Une caverne d’Ali Baba communautaire à Rimouski

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Marion Gouband fait partie de l'équipe de bénévoles depuis cette année © Courtoisie l'Outillerie de Rimouski
Created with Lunacy 3 min

Rimouski, mercredi, 16 h. Tandis que la plupart des gens terminent tranquillement leur journée de travail, les bénévoles de l’Outillerie s’activent. Dans leur petit local du centre-ville, un principe guide tout : mieux vaut partager que posséder.

Sur les tablettes en libre-service, on trouve de tout : perceuses, tondeuses, machines à coudre, déshydrateurs et outils de jardinage. Tout est soigneusement rangé, entretenu et étiqueté par une poignée de volontaires.

« C’est un peu comme une bibliothèque, mais pour les objets, explique Marion Gouband, bénévole pour l’organisation. Les gens prennent un forfait annuel, et, avec ça, ils peuvent emprunter jusqu’à 10 outils à la fois pour une semaine. » 

Le lieu est exigu, mais bien vivant. Pendant l’entrevue, une femme entre avec aplomb, agrippe un outil pour ses rénovations, donne son nom et ressort trois minutes plus tard. Simple, efficace et sans paperasse. 

« Pour emprunter, il faut être membre, précise Marion Gouband. L’abonnement coûte entre 110 et 180 dollars par an, selon les moyens de chacun. Ceux qui le préfèrent peuvent se procurer une Carte 10 points, valable pour dix emprunts, sans limite de temps. » 

Les visages qui franchissent la porte de l’Outillerie, qui a fêté ses deux ans en juillet dernier, sont aussi variés que les outils sur les étagères. 

 « On a vraiment de tout, raconte-t-elle. Des bricoleurs et bricoleuses du dimanche, des jeunes en appartement qui n’ont pas les moyens d’acheter, des familles qui rénovent, mais également des professionnels qui veulent simplement éviter de dépenser pour du neuf en vue d’un usage ponctuel. » 

Marion Gouband connaît bien le lieu. D’abord recrutée en tant qu’aide à la coordination grâce à une subvention du programme Emploi d’été Canada, elle a choisi de rester comme bénévole après son contrat.

Ce qui m’a attirée, c’est l’ambiance, dit-elle. C’est une belle gang, un organisme qui promeut l’écologie, le partage et l’entraide. Ça correspond à mes valeurs.Marion Gouband, bénévole

Cultiver l’autonomie des membres 

Derrière les étagères bien rangées se cache un immense travail d’entretien. L’Outillerie compte aujourd’hui plus de 600 objets en stock. Et quand un outil rend l’âme, Pierre Janssen est l’un des volontaires qui se retroussent les manches. 

« Je dirais qu’on a beaucoup d’outils qui ont déjà une vie commencée, explique-t-il. C’est normal qu’il y ait des bris. Mais on préfère les réparer plutôt que de les jeter. » 

© Courtoisie l’Outillerie de Rimouski

L’ingénieur de formation, bénévole et administrateur de l’organisme, passe beaucoup de temps à remettre en état les appareils endommagés. « Parfois, c’est seulement un petit joint en caoutchouc à changer. Je l’ai déjà taillé moi-même pour qu’il fitte. L’outil marche encore. Pas parfaitement, mais il fonctionne. » 

Ce soin constant fait partie de la philosophie de l’endroit. 

« Ce qu’on prête, ce n’est pas juste un outil, ajoute Marion Gouband. C’est la possibilité d’expérimenter. Chaque emprunt devient une occasion de transmission. »

Dans cette optique, l’Outillerie a mis sur pied des ateliers initiatiques pour encourager l’autonomie. Animés par des bénévoles, ils permettent d’apprendre à manier une scie, à raccommoder un vêtement ou à entretenir un vélo.  

« Certains ont peur d’utiliser une planeuse, raconte Pierre Janssen. On leur montre que ce n’est pas sorcier. Et souvent, ils repartent avec la confiance de fabriquer ou réparer eux-mêmes. » 

Un modèle inspirant, mais fragile 

Ailleurs dans la province, des projets similaires, comme La Remise à Montréal et La Patente à Québec, ont déjà trouvé leur public. Mais en région, le défi est d’autant plus grand que le bassin démographique est plus restreint et les ressources limitées. 

« En partant, trouver un grand local abordable à Rimouski, c’est difficile, admet Marion Gouband. Si tous les objets étaient ici en même temps, on n’aurait plus de place. On ne saurait pas où les mettre ! » 

Le financement de l’Outillerie repose sur la contribution collective : cotisations, cartes d’emprunt, dons matériels et quelques subventions locales, notamment de la Ville de Rimouski et du Fonds écoresponsable de Desjardins. 

En 2024, l’organisme a compté 359 membres, plus de 3100 emprunts et 1700 heures de bénévolat, soit l’équivalent de 226 jours de travail. Mais l’équilibre est fragile. Pour boucler son budget, l’équipe a dû supprimer son seul poste salarié, redistribuant les tâches à ses bénévoles. Malgré ces contraintes, l’énergie humaine porte l’initiative. 

« C’est un OBNL qui appartient à ses membres, souligne Pierre Janssen. On essaie de sensibiliser les gens au fait de prendre soin des outils. C’est du partage, c’est mutuel. » 

À la fermeture, les bénévoles rangent les outils, éteignent les néons. Grâce à eux, quelque part à Rimouski, des projets prennent vie.

Cet article provient d’un cahier spécial “Économie sociale” publié par le quotidien Le Devoir.

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