© Mélanie Dusseault/Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Que font les citoyens quand on leur confie le budget de leur ville?

Blogue / 06 juin 2019

Je vous casse souvent les oreilles avec la communication participative parce que, pour moi, c’est la forme ultime de communication responsable : créer l’espace pour dialoguer, écouter, faire confiance. Cette forme de communication s’inscrit elle-même dans une approche de démocratie participative. Voilà pourquoi je me réjouis de voir l’engouement des municipalités du Québec pour les budgets participatifs.

Un budget participatif, qu’est-ce que ça mange en hiver?

En gros, lorsqu’une municipalité décide de se doter d’un budget participatif, elle confie une partie de ses finances aux citoyens, et ce sont eux qui décident comment dépenser cet argent public. La formule peut varier, mais, normalement, les gens proposent des projets qui sont soumis au vote. Les projets les plus populaires sont ensuite financés et réalisés par la municipalité. Une façon de transformer la ville en fonction des besoins réels sur le terrain et de faire preuve de transparence en ce qui concerne les finances publiques!

Quel lien avec la réduction des gaz à effet de serre?

On apprenait tristement en avril dernier que le nombre de municipalités engagées dans le développement durable était en baisse, baisse qui serait en partie attribuable à un manque de ressources financières et de personnel. D’un autre côté, l’environnement est l’une des priorités des Québécoises et Québécois. Donc, si on laisse ceux-ci choisir quoi faire avec l’argent de leurs taxes, les actions contre les changements climatiques devraient logiquement arriver dans le peloton de tête.

Selon Véronique Fournier, directrice du Centre d’écologie urbaine de Montréal, un organisme qui accompagne plusieurs municipalités dans leur démarche, il s’agit avant tout d’un enjeu démocratique. « À première vue, le lien entre l’adaptation aux changements climatiques et le budget participatif n’est pas direct. Pourtant, ce processus permet d’engager la discussion avec des personnes qui participent parfois moins aux décisions sur des enjeux tels que le verdissement et les déplacements actifs. Concrètement, le budget participatif permet aussi la réalisation de projets qui contribuent à la lutte aux changements climatiques et à la création de communautés en santé qui améliorent aussi la qualité de vie et le capital social d’un quartier. » Elle ajoute que, devant les défis climatiques, les processus démocratiques tels que le budget participatif permettent de mobiliser concrètement les citoyens vers des solutions, tout en favorisant les espaces de délibérations collectives. « Car le défi climatique est aussi un défi démocratique », rappelle-t-elle.

Ce qui est bon pour Paris est bon pour Shawi

De Nicolet aux arrondissements Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Plateau-Mont-Royal, en passant par Saint-Basile-le-Grand, les projets retenus dans le cadre de tels exercices budgétaires visent souvent à créer ou à améliorer des espaces publics favorables aux transports actifs. Pensons à la réfection de parcs, à l’aménagement de haltes cyclables et de passerelles piétonnes, à l’éclairage de trottoirs et à l’ajout de mobilier urbain. On délaisse ainsi l’auto et on évite d’avoir à se rendre dans la ville voisine pour profiter des installations extérieures.

Des Grandbasilois planchent sur des actions à mettre en oeuvre. © Ville de Saint-Basile-le-Grand

Shawinigan, qui adoptera son tout premier budget participatif en 2019, a même prévu un « volet vert » de 50 000 $ pour un projet visant un environnement sain et durable. Matane avait procédé de la même façon en 2018, ce qui a mené à la création d’un jardin fruitier à la bibliothèque.

À Paris, c’est 5 % du budget d’investissement qui a été mis entre les mains des citoyens depuis 2014, pour un total de 750 millions de dollars. Et en avant, les projets! Ici encore, les transports actifs et le verdissement sont à l’honneur avec de nombreux jardins, des plantations d’arbres et énormément de pistes cyclables. Mais on compte aussi des composteurs collectifs, des projets de récupération des eaux de pluie, d’éclairage et de rénovations écoénergétiques, et même une application qui permet d’évaluer la qualité de l’air dans le 20e arrondissement de la capitale française!

Maintenant, il ne reste qu’à diffuser la bonne nouvelle pour que les citoyens participent massivement au processus, puis à faire rayonner les résultats de sorte que d’autres municipalités adoptent à leur tour la mode du budget participatif!

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