Christine Ricard, responsable des cuisines au Café la Mosaïque, dans le Vieux-Lévis, a pu récupérer une caisse de céleri grâce à l'application © Maxime Bilodeau
La plateforme de mutualisation Dorimène 3.0 transforme les pratiques dans le milieu de l’entraide communautaire de Lévis
« Quel hasard : une nouvelle offre vient d’être mise en ligne! », me lance en guise de bienvenue Christine Ricard, responsable des cuisines au Café la Mosaïque, dans le Vieux-Lévis.
À l’écran de son téléphone, elle me montre une publication récente sur la plateforme Dorimène 3.0. Le comptoir Le Grenier, qui offre des services d’aide alimentaire à près de 1 000 familles par mois dans l’arrondissement lévisien Desjardins, propose 18 caisses de bananes et 9 de céleri. Le tout, gratuitement. « On va prendre une caisse de céleri », m’annonce-t-elle, tout en en signalant son intérêt sur le fil de discussion.
Dorimène 3.0 est en apparence un simple canal dans l’application Slack, sur laquelle elle est hébergée. N’empêche, l’espace centralisé de communication est géré de près par l’équipe du Grenier, qui a lancé l’initiative au printemps 2024. Le but : s’assurer que les 24 organismes communautaires en sécurité alimentaire de Lévis qui l’utilisent maximisent la mise en commun de nourriture. « Chaque utilisateur a été formé au préalable et s’est engagé par contrat à bien utiliser la plateforme, explique Stéphane Clavet, directeur général du Grenier. On s’assure ainsi que les interactions vont droit au but. »
La formule, simple, mais efficace, connaît du succès. Grâce à Dorimène 3.0, moins d’excédents alimentaires prennent le chemin des poubelles. Ces surplus profitent désormais aux usagers des organismes communautaires de la Rive-Sud de Québec. Au Café la Mosaïque, les branches de céleri serviront par exemple à cuisiner des potages. Un système inspiré des cafés en attente permet d’offrir un bol de soupe (ou une salade) à quelqu’un qui en aura besoin plus tard. Ce geste solidaire a été réalisé près de 9 000 fois depuis 2014.

La logistique : un défi
Commenter sur un canal Slack, c’est facile. Reste à aller chercher cette fameuse caisse! Lorsqu’un utilisateur manifeste son intérêt sur Dorimène 3.0, il s’engage à passer récupérer son dû dans un délai maximal de 24 à 48 heures. Pour Christine Ricard, ça tombe bien : « le café de quartier et le comptoir alimentaire se situent à quelques coins de rue l’un de l’autre. C’est l’affaire de quelques minutes en voiture », précise-t-elle, en route vers notre destination. C’est à elle qu’incombe le fardeau du transport, puisqu’elle est l’une des seules membres du personnel à posséder une automobile.
Sur place, Christine Ricard récupère sa caisse de branches de céleri en quelques minutes à peine. Première arrivée, première servie. À ce propos, pourquoi n’en prend-elle pas plus d’une? « L’espace de stockage nous manque au café », regrette-t-elle. L’organisme à but non lucratif saisit néanmoins toutes les propositions de dons qui se présentent : il en va de sa capacité à mener à bien sa mission de lutte contre l’isolement. « Avant Dorimène 3.0, on ne nous contactait pas pour nous offrir ces surplus, car nous sommes une entreprise d’économie sociale qui traite de petits volumes de nourriture. » Pas l’idéal lorsqu’on veut se « débarrasser » de bananes par centaines…
Le dénouement est parfois moins heureux pour d’autres organismes-utilisateurs de la plateforme. Lévis étant une ville assez étendue — plus de 30 km séparent ses extrémités ouest et est —, certains doivent parcourir des distances considérables pour récupérer des fruits et légumes moches ou en fin de vie. Parfois, le déplacement ne vaut juste pas le coup. « Nous recevons beaucoup de caisses de bananes mûres de la part d’une chaîne de grande distribution, raconte Stéphane Garcia, responsable du département du triage au Grenier. Hélas, il arrive qu’on reste collés avec. »
L’instantanéité dans les échanges est la clé pour que demeure l’habitude de l’utiliser. Au lieu de multiplier les courriels et les appels, on prend quelques minutes pour rédiger un message accompagné de photos, et le tour est joué.
L’équipe du Grenier offre occasionnellement la livraison. Après tout, le partage et l’entraide entre organismes aux missions similaires figurent au cœur de Dorimène 3.0. Cela dit, en principe, pour que la plateforme continue de bien fonctionner, ces coups de pouce doivent rester exceptionnels.
À Québec aussi
Il y a quelques semaines, Dorimène 3.0 a enjambé le fleuve Saint-Laurent pour s’implanter sur le territoire de la Ville de Québec. Une vingtaine d’organismes y ont en effet été formés, début juin, à l’utilisation de la plateforme. « La version de la Capitale-Nationale est indépendante de celle de Chaudière-Appalaches », précise Stéphane Clavet, évoquant au passage les enjeux de logistique de transport entre les deux rives pour justifier cette décision. La recette gagnante derrière cette initiative de mutualisation demeure néanmoins la même.
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