Au printemps dernier, le rallye « La nature de l’action » a mis en scène des photographies souvent abstraites, prises par des scientifiques dans leur domaine de recherche respectif. L’objectif? Comprendre en quoi leurs travaux sont importants dans la lutte contre les changements climatiques.
Par Rose-Marie Cantin, du Laboratoire des jeunes journalistes en environnement (LJJE) – Cohorte 2025
L’événement, qui s’est tenu à l’Assemblée nationale, se voulait dans l’esprit du jeu Clue : il fallait associer des textes à leurs images. Mais des images bien particulières, car extraites de l’exposition La nature de l’urgence.
Cette exposition réunissait une quinzaine de photographies. Prises par des chercheuses et des chercheurs dans des domaines incroyablement variés, elles avaient pourtant un point commun : la lutte contre les changements climatiques. Et bien que tous ces clichés, colorés et invitants, ne donnent pas d’emblée une impression d’urgence, la recherche qui se joue derrière chacun est essentielle.
Le jour du rallye, quatre scientifiques étaient sur place pour expliquer au public leur photo et leur recherche. Présentation.
Lisa Tischenko, étudiante au doctorat en Sciences forestières à l’Université Laval

Les petits nuages visibles dans les éprouvettes sont en fait de l’ADN prélevé sur plusieurs individus de chênes rouges, une espèce qui tire son nom de l’extraordinaire couleur de ses feuilles, en automne.
Doctorante en Sciences forestières à l’Université Laval, Lisa Tischenko étudie cette espèce végétale dans l’objectif d’optimiser son enracinement dans les villes. En analysant chaque individu, la chercheuse comprend mieux ce dont chacun a besoin pour vivre le plus longtemps possible. Elle s’assure ainsi qu’une fois planté, il aura les conditions idéales pour se développer et constituera ainsi un investissement à long terme.
Pour effectuer ses travaux, Lisa Tischenko prélève des bouts d’ADN, puis les séquence. Elle détermine ainsi plusieurs caractéristiques propres à chaque individu et évalue ses chances de survivre dans nos villes. Un chêne provenant des États-Unis, par exemple, aura des caractéristiques différentes de celles d’un chêne du Québec, et ses conditions optimales de croissance varieront en conséquence.
Élie Dumas-Lefebvre, assistant de recherche en océanographie à l’UQAR

À première vue, on pourrait croire à une erreur tant ce déversement « orange pétant » semble incongru. Mais détrompez-vous : c’est en fait de la rhodamine, un colorant utilisé par les océanographes pour visualiser la vitesse et la direction des courants marins, tant en surface qu’en profondeur. Sur le cliché d’Élie Dumas-Lefebvre, qui travaille notamment sur la mitigation des déversements de contaminants, on peut aussi remarquer des bouées qui permettent de comparer leurs déplacements avec la dispersion du colorant.
À quoi servent toutes ces données? Principalement à prévenir et à nettoyer efficacement les déversements accidentels de liquides dans l’océan, comme du pétrole. Ou encore, à constituer une base de données sur les courants marins et leur évolution.
La photo a été prise au début de la collecte de données; en effet, le colorant vient d’être déversé du bateau.
Joey Chamard, enseignant de biologie

On pourrait y voir des glaçons, mais la photo prise par Joey Chamard nous montre en réalité le cortex de la racine décolorée d’un érable, avec les supports d’un champignon. Les champignons qui réussissent à se lier à un érable peuvent être incroyablement bénéfiques à ce dernier : en se développant sur les racines, ils agrandissent la zone où l’arbre peut puiser de l’eau et des nutriments, et stimulent en même temps le système immunitaire de la plante, la protégeant ainsi de certaines maladies.
En échange, l’arbre fournit au champignon le carbone et le sucre résultant de la photosynthèse. Leur relation est donc extrêmement bénéfique dans un sens comme dans l’autre.
La recherche de Joey Chamard a pour but de mieux comprendre les interactions entre différents types de champignons et les arbres, afin de déterminer, dans un contexte de changements climatiques, ce qui pourrait aider les forêts à survivre. Et, dans le cas de l’érable à sucre, ce qui pourrait lui permettre de maintenir la production de sève.
La photo a été prise après la récolte des racines, en laboratoire.
Saeid Homayouni + Monsif Baraka (INRS)

Non, ce n’est pas la vue agrandie d’un chandail de laine ni les gribouillis d’un jeune enfant, mais une photographie aérienne des résidus d’un champ de maïs, prise à 50 mètres de hauteur.
Chercheurs au Centre Eau Terre Environnement de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Saeid Homayouni et Monsif Baraka analysent ce type d’images afin de savoir combien de résidus sont restés sur le sol. Toutes les lignes colorées représentent des résidus, tandis que le noir correspond au sol.
Savoir ce qui reste est important : laisser de la végétation morte sur un champ pendant l’hiver permet de le protéger des gels et dégels ainsi que de l’érosion, et les plantes en décomposition fournissent des nutriments à celles qui pousseront l’année suivante.
Dans un monde où les sols agricoles s’épuisent, avoir de nouveaux outils comme celui utilisé dans le milieu de la recherche – un drone équipé d’une caméra multispectrale – est idéal.
Cette photo a été prise au début de la recherche, plus précisément dans une courte fenêtre au printemps ou à l’automne, des périodes d’environ trois semaines où les champs ne sont pas utilisés et où l’on voit encore des résidus.
L’expérience de rédaction de Rose-Marie
Je me suis rendue en mars dernier à l’Assemblée nationale pour prendre des notes, parler aux chercheuses et chercheurs et participer à l’activité. C’était un après-midi très intéressant. Ensuite, j’ai commencé l’écriture de mon article, qui s’est échelonnée sur plusieurs mois, car l’école prenait une grande partie de mon temps. Mais finalement, ça a été une belle expérience et je me suis bien amusée!

