© Fusion Jeunesse

Dehors, les enfants!

Sortir les classes des quatre murs de l’école quand il fait trop chaud pour apprendre? À Québec, cinq écoles primaires ont fait pousser des salles de classe extérieures dans leur cour afin d’adapter l’enseignement aux changements climatiques.

Mieux-être / 29 octobre 2018
On s'adapte !

Adieu cours asphaltées et bétonnées : depuis septembre, les élèves de cinq écoles primaires de Québec peuvent désormais apprendre au grand air dans des cours garnies de bacs à végétaux, d’estrades en bois, de jardinets ou de pneus colorés.

Selon Ouranos, le nombre de jours de chaleur accablante à plus de 30 °C devrait passer de 4 à 15 par année d’ici 2050. Depuis quelques années, les températures caniculaires qui se font sentir dans les salles de classe en juin continuent jusqu’en septembre, lors de la rentrée scolaire. Et quand il fait très chaud, « on a de la difficulté à garder les jeunes attentifs et motivés », dit Laurence Goyette-Grenier, enseignante à l’école Marguerite-Bourgeoys, dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec.

Grâce au programme Milieux de vie en santé de l’organisme Nature Québec, les élèves des écoles Jeunes-du-Monde, Saint-Fidèle, Marguerite-Bourgeoys, des Berges et Sacré-Cœur peuvent maintenant s’instruire au frais, à l’ombre des végétaux. « Le meilleur climatiseur, c’est un arbre », dit Cyril Frazao, responsable pour Nature Québec de ce programme qui vise le verdissement des milieux de vie vulnérables aux îlots de chaleur. « Emmener les enfants dans les zones plus ombragées [des îlots de fraîcheur] est une excellente façon de s’adapter aux changements climatiques. »

Histoires de quartier

Sur papier, l’idée paraît géniale. Mais comment susciter l’adhésion des élèves et du personnel à un projet de classes en plein air?

La première étape est de fédérer les forces vives de l’école dans un comité qui portera le projet avec l’aval de la direction, explique Cyril Frazao. Par exemple, à l’école Sacré-Cœur, aussi située dans Saint-Sauveur, le cerveau de l’opération était Karine Gagné, la responsable du service de garde, avec laquelle Milieux de vie en santé a conçu les aménagements. « Pour que les aménagements soient utilisés par les élèves, [il faut] qu’ils participent en amont à la conception du projet avec des activités visuelles comme de la pâte à modeler ou des pastilles à coller sur les plans », explique Cyril Frazao.

Deuxième étape : mobiliser la communauté afin de recueillir de l’argent, des dons de matériel… ou un coup de main pendant les travaux! Le parent d’un élève de l’école Sacré-Cœur s’est d’ailleurs empressé d’offrir du bois pour faire des bacs de plantation, raconte Karine Grenier. « Et avec le conseil de quartier, on a trouvé des sous pour déminéraliser la cour d’école et poser de la vigne sur le mur de brique afin de climatiser l’école de façon naturelle. » L’école Sacré-Cœur a aussi demandé aux parents de fournir des plantes vivaces et a même vendu des arbres de Noël, ce qui lui a permis d’amasser 2000 $. « On a organisé des corvées de plantation et 50 personnes sont venues », se réjouit Christian Faucher, le directeur de l’école.

Enfin, à l’échelle locale, « des bailleurs de fonds comme les Caisses populaires Desjardins apprécient ce type de projet et peuvent le financer en partie », ajoute Cyril Frazao.

 

L'espace lecture de l’école Sacré-Cœur. © Fusion Jeunesse
À l’école Marguerite-Bourgeoys, des bacs de plantation ont été disposés autour de la classe. © Fusion Jeunesse
À l’école Saint-Fidèle, des pneus servent de fauteuils aux élèves. © Fusion Jeunesse
La salle de classe en plein air de l'école des Berges. © Fusion Jeunesse

Chacun affiche ses couleurs

Chaque classe extérieure est différente et adaptée aux besoins exprimés par le comité (dont font partie les élèves) et à la configuration des lieux.

Par exemple, à l’école Marguerite-Bourgeoys, on a installé des modules de bois servant de bancs aux élèves ainsi que des bacs de plantation sous les deux gros arbres de la cour. « Il y a aussi un tableau sur roulettes et un bac avec toutes sortes d’outils comme des planchettes à pince pour retenir les feuilles et pouvoir écrire », ajoute Mylène Desbiens, la directrice de l’école.

À l’école Sacré-Cœur, on a plutôt aménagé un coin lecture sous les arbres et planté de la clématite – une jolie fleur grimpante – sur la clôture, afin de filtrer la pollution venant de la rue. À l’école Saint-Fidèle, dans Limoilou, les élèves voulaient des estrades, des bacs de végétaux et des pneus munis d’un filet en guise de fauteuil. Dans des écoles où les arbres sont absents ou leur feuillage trop clairsemé, on a tendu des toiles pour ombrager les aménagements.

On s’adapte!

Une classe en plein air n’est-elle pas source de distraction? C’est le cas de le dire, « il y a un apprentissage à faire, autant de la part de l’enseignant que des élèves », reconnaît Laurence Goyette-Grenier. Il s’agit de prévenir les enfants que si un camion de pompier ou un écureuil passe, ils peuvent lever les yeux deux minutes pour regarder, mais qu’ils doivent ensuite revenir à leur tâche, précise-t-elle.

Naturellement, les bacs de plantation offrent le matériel pédagogique idéal pour apprendre la biologie et l’agriculture urbaine. Mais on peut aussi se servir des éléments de décor pour enseigner le français, poursuit l’enseignante : « On peut faire une cache au trésor; les enfants cherchent des phrases placées dans les modules de bois et reviennent à leur place pour les travailler. »

En se mobilisant autour des projets de classes en plein air, les membres d’une communauté découvrent les effets néfastes des îlots de chaleur – où l’abondance de bitume fait grimper le mercure – sur la santé, constate Nature Québec.

Chacun devient conscient de l’importance de les transformer en îlots de fraîcheur afin de profiter des bienfaits de la végétation. Et chacun veut en profiter. « Les parents du quartier se sont approprié le mobilier et viennent s’asseoir quand les enfants jouent sur les modules, en dehors des heures de classe. Le sentiment d’appartenance de la communauté envers l’école s’est beaucoup développé », observe Christian Faucher.

Mais il faudra aller plus loin, estime Cyril Frazao, car ces aménagements de surface avec des bacs plantés de vivaces ne sont pas permanents. Il faudra renouveler les plantations chaque année et entretenir le mobilier en bois. Selon lui, dans un contexte de changements climatiques, il faudra plus d’investissements pour verdir les cours de façon pérenne.

Dehors, les enfants! 4min.