paire qu’on veut garder pendant 10 ou 15 ans, le cuir animal a une meilleure résistance », illustre le chercheur.

Favoriser l’économie circulaire

Dans le cas du cuir animal, les procédés de tannage constituent l’essentiel de son impact sur les écosystèmes. En effet, les techniques classiques se font encore principalement avec du chrome. Les déchets des tanneries peuvent contenir ce métal et contaminer les sols et les eaux souterraines, ce qui affecte les humains, les animaux et les plantes. « Il y a des solutions alternatives qui existent avec des produits végétaux, qui sont beaucoup moins nocifs, mais qui nécessitent plus de temps et qui coûtent plus cher », précise Elliot Muller. Un animal a-t-il été élevé seulement pour son cuir, ou bien sa viande et son lait ont-ils aussi servi à se nourrir? Il faut également en tenir compte, selon le chercheur.

Au Québec, plus de 130 000 agneaux sont abattus chaque année dans l’industrie agroalimentaire, selon un rapport du MAPAQ. « Actuellement, leurs peaux sont jetées et détruites. C’est une réelle catastrophe. Et dans le cas du bovin, on parle d’encore plus de gaspillage », déplore Louis Gagné, directeur d’Écofaune boréale. L’organisation affiliée au cégep de Saint-Félicien a pour mission de mettre en valeur de façon écoresponsable la fourrure et le cuir, y compris celui provenant du poisson.

Une étude publiée en 2018 dans la revue Nature conclut que la population canadienne devrait diminuer de 85 % sa consommation de viande pour lutter contre les changements climatiques. « Avant d’y arriver, ça va être long! Donc, en attendant, peut-on valoriser nos poubelles? » défend Louis Gagné.

Écofaune boréale tente aussi de faire peau neuve dans les techniques de production du cuir avec des tanins végétaux, minéraux ou synthétiques, tout en privilégiant l’économie circulaire lorsque possible. « Plutôt que de couper des arbres pour fabriquer du tanin, on va récupérer une matière résiduelle, comme celle de l’épinette noire en agroforesterie. On va extraire ce dont on a besoin pour nos procédés », dit Louis Gagné.

Prix : un bras (et la peau qui vient avec!)

Mais les matières d’origines animale et végétale aux procédés écoresponsables coûtent plus cher que la cuirette, entièrement conçue à base de pétrole. « C’est un enjeu important, souligne Louis Gagné. Il faut mettre de l’avant des avantages concurrentiels comme la durabilité [du cuir animal]. »

De son côté, Mélodie Fontaine se réjouit de voir se multiplier l’offre d’alternatives végétales. « Je ne suis pas contre le vrai cuir. Mais c’est intéressant qu’on puisse proposer autre chose à la clientèle, qu’elle soit végane ou non », fait-elle valoir.

Pour Elliot Muller, la solution, animale ou végétale, réside « quasiment toujours » dans les vêtements de seconde main. Non seulement on augmente la durée de vie de ce qui a déjà été fabriqué et utilisé, mais on évite aussi de produire quelque chose de neuf.

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