Vous reprendrez bien un peu de GES?

Sauver la planète avec votre bouche, ça vous paraît bizarre? Et pourtant, c’est possible. Bernard Lavallée est nutritionniste et, pour lui, la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) commence dans l’assiette.

Alimentation / 29 novembre 2017

La première chose que l’on remarque chez Bernard Lavallée, c’est son sourire. Sa bonne humeur est contagieuse et sa simplicité, rafraîchissante. Ce matin-là, nous avons rendez-vous avec lui dans le Mile End, à son bureau. Bureau. Deux syllabes tristes comme « métro, boulot, dodo ». Mais pas ici. Celui que l’on connaît grâce à son blogue, Le nutritionniste urbain, a l’art d’être toujours là où on ne l’attend pas. Large baie vitrée donnant sur la rue, vases de fleurs, murs blancs, presque pas de meubles : les quartiers de Lavallée sont établis au milieu d’un atelier de céramique. « Les deux filles qui travaillent ici proposent des systèmes de rangement qui permettent de lutter contre le gaspillage alimentaire. Leur initiative m’a plu, et quand j’ai appris qu’elles louaient un espace, je n’ai pas hésité », explique-t-il avant d’offrir un rapide tour du propriétaire.

Conférencier, auteur, blogueur, chroniqueur et communicateur, Bernard Lavallée n’a plus besoin d’être présenté. Ou peut-être que si, au contraire. Car l’image qu’il projette ne correspond pas tout à fait à celle que l’on se fait habituellement des diététistes.

Avec lui, le verbe manger se conjugue au futur. Les régimes et les calories, il n’en a cure. Pour ce touche-à-tout bientôt trentenaire, l’alimentation est d’abord un moyen de lutter, au quotidien, contre le réchauffement climatique. Un sujet qui lui a d’ailleurs inspiré un livre, paru en 2015, Sauver la planète une bouchée à la fois.

Bernard Lavallee portrait
Pour Bernard Lavallée, alimentation et plaisir sont indissociables. (© Katya Konioukhova)

« En tant que consommateur, la première chose que l’on peut faire pour réduire notre empreinte carbone, c’est manger moins de viande. On sait que les élevages génèrent beaucoup de gaz à effet de serre. D’un point de vue énergétique, il est beaucoup plus efficace de manger des plantes que d’en faire pousser pour nourrir des bêtes que nous consommerons après. L’autre point important, c’est la lutte contre le gaspillage alimentaire. On émet des gaz à effet de serre pour produire de la nourriture… qui finit dans nos poubelles. On propage donc des GES pour rien », constate-t-il.

Personne n’est parfait

Lavallée maîtrise son sujet, mais n’oublie pas l’essentiel. Il y a dans sa relation à la vie quelque chose de gourmand, de fondamentalement optimiste. Loin d’être un ascète, austère comme une salade sans vinaigrette, il met le plaisir au cœur de son discours. S’il fait des écarts? « Toujours! », répond-il dans un éclat de rire. « Je ne veux même pas parler « d’écart » parce que cela fait partie de mon alimentation. Essayer d’intellectualiser la nourriture, ça ne fonctionne pas. Si on oublie qu’elle doit procurer du plaisir, qu’elle est liée à nos émotions, à notre culture, à notre mode de vie, il va y avoir un problème à long terme. On n’est pas des robots. Je ne veux pas dégager une image de perfection. Je ne suis pas parfait. Personne n’est parfait. On fait tous du mieux qu’on peut, et c’est ben correct comme ça », conclut-il.

Livre - Sauver la planete une bouchee à la fois
© Le nutritionniste urbain

Si Bernard Lavallée avoue avoir développé sa conscience environnementale alors qu’il était étudiant, après la lecture du livre d’Élise Desaulniers, Je mange avec ma tête, son amour du goût, du plaisir alimentaire et du bien-vivre remonte à son enfance.

Ma mère est Égyptienne. De ce côté-là de ma famille, manger est une fête. Toutes les occasions sont bonnes pour se rassembler autour d’un repas ou d’un gâteau.
Bernard Lavallée

C’est sans doute cette même envie de partage qui sous-tend aujourd’hui sa démarche. Il laisse vivre sans jamais juger. Ces quelques conseils sont simples pour que chacun puisse, à sa façon, améliorer le sort de la planète. Et les mots obligations et culpabilité sont à jamais bannis de son vocabulaire.

Vous reprendrez bien un peu de GES? 3min.