Chérie, j’ai détourné les déchets

Les sphères géantes du nouveau parc Frédéric-Back attirent les regards, mais servent avant tout de protection aux puits de captation des biogaz qui s’échappent du site. Une action en changements climatiques qui produit électricité et chaleur pour tout un quartier.

Techno / 22 janvier 2018

Les jolies boules blanches du parc Frédéric-Back reposent sur un sol pauvre pour les plantations, propice aux affaissements. Rien de plus normal : ces dômes à l’allure futuriste trônent fièrement sur un ancien dépotoir de la Ville de Montréal métamorphosé en parc zéro déchets.

D’une superficie totale de 153 hectares, le parc Frédéric-Back sera complété d’ici 2025. Mais déjà, le promeneur peut y courir et y observer de magnifiques couchers de soleil, à condition qu’il conserve ses déchets, car le site ne dispose d’aucune poubelle.

Les dizaines de boules servent de protection aux puits de captation des biogaz qui s’échappent du site. Ils sont reliés à des canaux souterrains qui les acheminent à la centrale Biomont, située un peu plus loin sur le site du Complexe environnemental Saint-Michel. Cette nouvelle centrale d’une puissance de 4,8 mégawatts traite les biogaz pour faire une action en changements climatiques (ACC) en produisant de l’électricité et de la chaleur.

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Les sphères du parc Frédéric-Back protègent les puits de captation des biogaz qui s’échappent du site. (© Ville de Montréal - Frédéric Ménard-Aubin)

Biomasse + biométhanisation = biogaz

Avant qu’ils puissent les composter, les déchets de table des Montréalais prenaient le chemin de l’ancienne carrière Miron, dans le nord de la métropole, où ont été enfouis au fil des années 40 millions de tonnes de déchets. Une partie de ces déchets est d’origine organique et forme une biomasse importante, c’est-à-dire une source d’énergie à exploiter.

Une fois sous terre, cette biomasse est privée d’oxygène et dégage des biogaz. Ceux-ci sont en grande partie composés de méthane, un gaz à effet de serre (GES) qualifié de « vraie bombe climatique » par certains scientifiques en raison de son potentiel de réchauffement 25 fois plus élevé que le CO2.

Soumettre ces déchets au processus de biométhanisation a donc beaucoup plus de conséquences que les laisser à l’air libre, car, en se décomposant, ils auraient plutôt émis du CO2. La Ville de Montréal brûlait ces biogaz pour mieux contrôler ses émissions de méthane, mais la technologie a mieux à nous offrir en cette ère post-enfouissement. En effet, il est désormais possible de transformer les biogaz en source d’énergie.

Chérie, j’ai réduit les GES

La captation et la transformation des biogaz en énergie et en chaleur permettra une réduction annuelle équivalant à 237 000 tonnes de GES qui, en temps normal, se seraient échappés de l’ancien site d’enfouissement.

D’une part, on évite les GES normalement associés à la consommation de gaz naturel et d’électricité de ceux qui bénéficient de cette énergie (les résidents, la TOHU et le Cirque du Soleil). D’autre part, durant leur processus de transformation, ces biogaz subissent un traitement qui diminue la quantité de gaz à effet de serre produite.

Biogaz = électricité + chaleur

La nouvelle centrale de cogénération Biomont est le fruit d’un investissement de 20 millions de dollars de la société en commandite composée du Fondaction et des entreprises Éolectric et Valeco, qui s’assurent de bien nettoyer les biogaz avant de les faire entrer dans les trois gigantesques moteurs de 1,5 mégawatt chacun.

Ces moteurs spéciaux produisent l’équivalent de cinq millions de mégawatts d’électricité par année, une production qui est vendue à Hydro-Québec puis redistribuée à 1900 foyers du quartier. L’excédent de chaleur est récupéré et prend le chemin du Cirque du Soleil et de la TOHU. La centrale Biomont fait le pari, en ce premier hiver d’activité, de réussir à combler les besoins de ses voisins en matière de chauffage.

Pour les 25 prochaines années, la Ville de Montréal s’engage à fournir à la centrale Biomont son carburant principal : le biogaz. Et ce nouveau protagoniste fait le pari d’être rentable, même si sa ressource première est vouée à disparaître, puisque le site n’est plus alimenté en déchets. Comment? « En gérant la décroissance », indique le vice-président de Biomont Énergie, Matthieu Monnier.

Compliqué, le biogaz? Voici comment cela fonctionne.

Chérie, j’ai détourné les déchets 6min.