Nibiischii : un premier parc national sous la gouverne des Cris

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La biologiste et directrice générale du parc national Nibiischi Mireille Gravel admire le paysage à partir du sentier aérien à flanc de falaise © Émilie Parent-Bouchard
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28 octobre 2025 - Émilie Parent-Bouchard, Journaliste de l'Initiative de journalisme local

La Nation crie de Mistissini deviendra la première communauté crie à avoir la responsabilité d’un parc national du réseau des parcs du Québec. En plus de mettre en valeur la beauté naturelle d’Eeyou Istchee et le mode de vie traditionnel, Nibiischii pourrait faire des petits ailleurs dans le Nord-du-Québec.

Premier parc national géré par une communauté autochtone, premier parc national habité, premier parc national à autoriser – à valoriser, même – la pratique de la chasse, de la pêche et du piégeage : dans ce territoire plus grand que nature, on ne donne pas dans les demi-mesures. Après des années de patience, les efforts de la Nation crie de Mistissini portent enfin leurs fruits.

Avec un mélange d’humilité et de fierté, le vice-chef John S. Matoush salue le travail des élus qui l’ont précédé pour atteindre ce jalon « très attendu ».

C’est que la création d’un parc est dans les cartons depuis … la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), en 1975. Les chapitres 22 et 24 établissaient des régimes spécifiques de protection de l’environnement et de chasse, pêche et piégeage.

Signée au début des années 2000, la Paix des Braves réitérait cet engagement, formulant une nouvelle fois la promesse d’atteindre le plus haut statut légal de conservation du territoire, soit la constitution d’un parc national.

Le vice-chef de la Nation crie de Mistissini, John S. Matoush © Émilie Parent-Bouchard

Protéger le « Cree Way of Life »

« Nous avons parcouru un long chemin pour arriver là où nous sommes aujourd’hui : être reconnus comme des décideurs et des acteurs directs dans le projet de parc. Et ce qui le rend unique, c’est que nos droits en matière de piégeage, de chasse et de pêche sont préservés. On proposera aussi des activités d’écotourisme. Mais il s’agit d’un niveau de protection supplémentaire : il interdit toute exploitation de ressources, notamment minières, hydroélectriques ou forestières », rappelle-t-il.

Car même si le terrain de jeu de ce 28e parc national est vaste — plus de 12 000 km2 —, il est fréquenté par les familles cries depuis des millénaires. Les tallymen, ces maîtres de trappe, ont donc été consultés, tout comme les aînés, les jeunes et les familles de la communauté qui arpentent constamment le territoire. Ils ont d’ailleurs toujours leur mot à dire pour le plan de développement en cours d’élaboration, précise Mireille Gravel, biologiste embauchée comme directrice générale du parc national Nibiischii.

« L’objectif, c’est de travailler avec les gens qui connaissent le mieux le territoire, et ce sont les gens qui l’occupent. Moi, je les appelle des “gestionnaires de la faune”, c’est ça, leur travail en tant que maîtres de trappe : ils connaissent leur territoire sur le bout des doigts. Grâce à eux, on va pouvoir faire un plan de développement cohérent et accepté », croit celle qui assurait auparavant la direction de la Corporation Nibiischii, responsable de l’administration des réserves fauniques Assinica et des Lacs-Albanel-Mistissini-et-Waconichi.

Après un petit trajet en bateau sur le lac Waconichi, le chargé du développement culturel Mario Lord nous attend avec de la bannique et un thé chaud dans son sabtuan © Émilie Parent-Bouchard

C’est d’ailleurs dans cette dernière réserve faunique, dont une partie sera absorbée par le parc Nibiischii, qu’elle nous présente Mario Lord, un gentil géant chargé du développement de la culture crie. Il nous accueille dans son sabtuan, maison longue traditionnelle, avec la bannique qu’il vient de cuire sur le poêle à bois.

