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© Sébastien Thibault
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Autosuffisance alimentaire et climat vont-ils de pair?

26 octobre 2020 - Maxime Bilodeau, En paix avec ses contradictions

Il y a de nombreuses bonnes raisons de favoriser l’autonomie alimentaire du Québec. La lutte aux changements climatiques n’en fait peut-être pas partie. Unpointcinq ouvre le débat.

Printemps 2020. Les Québécois attendent en ligne devant les épiceries, où les étals d’ordinaire bien garnis sont plus vides que jamais. Depuis le début de la crise sanitaire, on leur répète qu’il n’y aura pas de rupture dans l’approvisionnement alimentaire, mais dans l’esprit de plusieurs, le doute s’installe. Et si, comme ces masques détournés sur les tarmacs des aéroports, notre nourriture souvent importée de l’autre côté du globe venait à manquer? Faire son épicerie, ce geste anodin, le devient tout à coup pas mal moins.

Six mois plus tard, les files d’attente se sont résorbées et la catastrophe appréhendée n’a pas eu lieu. La peur de l’assiette vide, sur fond de remise en question de la mondialisation et de l’intégration économique, a néanmoins laissé des traces. Jamais il n’a été autant question de manger frais, local et bio à l’année – une idée qui en fait saliver plus d’un. Parmi eux, le premier ministre François Legault, qui fait de l’autosuffisance alimentaire un projet de société en vue de la seconde moitié de son mandat. Il aura fort à faire : à l’heure actuelle, seulement 50 % des produits en épicerie sont de provenance québécoise, reconnaît le chef du gouvernement.

Des pistes de solution existent pourtant. « Le Québec est mûr pour une politique agroalimentaire digne de ce nom, un peu comme le proposait la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois en 2008. Malheureusement, le rapport Pronovost, du nom du président de la commission, a été en grande partie tabletté », déplore Michel Saint-Pierre, sous-ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation de 2004 à 2008, aujourd’hui coprésident de l’Institut Jean-Garon, un groupe de réflexion sur le secteur agroalimentaire québécois. Encore actuel, le document traite largement d’agriculture locale et biologique, de même que – tiens, tiens – de changements climatiques.

Dans un univers d’échanges, les problèmes environnementaux des uns deviennent ceux de l’ensemble et il faut, selon l’expression consacrée, penser globalement et agir localement. […] La préoccupation mondiale à l’égard du réchauffement climatique finit par rejoindre l’agriculteur québécois dans son champ.

— Rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois

Le Pacte pour la transition y fait d’ailleurs référence dans ses 101 idées pour la relance, une synthèse de propositions pour une relance économique écologique synonyme, notamment, de renforcement de l’autosuffisance alimentaire du Québec. « Plutôt que de développer d’immenses complexes d’agriculture industrielle, centralisés, choisissons de développer un modèle agricole régional, à échelle humaine et respectueux des écosystèmes […]. En réduisant les kilomètres parcourus par nos aliments [par la multiplication de fermes familiales écologiques et l’essor de circuits alimentaires courts], on réduit les émissions de carbone lié à leur transport », y lit-on.

Une fausse bonne idée?

Un tel virage est à côté de la plaque, croit cependant Serge-Étienne Parent, professeur en agroenvironnement à l’Université Laval. Dans un texte publié le mois dernier dans le média indépendant en ligne La Conversation, cet ingénieur écologue fait la part des choses entre « les aspects esthétiques de l’agroalimentation » et la science probante sur le sujet, qui démontre que l’agriculture biologique de proximité est pire pour la nature que l’agriculture conventionnelle. L’article a notamment fait réagir Roméo Bouchard, cofondateur de l’Union paysanne, qui l’a qualifié de « ramassis complet de faussetés et d’affirmations gratuites ou incomplètes ».

Au cœur de l’argumentaire du chercheur, parsemé de références scientifiques, figurent les rendements moindres de l’agriculture biologique. « Oui, il y a des exceptions, comme le jardinier maraîcher Jean-Martin Fortier de la Ferme des Quatre-Temps. Elles confirment néanmoins la règle : le conventionnel permet de produire davantage à l’hectare que le biologique, ce qui réduit l’empiétement sur le territoire et diminue la pollution des cours d’eau [moins bordés par des exploitations agricoles] », explique ce spécialiste de la construction d’habitats écologiques en territoires ruraux. Par la bande, épargner le territoire de l’occupation agricole libère des surfaces pour la conservation, ce qui contribue à la biodiversité. L’économie des terres peut en outre diminuer les risques de transmission de maladies infectieuses, comme la COVID-19, par contact avec les animaux sauvages.

De manière générale, le transport n’est pas un bon indicateur de l’empreinte écologique d’un aliment. Il faut plutôt s’attarder à la nature des aliments qui garnissent notre assiette.

— Serge-Étienne Parent, professeur en agroenvironnement à l’Université Laval

L’agriculture de proximité et la consommation locale qu’elle sous-tend en prennent aussi pour leur rhume. La distance parcourue par nos aliments ne contribue au bout du compte qu’à un infime pourcentage – environ 11 %, selon une étude de 2008 – de leurs émissions totales de gaz à effet de serre (GES). En réalité, il est plus avantageux d’importer certains aliments de l’autre côté du globe, où ils poussent mieux, que de les produire localement dans des conditions plus difficiles. En fait, le simple déplacement en voiture du consommateur chez le détaillant pour se procurer un aliment en solde peut produire une empreinte carbone des dizaines de fois plus grande que celle du transport qui l’a amené de n’importe où dans le monde, selon Claude Villeneuve, le directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi.

« C’est sûr que le mode de transport importe beaucoup dans le calcul; des asperges acheminées du Mexique par avion polluent davantage que si elles le sont par bateau. Mais, de manière générale, le transport n’est pas un bon indicateur de l’empreinte écologique d’un aliment. Il faut plutôt s’attarder à la nature des aliments qui garnissent notre assiette », insiste Serge-Étienne Parent.

Requiem pour le régime carné

L’éléphant dans la pièce, c’est en effet le type d’aliment que l’on mange. La plupart des études scientifiques s’accordent pour affirmer que la réduction de notre impact sur le climat passe par l’adoption d’une alimentation végétale plutôt que biologique ou locale. À quantité égale, les produits d’origine animale, comme la viande et les produits laitiers, émettent beaucoup plus de GES que les fruits, légumes, céréales, noix et légumineuses. Dans un rapport publié en 2019, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat plaide d’ailleurs pour une réduction de la consommation de viande, qui contribue aux changements climatiques et compromet la sécurité alimentaire mondiale par une utilisation sous-optimale des terres cultivables.

C’est pourquoi le professeur et directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, croit à une approche par filière pour favoriser l’autosuffisance alimentaire, verte si possible. « Il faut miser sur certains produits plus que d’autres, sans perdre de vue la transformation et la mise en marché, qui font aussi partie de la chaîne de production alimentaire. On ne devrait pas produire que des tomates, mais aussi des sauces, des condiments, des mets préparés », affirme-t-il. Le Québec pourrait ainsi miser sur la culture maraîchère, voire la serriculture, surtout depuis l’annonce de tarifs d’électricité avantageux pour les producteurs en serre par Hydro-Québec. « Chose certaine, on ne peut pas être bon dans tout », souligne-t-il.