Petite bourse devenue grande

D’un projet offert dans une poignée de classes de Chaudière-Appalaches, la Bourse du carbone Scol’ERE est devenue en moins d’une décennie un programme éducatif panquébécois. C’est le Grand défi Pierre Lavoie des changements climatiques, rien de moins!

Vivre ici / 06 mai 2019

Ne cherchez pas de bouteilles d’eau chez Julie Pépin : vous n’en trouverez pas! Depuis que sa fille de 11 ans a participé à la Bourse du carbone Scol’ERE, l’an dernier, les contenants individuels en plastique ont laissé place à une simple cruche d’eau fraîche dans le frigo du domicile familial de Montréal-Ouest. Pareil pour les emballages d’aliments en plastique, remplacés par des contenants réutilisables. « Je me rends désormais compte de l’impact environnemental des gestes que l’on pose au quotidien. Le suremballage, ça ne passe plus inaperçu », confie la maman de 50 ans.

Bien d’autres familles vivent des situations semblables depuis 2010 grâce à la Bourse du carbone Scol’ERE, un programme d’éducation aux changements climatiques destiné aux 9 à 12 ans. Composter, abaisser la température de la maison, inciter ses parents à opter pour le transport en commun ou à acheter davantage de produits locaux : en tout, plus de 11 000 jeunes de la 4e à la 6e année du primaire ont relevé 65 284 défis du genre. Mis bout à bout, à l’heure d’écrire ces lignes, ces petits gestes ont permis d’éviter l’émission de 50 943 tonnes de gaz à effet de serre (GES) depuis près de 9 ans… soit l’équivalent de 356 617 arbres plantés! Ou de 83 allers-retours en avion entre Montréal et Cuba.

Quantités de gaz à effet de serre sauvés par la bourse du carbone scol'ere
Infographie : Marie Leviel

La solidité de ce programme éducatif clés en main, qui consiste en cinq visites de deux heures étalées sur quatre mois, explique en bonne partie ce tour de force, estime Charles-Hugo Maziade, directeur de la Bourse du carbone Scol’ERE. « La beauté du projet, en 2019, c’est qu’il rejoint des enseignants qui n’auraient pas abordé ces notions faute d’outils, de ressources et de connaissances. Ces derniers nous le disent : ils apprennent autant, sinon plus que leurs élèves! » lance-t-il. En fait, les professeurs qui participent à la Bourse en deviennent des ambassadeurs et passent le mot à leurs collègues. Un véritable effet boule de neige, quoi!

Même pas plate!

Les fondations de ce succès ont été jetées il y a bientôt une décennie par une poignée de visionnaires qui gravitaient autour de la Coopérative Forêt d’Arden, un organisme de Lévis qui promeut l’action écoresponsable. À force de se remuer les méninges, cette bande d’enseignants, de comptables, d’artistes et d’écolos avait alors accouché de ce qui allait devenir la Bourse du carbone Scol’ERE. D’abord offert dans cinq classes de la région de Chaudière-Appalaches, le programme a essaimé aux quatre coins du Québec, toujours en maintenant sa formule gagnante, articulée autour d’ateliers, de jeux et de défis thématiques. « Le fond est demeuré le même, seule la forme a quelque peu évolué. Il n’y avait pas nécessairement l’Internet dans toutes les écoles en 2010 », souligne Charles-Hugo Maziade.

Charles-Hugo Maziade directeur de la Bourse du carbone Scol’ERE
Charles-Hugo Maziade rêve de voir la Bourse Scol'ERE s’autofinancer

L’équipe de la Bourse compte sur plusieurs experts pour l’épauler dans sa mission. Ainsi, des spécialistes du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) mènent des analyses afin de quantifier les émissions de GES évitées par les gestes que posent les familles participantes. De plus, des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières étudient les changements de comportement afin de déterminer si les jeunes relèvent les défis proposés. « Une proportion de 97 % des jeunes tentent de modifier au moins un comportement à la maison. En outre, plus des trois quarts d’entre eux préservent ce nouveau comportement après un an », se réjouit le directeur de la Bourse.

