L'autrice et réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette en compagnie de Mina Saloin au Sommet jeunesse sur les changements climatiques à Québec en avril 2025. ©️Rémi Leroux
Lors du dernier Sommet jeunesse sur les changements climatiques, l’autrice, réalisatrice et mère au front Anaïs Barbeau-Lavalette a bien voulu accorder une entrevue à Mina Saloin, jeune journaliste du Laboratoire des jeunes journalistes en environnement.
Par Mina Saloin, jeune journaliste du Laboratoire des jeunes journalistes en environnement (LJJE) – Cohorte 2025
Au cinéma, elle « tourne vert ». Le plateau de son film La déesse des mouches à feu (2020) a été l’un des premiers au Québec à recevoir la certification « On tourne vert ». Des décors aux costumes, en passant par la régie, toutes les équipes ont cherché à minimiser le gaspillage et à renforcer leur conscientisation environnementale.
Dans son écriture, elle préfère s’écarter du style « apocalyptique » ou « moralisateur », souvent utilisé pour parler de la crise climatique. En guise de solution de rechange, à travers ses images et ses mots, Anaïs Barbeau-Lavalette privilégie le partage d’un amour profond pour la nature, qu’elle aime désigner par une nomenclature et des terminologies scientifiques précises, car, dit-elle, « quand on sait nommer, on connaît et on aime mieux, donc on prend soin davantage ».
Autrice de nombreux livres, active au théâtre comme au cinéma, Anaïs me confie pourtant être la première à douter du pouvoir de l’art dans la lutte pour l’environnement. C’est d’ailleurs de ce sentiment d’impuissance qu’est né le mouvement Mères au front, qu’Anaïs a contribué à créer aux côtés de Laure Waridel, écosociologue et cofondatrice d’Équiterre.
« Sortir du foyer, c’est aussi protéger »
En mars 2020, en effet, on découvre Anaïs sous son chapeau de militante. Avec Laure Waridel, elles réunissent des mères et des grands-mères qui, comme elles, vivent un intolérable sentiment d’impuissance face à l’avenir inquiétant qui s’annonce pour leurs enfants. Ces mères « par le sang ou autrement », selon l’expression des Premières Nations, étaient près de 8 000 en 2024. Établies dans 30 groupes locaux à travers le Canada, elles font pression sur les élus lors de manifestations ou de diverses campagnes et projets.
On n’a pas besoin d’avoir un doctorat pour agir, il suffit d’avoir la vie à cœur

En rendant l’engagement si accessible, Anaïs Barbeau-Lavalette et Laure Waridel encouragent les femmes à se donner la permission d’être en colère et de sortir de leur rôle de « protectrice ». Car « sortir du foyer, c’est aussi protéger ». Le mouvement rend ainsi l’implication possible, autant au sein de comités locaux qu’à travers des actions nationales, de la désobéissance civile jusqu’à la participation à des projets artistiques, comme la chaise des générations.
L’art et la science, même combat!
Dans ses formats plus traditionnels, l’art peut parfois paraître limitant dans un contexte de mobilisation. Depuis deux ans, Anaïs et de nombreux artistes ont développé une étroite collaboration avec les scientifiques. Elle m’explique que ces derniers gagnent à utiliser l’art pour « faire passer de la tête au cœur » et réduire la distance entre la communauté scientifique et les citoyennes et citoyens.
Au sein de Mères au front, elle a participé à créer le projet Porte-voix. L’idée était d’inciter les artistes à utiliser l’espace public, qui est leur terrain de jeu, pour y insuffler des données et des informations produites par les scientifiques, à qui on ne tend pas toujours le micro.
Et ça fonctionne! Un spectacle de cirque en collaboration avec l’UQAR, un balado réunissant en binôme artistes et scientifiques, une lecture théâtrale ouvrant une discussion publique avec des experts, une performance au pied de la fonderie Horne : les collaborations ont été fructueuses. Et les possibilités sont infinies!
Anaïs a su démontrer que tous les moyens sont bons pour protéger l’environnement, s’ils sont puisés dans les forces et talents de chacun·e.
L’expérience de rédaction de Mina
Anaïs est une véritable source d’inspiration et ça a été très plaisant d’échanger avec elle. Ses réponses étaient en lien direct avec mes questions d’entrevues et fournissaient du contenu très concret. Son vocabulaire est tellement évocateur que n’importe laquelle de ses phrases aurait pu figurer en titre d’article !


