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Comment les économistes abordent-ils les défis des changements climatiques?

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L'économiste François Delorme. ©LaurenceLabat
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5 questions à un économiste qui s’intéresse au climat

Avec son nouveau livre, L’heure des choix, écrit en collaboration avec le journaliste Gérald Fillion, l’économiste François Delorme espère « alimenter l’esprit critique des gens » face à l’urgence climatique. Unpointcinq l’a rencontré pour parler du lien entre l’économie et les changements climatiques.

Comment les économistes abordent-ils les défis des changements climatiques?

 Les économistes traditionnels misent sur la transition écologique par le biais du développement durable, mais c’est une fausse solution. C’est trop lent pour les défis qui se posent à nous sur le plan du réchauffement climatique. C’est pour ça que je préconise une « croissance limitée ». Est-ce que la croissance qui nous amène à surconsommer est essentielle? Est-ce qu’il y a moyen de déterminer une croissance du produit intérieur brut (PIB) qui nous permet d’avoir une augmentation du revenu, mais qui en même temps ne génère pas de surconsommation de biens carbonés? On a besoin d’une remise en question de notre système économique.
L’heure des choix, François Delorme, Gérald Fillion, économie et changements climatiques, économie, livre, socioécologie, tarification du carbone,

Quel est le lien entre l’économie, les changements climatiques et les inégalités?

Dans le passé, on parlait de trois problèmes distincts : les changements climatiques, les inégalités et la croissance. Aujourd’hui, le courant de la socioécologie analyse bien les liens entre ces trois enjeux. La croissance amène de la pollution et des dérèglements climatiques. Les riches et les pauvres ne sont pas égaux face aux conséquences de ces dérèglements, donc ça exacerbe les inégalités.

Nous sommes tous plus ou moins affectés par les changements climatiques, mais nous ne sommes pas tous également responsables. Les responsables sont surtout les pays riches – ou les riches des pays riches –, qui produisent et achètent des produits très carbonés. Nous devons tous contribuer aux solutions, mais les plus riches devraient assumer une responsabilité plus élevée. On a besoin d’instruments qui ne s’occupent pas seulement de l’environnement, mais qui considèrent les conséquences sur la distribution des revenus et la croissance économique.

Que pouvons-nous faire à l’échelle individuelle pour avoir un impact sur la transition écologique?

 Je pense qu’on a des décisions à prendre et des sacrifices à faire. On ne peut pas vivre comme avant et simplement recycler… Si on prend l’avion et qu’on se déculpabilise en achetant des crédits carbone, ça perpétue notre comportement habituel.

Il faut remettre en question notre confort personnel et sacrifier quelque chose, mais c’est difficile. Le danger de l’économie de l’environnement traditionnelle est qu’elle mise sur la technologie : on pense qu’on va trouver une solution dans cinq ans, donc on n’a rien à changer. Il faut plutôt faire la promotion de la justice environnementale et sortir de ces modèles économiques traditionnels.

Est-ce que la tarification du carbone au palier fédéral est une avenue efficace pour modifier les comportements des consommateurs?

L’économie, c’est la science des choix qui ont des conséquences économiques. Dans un système capitaliste, les gens prennent leurs décisions en fonction des prix. Or, la taxation carbone vient influencer ces prix-là. Si je vous dis que la taxe carbone à 30 $ la tonne majore le prix du litre d’essence de 0,03 $ le litre, ce n’est pas ça qui va remettre en question votre road trip sur la Côte-Nord. Mais si le prix de l’essence était à 4 $ le litre, vous remettriez probablement en question votre rapport à la mobilité. Ça pourrait vous faire dire : « Ce n’est pas nécessaire d’aller si loin, on va se trouver un terrain de camping à côté. »

Le principe de la taxation est donc bon : elle oriente les prix pour rendre tout ce qui est carboné plus cher et changer les comportements. Le problème, c’est qu’elle n’est pas assez importante, actuellement, pour le faire. Elle ne fait pas assez mal pour que les gens réalisent le sérieux de la situation quant aux changements climatiques. Elle devrait être quatre ou cinq fois plus élevée qu’elle l’est maintenant. La taxe carbone est directe, elle est transparente, on la voit. Elle a des chances de faire changer les comportements, mais seulement si elle est à la hauteur des changements qu’on veut provoquer.

Selon vous, quelles seraient les solutions à mettre en place en priorité et de façon urgente?

Si le gouvernement se levait ce matin et disait : « L’enjeu est important, il faut mettre une taxe carbone conséquente, et on s’est entendus avec les autres pays de la COP sur un principe de responsabilité et de justice, donc les responsables vont payer plus et ceux qui subissent les effets vont être compensés », là, on n’aurait pas besoin de jeter le capitalisme et l’économie de marché.

Mais est-ce que c’est possible? Je ne sais pas. Je suis un pragmatique, donc je dirais qu’on n’est pas encore allés au bout du modèle capitaliste et qu’il faut essayer ça avant de préconiser une décroissance ou une révolution… Mais l’être humain étant ce qu’il est, il ne change pas de façon radicale tant qu’il n’est pas au pied du mur. Si on est lucide, on peut prendre les bonnes décisions. Si on n’a pas un bon diagnostic, on ne fait pas les bons changements et on ne les fait pas au bon moment.

Pour l’instant, on n’est pas conscients du sérieux du diagnostic parce qu’on ne voit pas les conséquences au jour le jour. Alors, plus on sera nombreux à dire qu’on a un problème sérieux, plus les gens en prendront conscience et seront capables d’accepter les changements qui sont justifiés.

L’heure des choix, par Gérald Fillion et François Delorme, éditions Édito, 272 pages, 27,95 $.

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