« Quand on a beaucoup de monde, on organise des activités comme le boucanage du poisson, la fabrication de petits oiseaux, d’outardes, de pochettes en cuir d’orignal », énumère le grand gaillard en pointant les amoncellements de peaux tendues, de branches courbées et d’autre matériel d’artisanat. « Et je raconte aussi des histoires de mon passé, d’où je viens. Mes grands-parents m’ont tout montré. Je n’ai pas de diplôme officiel, mais je pense que j’ai déjà obtenu celui de l’université du bois! »

La biologiste et directrice générale du parc national Nibiischi Mireille Gravel explique qu’une fois le sentier aérien terminé, on y aménagera des accès par l’eau, ce qui le rendra unique en son genre © Émilie Parent-Bouchard

Nibiischii : terre des eaux

La création du parc permettra de préserver ces connaissances traditionnelles fines, mais aussi des massifs de forêts anciennes et l’habitat d’une quinzaine d’espèces à statut précaire — dont le fameux caribou forestier.

« Nibiischii veut dire “terre des eaux” ou “terres où naissent les grandes rivières naturelles”. C’est un territoire dans les monts Otish où le réseau fluvial du nord prend sa source : la Rupert, La Grande, l’Eastmain, la Témiscamie. C’est la chose principale à protéger : le hub hydrologique du Québec », fait-elle valoir. Elle précise qu’une cinquantaine de sites archéologiques, fréquentés depuis plus de 5 000 ans pour la fabrication d’outils en quartzite de Mistassini, sont aussi dans l’enceinte du parc, dont ceux de la Colline-Blanche, classés site patrimonial et lieu historique national du Canada.

Le lac Mistassini, plus vaste lac naturel de la province, est bien sûr du lot. On pourra continuer à taquiner les « quatre espèces vedettes », soutient Mireille Gravel. Elle fait ici référence au doré, au grand brochet, à la truite grise (touladi) et à l’omble de fontaine. L’offre écotouristique, quant à elle, se déploiera notamment à travers les activités nautiques sans moteur comme le canot, le kayak ou la planche à pagaie, la randonnée et l’observation des étoiles et des aurores boréales.

Les infrastructures implantées à Albanel-Mistissini-et-Waconichi donnent un aperçu de ce qui pourra être réalisé dans le parc. « On a trois chalets et un studio flottants. Dans la montagne, on voit le sentier aérien [en bois, installé à flanc de falaise]. L’année prochaine, on ajoutera une petite section de pont suspendu. Et on a installé aussi un cinéparc sur l’eau. On présente des documentaires : c’est une façon de partager la culture, mais d’une façon tellement trippante et inusitée », énumère-t-elle.

Le territoire, moteur de fierté de génération en génération

Dans la communauté, on entrevoit déjà les possibilités d’emplois. « C’est une très bonne nouvelle, laisse tomber Brien Peterson, attablé au seul restaurant de la Mistissini : Adels. Les tallymen connaissent le territoire, ils vont pouvoir guider les pêcheurs venus de l’extérieur », poursuit celui qui organise chaque année le tournoi de pêche Big Rock Fishing Derby.

Driana Matoush pendant une pause à l’école secondaire de Mistissini© Émilie Parent-Bouchard

Du haut de sa 4e secondaire, Driana Matoush ressent pour sa part de la fierté à l’idée de partager les bienfaits du contact avec la nature. « Je me sens près du territoire quand je vais en forêt. Cette connexion rend mes ancêtres fiers que nous conservions nos traditions », fait-elle observer.

Et les Cris auront encore matière à se réjouir dans les années à venir. Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs confirme travailler à l’élaboration de la proposition du projet de parc national Assinica avec la communauté d’Oujé-Bougoumou. « Une étude d’impact débutera dans les prochains mois », écrit le ministère, précisant que le projet devra ensuite être soumis à des consultations. De quoi alimenter les rêves de toute une nation encore longtemps…

 

***

Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse d’excellence de l’Association des journalistes indépendants du Québec.

 

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