© Marc Fiset

S’impliquer fait du bien

Mieux-être / 25 avril 2019

Jeudi 14 mars 2019, 19 h 45 : je nettoie nos pinceaux et les dernières taches de peinture sur la table de la cuisine. Les doigts tout colorés, mon 5 ans dépose fièrement sa pancarte sur le buffet. Elle est belle! Il a trouvé le slogan « tout seul ». On est prêts. Demain, on va marcher « pour la planète ».

Vendredi 15 mars 2019, 13 h : n sent la fébrilité dans l’air. Une mare de monde nous entoure. Des jeunes, beaucoup de jeunes, et des moins jeunes aussi. Les gens sourient, discutent et chantent. « C’est comme une fête maman! ». C’est vrai que l’ambiance est électrisante!

Samedi 16 mars 2019 : je prends connaissance des chiffres. 150 000 personnes dans les rues de Montréal. Des milliers d’autres réparties un peu partout dans la province. Une mobilisation planétaire sans précédent : 1,5 million de manifestantes et manifestants et plus de 2000 rassemblements dans plus de 100 pays!

Mais qu’est-ce qui a poussé toutes ces personnes à marcher ainsi? Qu’en retirent-elles?

Des chercheuses et des chercheurs, notamment en psychologie, se sont intéressés aux raisons pour lesquelles certaines personnes décident de s’impliquer de façon active dans leur communauté. J’écrirai peut-être un jour un billet sur ce sujet, mais, en cette semaine de la Terre, j’aimerais mettre l’accent sur les bienfaits de l’implication sociale démontrés par la recherche scientifique.

Il semble en effet que militer pour le bien commun soit lié à plusieurs indices du bien-être que l’on nomme hédonique, comme les émotions positives (par exemple le plaisir, la fierté et l’émerveillement) et la satisfaction de vie. S’impliquer susciterait aussi un sentiment de communauté et de transcendance qui fait en sorte qu’on se sent relié-es à un tout plus grand que soi. D’après la recherche, le militantisme serait également corrélé à plusieurs indicateurs du bien-être eudémonique comme la réalisation de soi ou la croissance personnelle, la vitalité et le fait d’avoir trouvé un sens à sa vie, ce qui n’est pas rien!

S’impliquer collectivement permet par ailleurs de satisfaire certains besoins psychologiques fondamentaux comme le besoin d’autonomie, le besoin de compétence ou celui d’affiliation sociale. Sans trop s’en rendre compte, on tente toutes et tous de satisfaire ces besoins par le biais d’activités quotidiennes. Faire du bénévolat, s’engager pour une cause ou travailler pour le bien des autres seraient donc de bons moyens de les combler et de se sentir épanoui-es.

En plus de ces nombreuses recherches qui démontrent un lien entre implication sociale et bien-être psychologique, il semblerait que l’activisme soit des plus formateurs. Pensons aux jeunes qui luttent depuis plusieurs semaines pour éveiller les consciences et brasser la classe politique sur la question de l’urgence climatique. Ils et elles apprennent énormément en faisant cela : sur le vivre-ensemble, sur la politique et les jeux de pouvoir, sur l’organisation de projets, sur les médias et la construction de messages de sensibilisation efficaces, sur l’environnement, etc. Ils et elles acquièrent ainsi des valeurs importantes de justice sociale, d’entraide et de bienveillance, tout en aiguisant leur sens critique, qualités indispensables pour développer une (éco)citoyenneté riche et porteuse.

Tout ça les ancre dans leurs milieux et contribue aux sentiments d’appartenance, de connexion et d’attachement qui nourrissent leur implication. Car, après tout, on protège ce que l’on aime! Se mettre ainsi en action favorise en même temps leur impression d’être « en contrôle » (je suis capable d’agir et d’avoir de l’impact) et diminue ainsi le risque qu’ils ou elles ressentent de l’(eco)anxiété, de la peur et du découragement. Autant de grosses barrières à l’action dans notre société.

Évidemment, militer est aussi pavé d’embûches et ne garantit pas qu’on en retirera tous ces bienfaits, sinon on serait une plus grosse gang à s’y adonner. Selon certaines recherches, la façon dont on s’implique, autrement dit la qualité de notre engagement, semble être une variable déterminante quant à la présence ou à l’absence de bienfaits ressentis. Quoi qu’il en soit, si vous voulez vous énergiser, sachez que la semaine de la Terre culminera par une grosse manifestation familiale le 27 avril prochain à Montréal.

Quelques articles sur lesquels ce billet est basé 

  • Klar, M. et Kasser, T. (2009). « Some Benefits of Being an Activist: Measuring Activism and its Role in Psychological Well-being », Political Psychology, vol. 3, no 5, p. 755-777.
  • Leak, G. K. et Leak, K. C. (2006). « Adlerian Social Interest and Positive Psychology: A Conceptual and Empirical Integration, Journal of Individual Psychology, vol. 62, p. 207-223.
  • Meier, S. et Stutzer, A. (2008). « Is Volunteering Rewarding in Itself? », Economica, vol. 75, n297, p. 39-59.
  • Nisbet, E. K., Zelenski, J. M. et Murphy, S. A. (2008). « The Nature Relatedness Scale: Linking Individuals’ Connection With Nature to Environmental Concern and Behavior », Environment and Behavior, vol. 41, no 5, p. 715-740.
  • Sauvé, L. (2009). « Vivre ensemble, sur Terre : Enjeux contemporains d’une éducation relative à l’environnement », Éducation et francophonie, vol. 37, no 2, p. 1-10.
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