Alexandra Picard-Sioui lors du Sommet jeunesse sur les changements climatiques 2025. ©️Fondation Monique Fitz-Back
Membre de la communauté de Wendake, Alexandra Picard-Sioui a créé sa compagnie, Yawinonh, en 2020. Les femmes, la culture wendate et la protection du territoire sont au centre de son projet.
Par Sophie Jacques et Mary-Ann Lapierre, jeunes journalistes du Laboratoire des jeunes journalistes en environnement (LJJE) – Cohorte 2025
Alexandra Picard-Sioui est membre de la communauté de Wendake (Québec). En 2022, elle a lancé son entreprise, Yawinonh. En plus d’être entrepreneure, Alexandra se présente également comme « une mère, une belle-mère, une amie, une amoureuse, une amante, une complice, une confidente ainsi qu’une doula ».
Yawinonh est principalement gérée par trois femmes : Alexandra Picard-Sioui, Karolane Carrière et Jade Mathieu. Elles partagent les mêmes valeurs. Dans cet article, vous découvrirez l’entrevue que nous, jeunes journalistes en environnement, avons menée avec Alexandra à l’occasion du Sommet jeunesse sur les changements climatiques, au printemps dernier.
Sophie Jacques : Bonjour, Alexandra! Pourquoi avez-vous décidé de démarrer votre entreprise et en quoi celle-ci consiste-t-elle?
Alexandra Picard-Sioui : Mon entreprise se nomme Yawinonh, ce qui signifie « jeune femme » dans la langue wendate. C’est une entreprise qui vise à accompagner les femmes (ou toute personne ayant un utérus) dans l’ensemble de leur cycle de vie (accueil des menstruations, accouchement, suivi postnatal, ménopause). Nous offrons des services comme des cercles de femmes, des ateliers, des conférences, mais aussi une éco-boutique dans laquelle on trouve des produits qui mettent de l’avant la culture autochtone. On souhaite également offrir un espace pour les rituels quotidiens.
Mary-Ann Lapierre : Pourquoi avez-vous fait le choix de soutenir les femmes durant toute leur vie?
C’est vraiment venu à la suite de mon second accouchement et de mon intérêt pour le corps de la femme, le pouvoir de création de la femme relié au pouvoir de création de la Terre. Je trouvais qu’on avait peu d’espace pour se rassembler, pour aborder ces sujets-là et les aborder d’un point de vue autochtone. Ces savoirs sont presque perdus dans ma communauté. Comment faisait-on par rapport aux menstruations? C’est quoi la relation qu’on a avec notre sang? Mon projet est donc parti d’un désir de revitalisation de ces savoirs, pour ma propre quête, mais pour ensuite en faire bénéficier l’ensemble des personnes wendates et au-delà, parce que je crois que ce sont des savoirs qui méritent d’être transmis à la population.
Mon projet est parti d’un désir de revitalisation des savoirs ancestraux, pour ma propre quête, mais pour ensuite en faire bénéficier l’ensemble des personnes wendates et au-delà. Ce sont des savoirs qui méritent d’être transmis à la population.
Quels sont les liens entre votre entreprise et l’environnement?
Notre boutique, je la qualifie d’éco-boutique parce qu’on se positionne dans le développement durable, donc dans une logique de prendre soin de la Terre. En tant que Première Nation, ça fait partie de notre identité, d’être en relation avec la Terre de façon respectueuse. Je voulais donc que ces valeurs, qui font partie de ma culture, s’incarnent dans mon entreprise. On y trouve justement le concept de développement durable avec des fournisseurs 100 % locaux, de la récupération et une attention particulière portée aux contenants. Dans les services que nous offrons, il y a aussi une forme d’activisme et de lutte qui permet de faire des liens entre prendre soin de la Terre et prendre soin de son corps.
En quoi les produits en vente valorisent-ils la culture et le territoire wendat?
Par exemple, on a une gamme de produits corporels qui fait vraiment revivre une tradition wendate autour de l’huile de tournesol. Les femmes wendates cultivaient « les trois sœurs » et le tournesol. On cultivait ce dernier pour l’alimentation, mais on fabriquait aussi de l’huile, pour cuisiner et pour certaines cérémonies. Lorsqu’on voulait honorer quelqu’un, on huilait ses cheveux
Tout cela est également lié à la roue de la médecine autochtone, véritable cercle de la vie. J’ai donc une huile pour chacune des directions, avec un petit feuillet explicatif qui présente la culture de la roue de la médecine et la façon dont on peut connecter avec cet espace-là. Il y a toujours une réflexion culturelle et une transmission des connaissances.
En tant que femme wendate, quelle relation entretenez-vous avec le territoire et l’environnement?
C’est un lien difficile à décrire… Je dirais que le territoire, c’est moi, donc une relation entre la Terre et moi : nous sommes un. Je tente le plus possible d’être dans une relation de réciprocité. Lorsque je cueille ou que je prépare des choses, je demande la permission et je respecte ce qui m’entoure. Mon lien avec la Terre est spirituel et mutuel, je dirais. Jamais je ne la surexploite, ça irait à l’encontre de mes valeurs. Nous sommes d’égale à égale, ensemble.
L’expérience de rédaction de Sophie et Mary-Ann
Nous avons adoré ce processus de rédaction, du début à la fin, surtout l’entrevue avec Alexandra. Nous trouvons son histoire et sa motivation très inspirantes. Elle nous a fait comprendre l’importance de chaque être humain sur la Terre. Elle nous a aussi donné envie de nous intéresser davantage aux cultures autochtones.



