Oh my gode!

Des jouets sexuels carboneutres fabriqués à Montréal? C’est la graine qu’a plantée une entrepreneure montréalaise afin de pénétrer un marché dominé par des accessoires de plaisir en plastique, en silicone ou en latex qui pèsent lourd sur le climat. Une initiative olé olé qui porte ses fruits depuis huit ans.

Mieux-être / 13 février 2019

C’est la Saint-Valentin. Pile le moment de se coller sous la couette afin d’oublier les rigueurs de l’hiver. Histoire de pimenter la chose, pourquoi ne pas y inviter quelques joujoux coquins?

Sauf que godemichets et autres objets de plaisir ont généralement le don de bousiller le bilan carbone : souvent faits de matières épuisables et fabriqués de l’autre côté du globe, ils génèrent quantité de gaz à effet de serre (GES) lors de leur production et de leur transport. C’est le constat qui a poussé la designer Isabelle Deslauriers à fonder Désirables en 2011, une entreprise montréalaise de produits érotiques et… éthiques. L’objectif? Avoir un effet positif sur la planète en offrant une alternative aux produits vendus par les boutiques érotiques.

Moules pour godemichets
Moules pour godemichets - © Désirables

 

Depuis son atelier du quartier Mile End, Désirables propose des jouets et accessoires érotiques fabriqués localement et en collaboration avec des artisans montréalais. Son produit phare : un godemichet élégant en porcelaine entièrement fait au Québec nommé Dalia. Concevoir un produit local et sans aucune trace de plastique était un choix naturel pour Isabelle Deslauriers, qui se dit sensible aux enjeux des changements climatiques. Ça ne s’est toutefois pas fait sans embûches : elle a dû développer un réseau manufacturier alors qu’il aurait été plus simple – et moins cher – d’externaliser la production des godemichets en Asie, explique l’entrepreneure.

« L’atelier du potier qui coule, sable et polit la porcelaine des godemichets Dalia est à quelques rues de mon bureau. Quoi demander de mieux? » Quant aux autres produits (pierres et huiles à massage, lingerie, etc.), ils sont aussi fabriqués dans un rayon de 90 km de Montréal, y compris l’emballage (sans plastique!), poursuit Isabelle Deslauriers. Garder la production au Québec lui permet d’assurer la qualité des produits et de collaborer avec des artisans locaux, en plus d’éviter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de la marchandise, résume-t-elle.

Fabrication des godemichets Dalia dans l'atelier - © Désirables

Pour voir la conception des pierres à massage :

Faire durer le plaisir

En plus de réduire son empreinte carbone, la designer et entrepreneure s’est aussi donné pour objectif de partager ses connaissances sur une saine sexualité. « Pour moi, c’est problématique quand le marketing prend toute la place! Dans l’industrie des accessoires sexuels, on pense davantage à nous vendre des jouets qu’à nous apprendre comment les utiliser. » Le godemichet de Dalia est vendu avec un livret d’information qui traite non seulement de son entretien, mais aussi de l’intimité, de l’érotisme et de l’anatomie. « Vous seriez surpris du nombre de personnes qui ne savent pas mettre à profit le point G! », confie-t-elle avec un grand sourire.

Pour créer ses accessoires, la designer s’est tournée vers un matériau plutôt inusité : la porcelaine. « C’est un matériau avantageux : il est durable, hypoallergène et compatible avec tous les types de lubrifiants! », soutient-elle. Reste que c’est froid, non? « C’est la question qu’on me pose le plus souvent », rigole Isabelle Deslauriers. « [Le godemichet] reste à température pièce, donc quelques degrés sous notre température corporelle. Mais il suffit de le prendre dans nos mains pour le réchauffer! »

Est-il risqué de casser le jouet érotique en l’échappant par terre? Si vous êtes trop maladroit (ou trop… passionné?), Désirables le remplacera à la suite d’un bris qui surviendrait dans les cinq premières années. Mais « prenez soin de votre godemichet et il durera toute votre vie », dit Isabelle Deslauriers. « Vous ne serez même pas gêné de le léguer à vos enfants et même à vos petits-enfants! »

Bref, des joujoux climato-compatibles, voilà une belle excuse pour faire l’amour, et non des GES!

