© Perrine Larsimont

Tirer la chasse pour le climat

À Repentigny, on nettoie les eaux usées, puis on transforme les déjections des habitants en matières organiques qui servent ensuite à fertiliser les champs. Une boucle vertueuse et carboneutre, en plus! Reportage en images.

Techno / 09 août 2019

Antoine Laporte et Benoit Asselin sont les gardiens d’une forteresse d’un genre nouveau. Mais à l’intérieur, point de mystère : le directeur adjoint et le chef de la division Eau et assainissement de Repentigny sont fiers de faire visiter la station de traitement des eaux usées de la ville (la STEU), une usine physico-chimique située à l’entrée de l’île Lebel. En plus de pratiquer un traitement des eaux parmi les plus précis au Québec, l’usine valorise les gaz et les solides qui en sont issus. Un coup double en termes d’action climatique. Explications.

Textes et photos : Perrine Larsimont

Lorsqu’un Repentignois « flushe » la toilette après avoir soulagé sa nature, il ne se doute peut-être pas qu’il vient d’enclencher un processus très sophistiqué…

usine de traitement des eaux usées repentigny

Recueillie par l’une des 30 stations disséminées sur l’ensemble du secteur de Repentigny, l’eau usée est acheminée vers l’entrée de la STEU. Là, des « tamis à escalier », aux espacements très fins, retiennent les éléments solides tels les agglomérats de cheveux et les cotons-tiges afin d’assurer l’écoulement libre de l’eau.

usine de traitement des eaux usées repentigny

L’eau passe ensuite par différents bassins qui filtrent le sable, les graviers et les écumes qu’elle contient. Arrive alors l’étape des mélangeurs rapides : grâce à l’ajout de sulfate ferrique puis d’un polymère, les matières fécales en suspension vont s’agglomérer en un flocon, dit « floc ». En bout de ligne, le floc est envoyé dans un bassin de décantation et l’eau ainsi clarifiée est rejetée dans le Saint-Laurent.

En perpétuelle adaptation

De précipitations intenses en périodes de sécheresse, les changements climatiques entraînent de fortes fluctuations du débit et de la composition de la rivière L’Assomption qui s’étire au nord de Repentigny. Ces fluctuations ont un impact sur la qualité de l’eau et ses caractéristiques, notamment parce qu’elles ont pour effet de favoriser la dilution des matières organiques et des minéraux. La STEU adapte donc ses procédés tout au long de l’année pour éliminer la majeure partie des particules en suspension dans l’eau.

usine de traitement des eaux usées repentigny

C’est au niveau du décanteur qu’une deuxième filière se dessine. L’eau s’y clarifie en se délestant de ses dernières particules qui, en tombant au fond du bassin, forment… des boues! Celles-ci sont riches en matières organiques  essentiellement fécales, explique Antoine Laporte. « C’est un très beau produit à transformer pour la digestion », assure-t-il avec un sourire satisfait. Cette boue en provenance des décanteurs est, en effet, acheminée vers l’un des deux biométhaniseurs de la station, aussi appelés « digesteurs ».

usine de traitement des eaux usées repentigny

Ces deux monstres sont des digesteurs dits « mésophiliques », c’est-à-dire qu’ils fonctionnent à la même température que le corps humain. Les maintenir à 37 °C favorise la création de bactéries méthanisantes qui vont digérer la moitié de la matière organique des boues pour la transformer en biogaz. Autrement dit, la STEU recrée dans ses digesteurs les mécanismes à l’œuvre dans notre estomac et nos intestins!

usine de traitement des eaux usées repentigny

Le biogaz ainsi produit va être entièrement brûlé dans des chaudières qui vont chauffer une grande quantité d’eau. C’est cette eau qui, par l’intermédiaire de tuyaux, chauffe les digesteurs à température précise ainsi que l’ensemble du procédé et des bâtiments de la station. Ici, le circuit énergétique est totalement fermé. La STEU produit autant de kilowatts qu’elle en consomme, sans émettre de gaz à effet de serre (GES).

traitement des eaux usées repentigny

Après avoir été brassées et digérées dans les biométhaniseurs pendant 15 jours en moyenne, les boues sont quant à elles acheminées vers des pressoirs rotatifs pour augmenter leur solidité. Elles en ressortent sous la forme de biosolides, une version hypertransformée des déjections des Repentignois, aux allures de compost.

Un procédé léger en carbone…

L’équipe de la STEU effectue des recherches à chaque étape du traitement des eaux usées pour s’assurer de l’efficacité énergétique des équipements et des procédés. Pour l’ensemble de son activité, la station estime réduire ses GES de 1900 tonnes de CO2 par an comparativement à l’époque où les biosolides étaient enfouis.

et en dollars!

Les frais liés à l’achat des deux digesteurs de la station, qui s’élevaient à 500 000 $ en 1996, ont été amortis en deux ans. La valorisation des biosolides, dont le coût est estimé à 200 000 $ par an, revient bien moins cher que s’ils finissaient à l’enfouissement. Leur coût serait alors évalué à 450 000 $ par an.

traitement des eaux usées repentigny biosolides

L’utilisation de sulfate ferrique au stade de la biométhanisation empêche le procédé de produire du sulfure d’hydrogène, qui dégage cette nauséabonde odeur d’œuf pourri. Ce que l’on ne peut éviter dans le processus de digestion humaine est donc ici parfaitement contrôlé : les biosolides de Repentigny ne sont pas agressants pour le nez!

traitement des eaux usées repentigny biosolides

Une fois sortis des pressoirs, les biosolides tombent dans des remorques de 32 tonnes, prêtes à aller approvisionner des agriculteurs de la région en produits d’épandage. La matière ainsi transformée est « stabilisée », ce qui signifie qu’elle peut être entreposée sur une terre agricole sans risque de continuer à se digérer… et à diffuser des GES.

traitement des eaux usées repentigny fertilisant

10 à 12 agriculteurs de la région bénéficient des biosolides de la STEU, qui sont revalorisés à 100 % sur les champs de Lanaudière. On peut dire que l’eau des WC vit presque un conte de fées!

La STEU en quelques chiffres

Les rejets des 65 000 résidents du secteur de Repentigny alimentent la station de l’île Lebel. En une journée, celle-ci traite en moyenne 26 000 m3 d’eaux usées, essentiellement d’origine sanitaire, et produit plus de 2000 m3 de biogaz ainsi que 12 tonnes de biosolides stabilisés.

Retombées positives

  • Amélioration de la productivité
  • Création d'emplois
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