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Viandes biologiques de Charlevoix a élaboré un procédé de séchage de ses charcuteries basé sur la biomasse.
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Retombées positives générales

Ces PME qui prennent une longueur d’avance

Des petites et moyennes entreprises aux quatre coins du Québec innovent et revisitent leur manière de brasser des affaires afin de ne pas nuire au climat. Une décision qui s’avérera payante à plus ou moins long terme.

À l’heure de l’urgence climatique, les PME qui passent à l’action pour réduire leur empreinte carbone sont perçues comme visionnaires, voire altruistes. Or, ce n’est pas nécessairement le cas : elles démontrent plutôt une bonne capacité de gestion des risques, explique Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

« Ces entreprises savent que les changements climatiques sont réels. Et même si elles ignorent l’ampleur des catastrophes à venir, de même que les mesures gouvernementales qui seront tôt ou tard mises en place, elles ne se croisent pas les bras et repensent leurs processus d’affaires avant d’y être forcées », observe celui qui est également chercheur à l’Institut de recherche sur les PME.

En ce sens, ces entrepreneurs sont des hommes et des femmes d’affaires dotés d’un sens aiguisé de la prospective. Tant mieux si leurs décisions ont des retombées positives pour le climat et la société. Néanmoins, ce n’est pas leur seule et principale motivation. « Oui, ils veulent faire leur bout de chemin pour la planète. Mais, ils doivent aussi y trouver leur intérêt », souligne l’économiste.

Ça nous prend des coups de coude pour nous inciter à changer nos comportements. Le jour où nous paierons le coût réel de nos externalités, par une taxe carbone majorée par exemple, nous y serons contraints.
Frédéric Laurin

Ce virage vert ne se fait cependant pas sans difficulté pour les PME. Recherche de solutions alternatives ou invention de solutions technologiques inexistantes, négociations pour trouver des financements publics ou privés, multiplication de la paperasse : plusieurs défis et obstacles jalonnent la démarche. Au bout du compte, seules celles qui ont l’environnement tatoué sur le cœur se rendent, à l’heure actuelle, au bout du processus.

Ce ne sera toutefois pas toujours le cas, prévoit Frédéric Laurin. « Ça nous prend des coups de coude pour nous inciter à changer nos comportements. Le jour où nous paierons le coût réel de nos externalités, par une taxe carbone majorée par exemple, nous y serons contraints. » Et ce jour-là, les PME qui seront déjà passées à l’action auront une nette longueur d’avance sur la concurrence.

Exit le propane

Les grèves de cheminots ou les blocages ferroviaires synonymes de difficultés d’approvisionnement en combustibles n’inquiètent plus vraiment la Scierie Girard, à Shipshaw, au Saguenay. À la fin de l’année dernière, les six séchoirs géants au propane de l’entreprise familiale ont été entièrement électrifiés, grâce notamment au programme ÉcoPerformance du gouvernement du Québec. Scierie Girard serait ainsi l’une des rares scieries au Québec, voire de toute l’Amérique du Nord, à bénéficier de telles installations, explique avec fierté le copropriétaire Benoît Girard.

« Avec ce projet, on réduit nos émissions de gaz à effet de serre de 4500 tonnes par année. Mieux encore : je n’envoie plus 1,5 million de dollars par année aux pétrolières de l’Ouest », affirme-t-il.

À la place, il adresse un chèque moindre à Hydro-Québec. Son nouveau fournisseur énergétique lui a d’ailleurs accordé un tarif spécial, qui lui permet de bénéficier d’un prix réduit pour l’électricité, pourvu que la société d’État accumule des surplus d’énergie. « Cet argent-là, il est réinvesti au Québec, il nous bénéficie à tous. »

Déjà, Benoît Girard jongle avec la possibilité d’aller plus loin et d’électrifier sa flotte de fardiers, qui carbure actuellement aux combustibles fossiles.

Le nouveau séchoir électrique de la Scierie Girard est 15% plus efficace que l'ancien.

« J’en rêve avant ma retraite, mais la technologie n’est pas encore au rendez-vous », regrette l’homme de 50 ans qui aimerait redorer l’image de la foresterie, qui a mauvaise presse par les temps qui courent. « Tout le monde rêve de sacs de carton, de pailles biodégradables, d’ustensiles en bois, de biocarburants… Mais on ne réalise pas que tout cela provient de nos forêts », souligne-t-il.

On récupère tout

Plats à peine entamés, emballages alimentaires divers, contenants de plastique… Kéren Richard est effarée par tout ce qui prend le chemin des poubelles dans un restaurant. Heureusement, l’établissement dont elle est copropriétaire, le Café Aragon, qui a pignon sur rue à Sherbrooke, n’est pas concerné. « 90 % des déchets que nous générons ne prennent pas le chemin de l’enfouissement. Mes poubelles, c’est de la poussière, un peu de vaisselle cassée et de petits godets de lait », indique-t-elle.

Michel Carrier et Keren Richard, les heureux propriétaires du Café Aragon à Sherbrooke. © Annick Sauvé

Depuis peu, l’établissement est devenu le deuxième de la province à obtenir l’attestation Élite du programme ICI on recycle +. Cette reconnaissance liée à la gestion des matières résiduelles, la plus haute de Recyc-Québec, est l’aboutissement d’une foule de petits gestes mis en place par l’équipe du Café Aragon au fil des ans. Toutes les matières organiques résiduelles sont par exemple compostées, tandis que les restants de table et les vieux linges de cuisine sont revalorisés. « On incite aussi notre clientèle à amener ses contenants réutilisables pour repartir avec un doggy bag », ajoute Kéren Richard.

Si elle a trouvé le dossier de certification « long et pénible à monter », la restauratrice estime néanmoins que le jeu en a valu la chandelle. « L’écologie fait partie de nos valeurs fondamentales. La situation dans le monde m’inquiète, et le Café Aragon, à titre d’entité incorporée dotée d’une responsabilité morale, doit contribuer à sa juste part », considère cette mère de trois enfants âgés de 10 à 15 ans.

Un mal pour un bien

Plusieurs entrepreneurs seraient découragés de voir leurs installations partir en fumée. Mais pas Damien Girard, le copropriétaire des Viandes biologiques de Charlevoix. À la suite de l’incendie de la maternité de sa porcherie fin 2017, l’homme d’affaires en a plutôt profité pour entamer un virage vert basé sur une logique d’économie circulaire.

« Nous avons d’abord remplacé le chauffage à l’électricité par à la biomasse, ce qui nous a permis de réduire de 80 % notre consommation énergétique. Pour alimenter la fournaise, nous récupérons les écorces de bois inutilisées de Groupe Lebel, une scierie qui se situe à 15 minutes de chez nous », raconte M. Girard, qui estime réaliser des économies de l’ordre de 80 000 $ par année grâce à ce nouveau système.

La maternité de la porcherie de l'entreprise Viandes biologiques de Charlevoix est chauffée par un système à la biomasse, beaucoup moins énergivore qu'un système conventionnel.

Et cela ne s’arrête pas là : Viandes biologiques de Charlevoix en a profité pour élaborer un procédé de séchage de l’okara, un résidu lié à la production de lait de soya généré par l’entreprise montérégienne Aliments Natura. Composée à 80 % d’eau, cette pulpe de soja riche en protéines prend normalement le chemin de l’enfouissement. « La fournaise à la biomasse nous permet de la sécher à très bas prix, puis de l’inclure dans l’alimentation de nos 2500 bêtes », conclut-il. 

Cet article provient d’un cahier sur les entreprises d’ici qui passent à l’action climatique, publié par le quotidien Le Devoir, en partenariat avec Unpointcinq.