 

Phallus préhistorique

La fascination pour l’appendice masculin ne date pas d’hier. Elle remonte au moins à 28 000 ans, soit l’âge du plus vieux godemichet au monde! Découvert en 2005 dans la grotte de Hohle Fels, dans le sud-ouest de l’Allemagne, ce substitut de pénis atteint la taille respectable de 20 cm de long pour 3 cm d’épaisseur. Il est composé de siltite, une roche polie. Comme quoi le godemichet en porcelaine a des antécédents préhistoriques!

Source : BBC

Hohle Fels phallus Dildo en pierre préhistorique
© Twitter (@Jamie_Woodward_)

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Libido et changements climatiques : c’est quoi le rapport?

En novembre 2015, une étude menée par trois chercheurs américains a fait couler beaucoup d’encre. À l’époque, les scientifiques avançaient que les changements climatiques influencent négativement notre vie sexuelle, surtout lors des chaleurs extrêmes (les fameuses canicules, vous vous rappelez ?). Grosso modo, plus le mercure monte, plus la libido baisse, supposément.

Trois ans plus tard ‒ qu’on a passés à faire l’amour à l’air climatisé ‒, ces mêmes chercheurs reviennent à la charge. Mais cette fois, bonne nouvelle : on apprend que notre libido est sauve. Après avoir croisé et recroisé les données, les spécialistes concluent que si les grandes chaleurs nuisent à la fertilité, elles n’altèrent pas le désir sexuel.

Pour parvenir à cette conclusion, l’un des chercheurs, le Québécois Olivier Deschenes, économiste à l’Université de Californie à Santa Barbara, a marqué au calendrier la date des canicules qui ont frappé certaines régions des États-Unis entre 1930 et 2010. Neuf mois après ces grandes chaleurs, le résultat était clair : une baisse de naissances.

Pourquoi? Mystère, bien que le chercheur pense que spermatozoïdes et ovaires pourraient être moins fonctionnels en période de canicule. Cependant, « les températures froides, qui sont fréquentes en hiver au Québec, ont peu d’effet sur le taux de fertilité », ajoute-t-il.

Éco-anxiété

Si les bouleversements climatiques n’affectent pas directement la libido, ils peuvent néanmoins être la source de certains troubles de santé mentale comme la dépression, ont démontré des chercheurs. Et lorsqu’on perd « toute jouissance de la vie, le plaisir sexuel prend le bord », explique Julie Fournier, une sexologue établie à Rosemère. De leur côté, « les troubles anxieux ne laissent pas non plus beaucoup de place aux idées érotiques. »

S’il n’existe pas de recette miracle pour retrouver l’appétit sexuel, la spécialiste suggère néanmoins d’adopter une saine hygiène de vie et de faire du sport quotidiennement. Quid du sport de chambre? Quand la libido bat de l’aile, le sexe peut-il aider à vaincre la dépression et l’anxiété? « Puisque l’appétit vient en mangeant, c’est possible que ça fonctionne », répond Julie Fournier. « Ça peut sembler cliché, mais l’idéal, c’est de ne pas se mettre de pression. »

D’où vient le mot « godemichet »?

Ce ne sont pas les théories qui manquent, mais parmi les plus plausibles, notons celles qu’avance l’écrivain français Philippe Di Folco dans son Dictionnaire de la pornographie, paru en 2005 aux Presses universitaires de France. Selon lui, le terme pourrait provenir de l’anglais god (dieu) et miscellaneous, pour plaisirs variés. Mais il pourrait aussi trouver sa racine du latin gaude mihi, qui signifierait « fais-moi jouir ». L’histoire ne dit pas pourquoi diable le mot dildo s’est imposé dans tant d’autres langues, entremêlées ou pas…

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa tête
  • Bien dans son corps
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