Dossier spécial : Moins de GES sur la corde à linge , partie 3
Photo de vêtements dans un garde-robe
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Des vêtements à impact variable

02 février 2021 - Amélie Cournoyer, Journaliste inspiratrice

Combien y a-t-il de pantalons, de t-shirts, de chemises, de chandails et de manteaux dans votre garde-robe? Les remplacez-vous souvent? Parce qu’on l’oublie facilement, mais chaque vêtement a derrière lui tout un vécu qui influence son impact sur le climat.

Il était une fois une chemise de coton née dans un champ, au chaud, loin de chez nous. La culture et la récolte de sa fibre nécessitèrent beaucoup d’eau, d’engrais et de pesticides, de même que de la machinerie carburant au pétrole. Blanchiment, tissage, teinture, couture, repassage… sa transformation de fibre en textile puis en vêtement ne ménagea aucune dépense énergétique. Pour devenir une belle et grande chemise, notre fleur de coton multiplia aussi toute sa vie durant les voyagements générateurs de gaz à effet de serre (GES), de l’usine à la boutique en passant par l’entrepôt.

Étiquetée et mise en valeur sur un cintre en plastique, elle trouva alors le pantalon avec qui elle voulut passer le restant de ses jours. Les époux furent dorlotés sans compter les kilowattheures pour leurs séances de lavage, de séchage à la machine et de repassage. Malheureusement, la chemise de coton fut vite remplacée dans le garde-robe conjugal par une rivale plus jeune et plus colorée, et son conte de fées se termina dans un dépotoir…

Une chemise, une histoire

Quand on achète une nouvelle chemise, ou une paire de jeans, on n’a pas toujours conscience de son histoire ni de son impact sur le climat. Heureusement, il y a des personnes qui s’y intéressent de près dans le but de réduire cet impact. Chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Moez Jouini en fait partie. « En analysant le cycle de vie des vêtements, on peut répertorier l’ensemble des impacts négatifs sur l’environnement des différentes phases de leur existence, comme la fabrication de la fibre, le transport du textile, la commercialisation du vêtement et son usage, entre autres. L’objectif est ensuite de cibler des actions permettant de réduire leur impact environnemental global, puis de les mettre en place », résume celui qui est également conseiller en développement durable à la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de Papineau-Collines, à Gatineau.

Moez Jouini, Chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM
Chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Moez Jouini étude le cycle de vie de nos vêtements.

Un exercice nécessaire, puisque l’impact d’un vêtement sur le climat varie en fonction de sa matière première, mais pas seulement. « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les fibres naturelles n’ont pas nécessairement une empreinte carbone moins élevée que les fibres synthétiques », précise Julien Beaulieu, chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) et membre de MUTREC, une équipe qui cherche à repenser la consommation, la récupération et le recyclage des textiles.

En fait, chaque textile génère des répercussions différentes sur le climat, explique le chercheur : la culture des fibres naturelles (laine, coton) requiert beaucoup d’engrais, de pesticides et de carburants fossiles qui ont une empreinte carbone importante; le cuir va de pair avec l’élevage d’animaux qui émettent du méthane, un puissant gaz à effet de serre; alors que la fabrication de fibres synthétiques produites à partir de dérivés du pétrole (polyester, nylon, acrylique) est très énergivore.

Des vêtements lourds en GES

Dans une étude publiée en 2018 en France, l’Agence de la transition écologique (ADEME) compile le poids carbone de divers vêtements et chaussures Cradle-to-Grave, c’est-à-dire de la production de la matière première jusqu’au dépotoir. Avec tout son vécu, notre chemise de coton ne s’en sort pas si mal avec 13 kilos d’équivalent CO2. À titre comparatif, le t-shirt en polyester en émet deux fois moins (6 kg éq. CO2), le jeans en coton en émet presque le double (25 kg éq. CO2) et le manteau d’hiver, presque sept fois plus (89 kg éq. CO2).

Une étude de la Fondation Ellen MacArthur estime qu’à l’échelle planétaire, l’industrie du textile a émis 1,2 milliard de tonnes d’éq. CO2 en 2015. Ce serait plus que les émissions du transport aérien et maritime combinées…

La nouvelle histoire sans fin

Encore aujourd’hui, le cycle de vie de nos vêtements s’appuie majoritairement sur un modèle linéaire, c’est-à-dire produire-utiliser-jeter. « L’idée est de tendre de plus en plus vers un modèle circulaire pour réduire l’impact environnemental des vêtements, notamment en allongeant leur durée de vie grâce au seconde main, puis en visant une réutilisation en boucle de ses matières premières », explique Moez Jouini.

En respectant les principes de l’économie circulaire afin d’atteindre un taux de recyclage de 40% des fibres textiles, l’industrie de la mode réduirait son impact sur le climat de 6 %, a calculé la société de conseils en développement durable Quantis.

En attendant que le modèle circulaire devienne la norme dans l’industrie, les experts recommandent aux consommateurs souhaitant diminuer l’empreinte carbone de leur garde-robe d’opter le plus possible pour des vêtements de seconde main, de choisir des pièces fabriquées au Québec, de privilégier les matériaux de qualité et les coupes classiques, qui se conservent plus longtemps, puis de donner au suivant les vêtements qu’on ne porte plus, s’ils peuvent encore servir. Quelqu’un cherche une chemise de coton?