Programme éducatif de la bourse du carbone scol'ere
Grâce au programme éducatif de la Bourse Scol'ERE, les enseignants apprennent autant que leurs élèves.

On comprend que les parents et les familles embarquent eux aussi dans l’aventure. À contrecœur? « Pas du tout! » répond du tac au tac Marie-Christine Hudon, dont la fille de 11 ans a participé à la Bourse du carbone Scol’ERE l’année dernière. Les parents de la famille Hudon, qui habite Saint-Sévère, un petit village de 300 âmes de la Mauricie, étaient déjà plutôt écolos avant que la Bourse entre dans leur vie. « Dans notre cas, le projet a surtout aidé à nous rendre moins plates aux yeux de nos enfants. Ils comprennent mieux pourquoi nous n’achetons plus d’aliments emballés individuellement, pourquoi nous roulons en voiture électrique ou pourquoi nous mangeons du tofu », énumère la mère, qui se réjouit que ces notions d’écoresponsabilité soient expliquées en classe.

Un levier essentiel

Les efforts déployés dans les chaumières du Québec servent en fin de compte à dégager des crédits carbone éducatifs, selon un principe de bourse du carbone validé par le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). Ceux-ci peuvent ensuite être achetés par des entreprises ou des citoyens qui souhaitent compenser des émissions de GES. Le coût dérisoire – à peine 30 $ la tonne – a séduit Philippine Loth en décembre dernier. « Je rentrais en France pour les Fêtes, j’ai compensé l’aller-retour en avion. J’aime l’idée de participer à un programme local dont les retombées sont concrètes », explique la Montréalaise d’origine française de 26 ans.

Même son de cloche du côté de Laure Caillot, la maman montréalaise zéro déchet derrière le site lauraki.ca. Dans son cas, c’est l’ensemble de ses émissions de GES de 2018 et une partie de celles de 2017 qu’elle a compensées par l’entremise de la Bourse du carbone Scol’ERE. « Comme maman, je trouve cela vital que nos jeunes soient sensibilisés aux enjeux environnementaux. C’est un levier essentiel pour espérer changer les choses et infléchir la tendance climatique actuelle », estime la jeune femme. D’autant plus que tous les revenus de vente de crédits carbone éducatifs sont ensuite réinvestis dans la mission pédagogique de la Bourse. Depuis 2014, plus de 15 000 tonnes de GES (sur les 51 000 amassées) ont été vendues.

Carte de l'implantation de la bourse du carbone scol'ere au québec
Infographie : Marie Leviel

À plus ou moins long terme, Charles-Hugo Maziade rêve de voir la Bourse s’autofinancer. Pour y arriver, lui et son équipe souhaitent doubler le nombre de classes participantes en 2019-2020. Le but : atteindre 10 000 jeunes par année dans les 17 régions du Québec d’ici les prochaines années. L’idée d’étendre le projet à d’autres classes du primaire ou au secondaire n’est pas exclue.

On songe également à exporter le concept ailleurs dans la francophonie – des discussions sont en cours. L’objectif, cependant, reste toujours le même. « Nous voulons combattre le cynisme ambiant. Les jeunes que nous rejoignons sont encore malléables à leur âge; nous formons les citoyens écoresponsables de demain », conclut-il.

Pour inscrire votre école, vous engager ou compenser, c’est par ici.

Et ça se poursuit!

Pendant l’année scolaire 2018-2019, les 250 classes participantes réparties dans 14 régions administratives du Québec devraient épargner collectivement de 25 000 à 30 000 tonnes de gaz à effet de serre.

Retombées positives

  • Baisse de la pollution
  • Bien dans sa communauté
  • Diminution des risques pour la santé
  • Plus dans ses poches
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