Statu quo, urgence climatique
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©Marie Leviel
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Le statu quo

07 janvier 2022 - Des Universitaires, Regroupement de chercheuses et chercheurs universitaires du Québec

Vous connaissez l’allégorie des singes de la sagesse? Vous savez, la fameuse image avec trois singes, l’un qui ne veut pas voir le mal, le deuxième qui ne veut pas l’entendre, et le dernier qui ne veut pas en parler? À celui ou celle qui fait comme eux, il ne peut arriver que du bien. Appliquée à l’urgence climatique, toutefois, cette règle morale n’augure rien de bon. Elle exprime plutôt le statu quo ou, si vous préférez, le scénario de référence (« business as usual »).

Notre système économique, fondé sur une croissance perpétuelle, nous confronte à une menace que l’on ne peut plus nier : les catastrophes associées aux changements climatiques ont doublé en moins de 20 ans – vagues de chaleur meurtrières en Europe, en Inde et au Canada, incendies en Australie, en Californie et au Canada, sécheresse en Afrique de l’Est, en Amérique centrale et au Canada, inondations en Asie du Sud, en Europe… et au Canada. Elles ont entraîné la mort de plus de 1,2 million de personnes selon l’ONU, sans oublier les millions de réfugiés qui sont forcés de se déplacer chaque année.

Le statu quo, c’est la poursuite d’un film dans lequel nous jouons déjà. Un scénario d’immobilisme où rien de significatif ne change, où aucun changement majeur dans l’économie, les politiques ou les comportements n’intervient. C’est en fait le scénario du pire, car s’il s’éternise, on peut s’attendre, selon les travaux du GIEC, à ce que le réchauffement moyen sur la planète augmente de 4 °C ou plus d’ici 2100.

Ce scénario ne remet pas en question nos modes de production et de consommation, qui sont gourmands en ressources et qui participent au réchauffement de la planète. Notre mode de vie occidental n’est pas soutenable et ne permettra pas de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C tel que l’avait fixée la COP21, à Paris, en 2015.

La technologie ne peut-elle pas régler nos problèmes environnementaux tout en poursuivant sur la voie de la croissance? Selon les données scientifiques que nous possédons, cette hypothèse est peu probable. Nous n’avons qu’à penser au principe « net zéro » qui vise à compenser toutes émissions résiduelles de gaz à effet de serre par des technologies qui les élimineraient de l’atmosphère. C’est en principe une excellente idée, mais, dans la pratique, elle contribue à perpétuer la croyance en un salut technologique et atténue le sentiment d’urgence quant à la nécessité de réduire les émissions dès maintenant. D’autant que plusieurs des technologies qui permettraient d’atteindre le net zéro ne sont pas arrivées à maturité et ne pourront contribuer à la lutte contre les changements climatiques avant plusieurs années.

Le statu quo, c’est la poursuite d’un film dans lequel nous jouons déjà.Josée Provençal, docteure en science politique et membre du groupe Des Universitaires.

Une véritable transition climatique doit nécessairement passer par un changement de paradigme, qui doit être juste et équitable pour tous et toutes. Il faut revoir notre mode de consommation et cesser de considérer la croissance comme la seule avenue du bonheur. Les études l’ont démontré : après un certain seuil de revenu, le bonheur ne croît plus. Consommer de plus en plus de ressources sans se questionner sur la consommation d’énergie que cela entraîne et sur les rejets que cela génère, c’est demeurer dans le « business as usual ».

Nos gestes individuels quotidiens sont importants, mais insuffisants face aux enjeux collectifs à résoudre. Il est urgent de repenser l’organisation collective de notre société. Plusieurs groupes de recherche et organisations sociales partout au Québec et ailleurs dans le monde s’y attellent aujourd’hui. Participer à des mouvements sociaux qui œuvrent à des réformes de fond du système socioéconomique actuel, c’est commencer à sortir du statu quo.

 

Josée Provençal, docteure en science politique (Université d’Ottawa), est chercheure au sein de la Chaire de recherche du Canada sur l’action climatique urbaine, membre du groupe de recherche indépendant sur la décroissance Polémos et membre du regroupement Des Universitaires.