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Herbe à poux : la guerre est déclarée

Plus les températures augmentent et plus l’herbe à poux pullule, au grand dam de ses victimes allergiques. Or, il suffit de couper la plante au bon moment pour réduire les impacts sur la santé, dit le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui intensifie la lutte contre cette plante allergène.

Vivre ici Trucs / 10 juillet 2018
On s'adapte !

Au Québec, l’herbe à poux serait responsable de plus de 75 % des allergies au pollen, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). À tel point que cette plante allergène affecte les muqueuses de plus d’un Québécois sur dix, estime-t-il.

Et ils n’ont pas fini d’éternuer : les changements climatiques entraînent une augmentation de la propagation de l’herbe à poux, souligne Isabelle Demers, conseillère en santé environnementale au MSSS. « Au cours des dernières décennies, on a observé une augmentation marquée de la rhinite allergique, ou rhume des foins, qui est causée par l’herbe à poux », remarque-t-elle. Et ces impacts sont appelés à augmenter avec les changements climatiques.

Résultat : la durée des saisons polliniques s’allonge, la production de pollen est accrue et la plante gagne de plus vastes territoires. Jadis concentrée dans le sud du Québec, elle se répand désormais sur la Côte-Nord, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Gaspésie et l’Abitibi, indique la spécialiste.

À tel point qu’en 2015, le MSSS a mis sur pied la Stratégie québécoise de réduction de l’herbe à poux et des autres pollens allergènes, l’un des instruments du Plan d’action sur les changements climatiques 2013-2020, notamment financé par le Fonds vert. L’objectif : inciter les municipalités à adapter leurs pratiques afin d’être plus efficaces dans le contrôle de l’herbe à poux.

Comment? En coupant l’herbe au bon moment, poursuit Isabelle Demers. « Une coupe doit être faite à la mi-juillet et une autre à la mi-août pour minimiser la quantité de pollen d’herbe à poux dans l’air », soutient-elle. Des études ont par ailleurs démontré que des coupes optimales permettent de réduire de neuf fois la production de pollen et de cinq fois la production de graines, précise l’experte en santé environnementale.

Herbe à la puce ou herbe à poux?

Alors que l’herbe à la puce cause des réactions allergiques sur la peau, l’herbe à poux ne représente aucun danger au toucher. C’est son pollen qui est responsable des allergies et des problèmes respiratoires. Sa saison pollinique débute en août.

Au Québec, il existe trois espèces d’herbe à poux : la grande herbe à poux (Ambrosia trifida), l’herbe à poux vivace (Ambrosia psilostachya) et la petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia).

Granby attaque en grand

Bref, les municipalités peuvent aisément contrôler la prolifération de l’herbe à poux sur leurs territoires en planifiant les coupes au bon moment. Mais encore faut-il qu’elles soient en mesure de repérer cette plante allergène : si certains spécimens atteignent plus d’un mètre de hauteur, d’autres ne dépassent pas les 10 cm. Histoire de donner un coup de pouce aux municipalités et aux arrondissements, le MSSS a lancé en 2015 un programme d’aide financière afin de soutenir des projets pilotes visant à contrôler les pollens allergènes. Cette mesure s’inscrit d’ailleurs dans la Stratégie québécoise de réduction de l’herbe à poux et des autres pollens allergènes.

Déjà engagée dans la lutte à l’herbe à poux depuis 2010, la ville de Granby, en Montérégie, a sauté sur l’occasion. En 2016, elle a adopté un règlement obligeant les citoyens à couper, à arracher ou à détruire l’herbe à poux entre le 15 juillet et le 1er août, explique Serge Drolet, coordonnateur de la division de l’Environnement. En parallèle, elle a aussi lancé une campagne d’inspection de tous les terrains industriels, commerciaux et institutionnels. De l’herbe à poux a ainsi été repérée sur 141 des 1714 terrains visités. « Lorsqu’ils en ont été informés, 96 % des propriétaires se sont conformés à la réglementation, et seulement six constats d’infraction ont été distribués », ajoute M. Drolet.

Les initiatives semblent porter fruit. Des tests effectués par la municipalité en 2016 ont révélé qu’il y avait deux fois moins de pollen dans les sites où des interventions de contrôle de l’herbe à poux ont été effectuées que dans les sites témoins à Granby, indique Serge Drolet.

Ailleurs au Québec

En 2016, outre Granby, la ville de Trois-Rivières et l’arrondissement du Plateau–Mont-Royal, à Montréal, ont également reçu une aide financière afin d’implanter des projets de contrôle de l’herbe à poux. L’an dernier, quatre autres municipalités ont reçu du financement, dont Plessisville, qui a organisé des concours d’arrachage sur Facebook pour faire connaître sa campagne.

« Nous avons aussi profité du projet pilote pour faire une cartographie des lieux d’infestation sur le territoire, explique Dominic Doucet, chargé de projet à la direction générale. Cette carte nous permettra de travailler plus efficacement au cours des prochaines années. »

Au cours de l’été 2018, le MSSS évaluera les dix propositions de projets reçues pour aider les municipalités à se doter d’outils pour lutter plus efficacement contre l’herbe à poux, précise Isabelle Demers. C’est ce qui s’appelle de l’adaptation aux changements climatiques!

Arracher ou tondre?

Voici les conseils du gouvernement québécois pour stopper la prolifération de l’herbe à poux selon la configuration de votre terrain.

Petits terrains

Il est préférable d’arracher l’herbe à poux dès que vous la voyez. Pour la reconnaître, cliquez ici. Arrachez-la à la main ou déracinez-la avec un outil de jardinage, comme une binette.

Grands terrains

Tondez la plante à l’aide d’une tondeuse à gazon. Pour obtenir de meilleurs résultats, faites-le deux fois par année, à la mi-juillet et à la mi-août, afin de réduire au maximum la quantité de pollen libéré. Vous pouvez jeter les plantes arrachées ou coupées avec les ordures. Il n’est pas recommandé de les mettre dans le compost, car les graines d’herbe à poux peuvent le contaminer.

Empêcher la repousse

L’herbe à poux pousse difficilement dans les pelouses fournies et fertiles. Pour limiter sa présence, vous pouvez :

  • utiliser du paillis ou des plantes couvre-sol aux endroits où il n’y a pas de pelouse;
  • améliorer la qualité du sol avec un terreau ou de l’engrais;
  • ensemencer le terrain ou y planter d’autres végétaux.

Voyez aussi notre Pilule climatique sur les allergies saisonnières

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